
Lundi 26 janvier, près de 100 demandeurs d’asile sans solution de relogement ont été expulsés par la police à Molenbeek de la Casa Tamam, un bâtiment occupé depuis plusieurs années pour offrir un toit à des centaines de personnes demandeurs d’asile. Cette opération mobilisait des dizaines de policiers antiémeutes et la Brigade Anti-Bandistisme (BAB), pour mettre à la rue des personnes que l’État belge laisse en situation de précarité extrême. Le bail temporaire de la Casa Tamam, entre l’asbl BelRefugees et le propriétaire du bâtiment CityDev, se terminait le 31 octobre 2025. Une première expulsion avait été évitée à cette date.
Ce sont des scènes dont la violence est banalisée et légitimée. Il est 7h30 du matin, il fait très froid. Une vingtaine de personnes sont réunies en soutien devant le bâtiment contre l’expulsion. 2 agents de la Brigade Anti-Bandistisme (BAB), une brigade chargée des interventions violentes des perquisitions à risques, observent à l’entrée du bâtiment le rassemblement et interdisent aux soutiens de rentrer.
Alors que, plusieurs dizaines d’agents se préparent dans les rues adjacentes, des personnes occupant.es le bâtiment tentent de négocier avec la police pour remettre l’expulsion à plus tard, on leur fait comprendre que c’est soit ils sortent d’eux-mêmes, soit on envoie « les gros bras » les déloger. Parallèlement, une trentaine de policiers anti-émeutes se positionnent autour de l’occupation. Face à l’expulsion manu militari, les occupant.es décident de quitter les lieux sans s’opposer à cette dernière. Vers 9h30, la BAB, boucliers et gazeuses à la main rentrent dans le bâtiment, accompagnée de policiers anti-émeutes.
Ce genre d’intervention rime souvent avec des violences physiques, du cassage de matériel et d’effets personnels (téléphones, ordinateurs, …), des insultes racistes et exposent les occupant.es à l’usage d’armes particulièrement dangereuses dites à « létalité réduite« , comme par exemple le flash-ball de fabrication belge, le FN303.
Le FN303 est une arme, pour le moment, dédiée à certaines unités qui opèrent dans certains contextes, comme la BAB et par, exemple les unités spéciales (antiterroriste) de la police fédérale (DSU).Dans les faits, selon les observations de terrain, on constate son usage quasi exclusivement lors de révoltes ou de tensions dans les quartiers populaires et/ou lors d’expulsions d’occupations, en particulier lorsqu’elles sont occupées par des personnes sans-papiers.
Quand Théo Francken avait proposé à la suite du 14 octobre, d’utilisé cette arme contre les manifestant.es une large opposition s’était exprimée, tant côté des politiques, que du mouvement social. Même Bernard Quintin (MR) ministre de l’Intérieur, qui porte pourtant la loi autoritaire pour dissoudre les organisations jugées radicales, s’est positionné contre. Pourtant, peu sont celles et ceux qui s’opposent à l’usage du flash-ball lorsque les bourgmestres répriment les révoltes dans les quartiers populaires, ou envoient leur police expulser des personnes cherchant à s’abriter.
Cette différence de traitement révèle une hiérarchisation raciste dans l’acceptabilité de la violence policière : ce qui est jugé intolérable contre certain·es devient « normal » contre d’autres. Les habitant·es des quartiers populaires, souvent issu·es de l’immigration, ainsi que les personnes sans-papiers, font face à un niveau de violence policière qui serait massivement dénoncé s’il était appliqué ailleurs.
On constate que les armes de guerre, dont l’usage et le développemment s’est fait dans des contextes coloniaux (comme la Palestine ou l’Irlande), s’abattent en Belgique contre les parties de la population belge qui subissent déjà le racisme structurel de la société. Les habitant.es des quartiers populaires, souvent issu.es de l’immigration, ainsi que les occupations de personnes sans-papiers.
L’usage de ses armes contre ces parties de la population belge est « normalisé ». Cette normalisation de cette violence, qui pourtant, peut mutiler et voire même tuer, témoigne des processus de déshumanisation engendrés par le racisme d’Etat structurel en Belgique. Il en va de même lorsque l’Etat met à la rue des demandeurs d’asile, leur refuse leurs droits et l’accès aux services pour avoir une vie digne. L’autorité publique justifie et organise l’écrasement des vies qu’elles ne considèrent pas.
Sources :
Témoignages
RTBF, Molenbeek : les occupants de la Casa Tamam ont été évacués ce lundi matin, https://www.rtbf.be/article/molenbeek-les-occupants-de-la-casa-tamam-ont-ete-evacues-ce-lundi-matin-11668213
Bruxelles Dévie, Sans-Papiers : 320 hommes menacés d’expulsion à Molenbeek, https://stuut.info/Sans-Papiers-320-hommes-menaces-d-expulsion-a-Molenbeek-8606
