
Ce samedi 14 février, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a fait le choix de placer Boris Dilliès (MR) comme nouveau ministre-président de la Région bruxelloise. Outre le fait qu’il n’y avait pas eu de ministre-président bruxellois issu d’un parti politique de droite depuis plus de 22 ans, cette prise de fonction suscite de nombreux questionnements, notamment liés au fait que la carrière politique de Dilliès soit largement ancrée à Uccle, mais aussi à la ferme opposition qu’il a menée contre le mouvement pour la libération de la Palestine.
Dans les rangs du MR depuis toujours, fervent ucclois et fervent libéral
Boris Dilliès milite depuis son plus jeune âge dans les rangs du MR. Dans son adolescence, alors qu’il habitait déjà dans la commune aisée d’Uccle, Boris Dilliès est devenu président des « jeunes réformateurs libéraux », affirmant son attachement historique aux valeurs libérales. À partir de 2005, et après avoir monté les échelons en politique, celui-ci devient échevin chargé des finances et des affaires religieuses de la commune d’Uccle.
Parallèlement à sa carrière politique, Dilliès travaille de 2002 à 2007 au sein de la multinationale néerlandaise des éditions Wolters Kluwer. Il occupe ensuite, entre 2010 et 2012, le poste de directeur de communication du très prestigieux cercle d’affaires, le « Cercle de Lorraine ». Avant de changer de nom en 2020 poru devenir « TheMerode », ce cercle se présentait comme un espace élitiste de rencontre autour d’événements et de tables rondes entre personnalités issues du monde politique, industriel et financier belge. Le Cercle de Lorraine était un vrai espace de reproduction du pouvoir politique entre personnes issues des groupes sociaux les plus privilégiés de la société.
Son investissement politique précoce ainsi que la place qu’il a prise au sein d’un tel cercle d’affaires ont forgé le politicien ultra-libéral qu’il est aujourd’hui. Depuis 2016, la carrière politique de Boris Diliès a pris un autre tournant avec son statut de président de la section du MR de la commune d’Uccle. En 2017, il devient pour la première fois bourgmestre à Uccle.
Répression farouche du mouvement propalestinien
Ces dernières années, Boris Dilliès a été fortement critiqué pour ses positions politiques à l’égard du mouvement pour la libération de la Palestine.
À partir de mai 2024, de nombreuses manifestations ont eu lieu devant l’ambassade israélienne, situé à Uccle, pour dénoncer le génocide en cours en Palestine. À chacune de ces mobilisations, l’ancien bourgmestre d’Uccle a fait le déplacement pour soutenir les policiers et afficher son alignement avec Israël. En plus de présenter son soutien inéluctable, Boris Dilliès a à plusieurs reprises exprimé son mépris à l’égard des manifestant·es.
Les manifestations ont été violemment réprimées : canons à eau, gaz lacrymogène, matraques. Une étudiante de la VUB a perdu partiellement l’usage d’un œil après avoir été touchée au visage par le jet d’une autopompe. Un autre manifestant a été blessé au visage à coups de matraque.
Face à la polémique, Dilliès a déclarer : « Lorsqu’on participe à une manifestation illégale, on prend ce genre de risques. » Cette prise de position a suscité une réaction de La Ligue des Droits Humains rappelant qu’une manifestation non déclarée demeure un droit constitutionnel. L’absence de demande préalable ne peut en aucun cas justifier une répression violente lorsque le rassemblement est pacifique. Le cabinet Progress Lawyers Network a déposé plainte contre la commune, la zone de police Marlow et le bourgmestre, pour usage disproportionné de la force.
Drapeau israélien sur la maison communale, drapeau palestinien interdit aux fenêtres
Après le 7 octobre 2023, Boris Dilliès a fait hisser un drapeau israélien sur l’hôtel communal d’Uccle. Deux ans plus tard, aucun drapeau palestinien n’y a jamais flotté.
Pendant ce temps, dans la zone de police qu’il contrôle, une habitante d’Auderghem s’est vue sommée par un policier de retirer le drapeau palestinien de sa façade, sous peine d’une amende administrative de 500€, via un obscur règlement sur l’affichage, jamais appliqué en temps normal.
