
Le 29 janvier 2026, la Chambre des représentants a approuvé un projet de loi qui permet à l’État de retirer la nationalité belge aux personnes ayant la binationalité qui auraient commis un crime « grave ». Cette mesure, voulue par l’extrême droite depuis des années, permettra potentiellement de retirer la nationalité belge à des personnes coupables de criminalité organisée, d’homicides, de délits sexuels ou, de manière très large, de tout fait passible d’une peine de plus de 5 ans de prison.
En plus d’être une loi éminemment raciste dans la mesure où elle ne concerne que les personnes « d’origine étrangère », de nombreuses zones de flou résident en matière juridique, notamment dans le fait de qualifier ce qu’est un crime « grave » aux yeux de la justice et l’appréciation qu’il est possible d’en faire. Ce flou juridique laisse une marge d’arbitraire inquiétante qui risque d’être utilisée de manière discriminatoire, renforçant les biais racistes déjà présents dans le système judiciaire.
Cette loi a pour effet de créer une séparation juridique claire entre citoyen·nes belges qui n’auraient pas d’autres nationalités et citoyen·nes ayant des origines étrangères : désormais, pour un même crime commis, un·e Belge qui posséderait une autre nationalité verrait sa nationalité belge retirée, alors que ce ne serait pas le cas pour une personne uniquement belge.
Cette inégalité de traitement en termes de sanction juridique soulève toute une série de questions concernant l’imbrication des questions juridiques avec les questions raciales et sociologiques qui déterminent le parcours des individus dans le système pénal.
Les systèmes juridiques, politiques et policiers actuels reproduisent et renforcent le système économique dominant qu’est le capitalisme. Ce système, fondé sur l’exploitation des inégalités entre groupes sociaux « dominants » et « dominés », puise dans les questions de classe et de race pour perpétuer ces inégalités. Le racisme structurel n’est pas un dysfonctionnement du système, mais bien un de ses outils de régulation sociale et de maintien des privilèges.
Ainsi, la justice actuelle de pays aussi ancrés dans le système capitaliste que la Belgique est décrite par de nombreux observateurs critiques comme une « justice de classe et de race ».
Cette appellation met en lumière le fait que chaque individu n’est pas égal face au système judiciaire actuel. Ainsi, une personne non blanche et issue de groupes sociaux précaires serait systématiquement davantage criminalisée par le système judiciaire qu’une personne blanche et issue des classes sociales privilégiées.
Ces pistes de réflexion, qui lient systèmes de domination ancrés dans le fonctionnement du système capitaliste et système judiciaire, permettent alors de voir une telle loi d’un œil éminemment critique. En effet, sachant que le fait qu’un individu soit d’origine étrangère puisse juridiquement jouer en sa défaveur, il est d’autant plus alarmant de voir qu’une loi comme celle-ci permet désormais d’institutionnaliser ces différenciations raciales.
Cette loi apparaît comme une nouvelle peine pour les personnes racialisées par l’État belge dans le continuum de violences d’État auxquelles elles font face.
Cette nouvelle loi sur le retrait de nationalité prolonge cette logique répressive : elle consacre l’idée que les personnes d’origine étrangère ne seraient jamais pleinement « légitimes « sur le territoire belge, leur appartenance à la Belgique restant conditionnelle et révocable. Ainsi, l’État belge ne se contente plus de contrôler les frontières extérieures, il crée désormais des frontières intérieures qui traversent le corps social, distinguant les « vrais » Belges des Belges « sous condition ». Cette politique punitive et cette citoyenneté à géométrie variable participent d’un même projet : maintenir les populations racisées dans une position de vulnérabilité et de subordination permanente.
De cette manière, cette nouvelle loi, largement saluée par l’extrême droite flamande – notamment par le Vlaams Belang et la N-VA – et instaurant une “citoyenneté” à deux niveaux, envoie un message fort aux centaines de milliers de Belges d’origine étrangère qui seraient potentiellement concerné·es : vous n’êtes pas des Belges comme les autres et l’État belge a le pouvoir de vous retirer la nationalité.
Sources :
« Homicides, crimes organisés, délits sexuels: les possibilités de déchéance de nationalité élargies », 7sur 7
« Être condamné à plus de 5 ans de prison peut désormais faire perdre la nationalité belge ! », sud info