Guillaume Meurice censuré au Centre Culturel d’Uccle
La logique de censure a aussi contaminé la culture. L’humoriste Guillaume Meurice, renvoyé de France Inter après une blague sur Netanyahu, devait jouer au Centre Culturel d’Uccle un spectacle sur l’astronomie et la bêtise humaine, sans aucun lien avec la Palestine. Il a été déprogrammé. Justification officielle de la présidente du CA du Centre Culturel, qui est aussi conseillère communale dans la formation de Dilliès :
« La situation géopolitique est compliquée avec Israël. On ne veut prendre aucun risque. »
Meurice lui-même a exprimé son incompréhension :
« C’est le directeur du centre culturel qui nous avait contactés il y a des mois pour nous programmer. Ce sont eux qui avaient fait la démarche. Ce spectacle n’a rien à voir avec les polémiques qui m’ont touché. C’est par contre la première fois de ma carrière que je me retrouve déprogrammé. Ce n’est jamais arrivé en France, ni en Belgique. Avec Uccle, c’est une première.«
Visite guidée des quartiers ultra riches sous pression
Ce même homme politique avait également fait le choix de faire pression sur une visite guidée de certains quartiers ultra-riches de la commune d’Uccle en février 2024. Cette visite, portée par des jeunes FGTB, avait pour but d’exposer les enjeux socio-économiques de la grande bourgeoisie bruxelloise. A l’époque, Boris Diliès avait déclaré que cette visite avait un caractère « intimidant et discriminant » à l’encontre des personnes qui peuplent ces quartiers. La visite guidée a finalement eu lieu mais avec l’obligation d’être encadrée par les forces de l’ordre.
En réagissant de telle façon, tant à cette visite qu’aux manifestations pour la libération de la Palestine, Dilliès a montré qu’il voulait protéger les intérêts des groupes sociaux qui vivent dans sa commune.
Soutien implicite à l’extrême droite
En décembre 2025, Boris Dilliès like une publication de Robert Ménard, maire de Béziers et figure de l’extrême droite française. Elle portait sur la crèche installée sur la Grand-Place de Bruxelles. Le PS ucclois dénonce une rupture du cordon sanitaire. Dilliès assume : il reconnaît un like volontaire, mais se défend en affirmant qu’il réagissait au contenu de la vidéo, pas à son auteur. « On se focalise sur qui l’a dit, alors que, moi, ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il a dit !« , qualifiant la controverse de « grotesque« .
Un élu ucclois à la tête de Bruxelles ?
L’ensemble de ces prises de position dessine un profil : celui d’un élu au service des intérêts de sa commune historiquement bourgeoise, prompt à réprimer toute voix discordante, manifestant·es, syndicalistes, artistes… Son appartenance au très select Cercle de Lorraine, club privé fréquenté par l’élite économique et politique belge dit quelque chose sur le monde auquel il appartient et qu’il entend protéger. De plus, il convient de rappeler que le fait d’être à la tête du gouvernement bruxellois n’a politiquement rien à voir avec la fonction de bourgmestre qu’il occupait à Uccle.
Tout d’abord, parce que la responsabilité politique y est bien plus conséquente, et surtout parce qu’il existe un gouffre sociologique important entre une commune bourgeoise du sud de Bruxelles, dont Dilliès conforterait les intérêts économiques, et une région aussi peuplée et sociologiquement divisée que Bruxelles.
En mettant en place un ministre-président comme Boris Dilliès qui, de premier abord, est un membre plus discret du parti, le MR de Georges-Louis Bouchez tente simplement de lisser son arrivée au pouvoir à Bruxelles. Cette manipulation politique révèle une stratégie : celle d’imposer, à l’échelle de la Région, des politiques ultra-libérales de la gestion publique. Derrière un profil présenté comme pragmatique selon GLB, se met encore davantage en place une orientation politique régionale qui favorise systématiquement les logiques de marché, permettant d’ouvrir la voie à des coupes budgétaires importantes dont les conséquences pèseraient davantage sur les populations les plus précaires d’une région déjà marquée par de fortes inégalités sociales.
Pour conclure, notons une légère ironie du sort : au moment de dévoiler publiquement le nom de Boris Dilliès à la tête de la Région, GLB disait à son propos que l’une de ses grandes qualités était sa bonne gestion devant la télévision. Moins de 24 heures après sa prise de fonction, Dilliès accordait une interview à la télévision flamande qui tenait davantage du sketch.
Quand une journaliste flamande lui a demandé : « quelle est votre priorité en tant que ministre-président ? », Dilliès a répondu : « je dois… Je dois… travailler pour Bruxelles… Ensemble et nous allons voir ! ».
Faute de flamand ou de quoi annoncer la couleur de son mandat chapeauté par le MR de GLB à la tête de la Région, une chose est sûre, les libéraux sont plus implantés que jamais à Bruxelles et ce n’est pas près de se terminer !
Sources :
-Pourquoi Georges-Louis Bouchez a finalement opté pour Boris Dilliès à Bruxelles, le Soir 14/02/026
-Boris Dilliès nommé ministre-président du gouvernement bruxellois, RTBF ACTUS, 14/02/2026
-Wikipédia, Boris Dilliès.
