« Si un compte insta diffuse des infos contraires aux intérêts démocratiques, on pourrait le faire fermer »

Dans le cadre de la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine, plusieurs partis politiques ont réclamé ces deux dernières années la dissolution du réseau de solidarité avec les prisonnières palestinien·nes Samidoun. C’est le cas du MR, de la N-VA et du Vlaams Belang. Depuis le 7 octobre 2023, la page Instagram de Samidoun Brussels a été 4 reprise supprimée d’Instagram.
La nouvelle coalition fédérale la plus à droite de l’Histoire belge, l’Arizona (MR, Les Engagés, Vooruit, N-VA, CD&V) porte, au travers du ministre de l’intérieur Bernard Quintin (MR), un projet de loi de dissolution administrative taillée « sur mesure » pour dissoudre Samidoun. Dans les couloirs du cabinet du ministère on l’appellerait même « Loi Samidoun ».
Depuis l’annonce du projet de loi de dissolution administrative, où le gouvernement souhaiterait faire interdire une organisation sans passer par un juge, les oppositions se multiplient.
De la gauche radicale aux organisations légalistes, comme la Ligue des Droits Humains, la IFDH, jusqu’au Conseil d’Etat, tous dénoncent un projet de loi autoritaire et contraire à la Constitution belge. Le Conseil d’État a mis un coup d’arrêt à l’avant-projet de loi dissolution, en rendant un avis très négatif le 31 décembre 2025.Relevant que la dissolution d’une organisation ne pouvait dépendre que de la justice et non de l’exécutif et que des interdictions prononcées par l’exécutif ne pourraient être que temporaires et ciblées dans le temps. Donc une interdiction temporaire non « définitive« . Or, une dissolution, en principe est définitive, car elle interdit la poursuite des activités et l’existence du groupe.
Bernard Quintin ne démord pourtant pas. Il affirme, dans une interview donnée au Soir, souhaiter maintenir son avant-projet de loi, tout en se pliant à l’avis du Conseil d’État – donc en le modifiant. Dans cette même interview, Quintin explique que l’avant-projet de loi pourrait, par exemple faire fermer des pages sur les réseaux-sociaux.
« Mais on travaille sur des interdictions temporaires d’activités et des interdictions de publications. L’idée, pour vous donner un exemple : dans le cas d’une association de droit ou de fait, si l’on peut considérer, sur base d’un rapport de services de renseignement, qu’une page Facebook ou un compte Instagram diffusent des informations que nous avons estimées contraires aux intérêts démocratiques de notre pays, on pourrait les faire fermer. Evidemment, il faut voir aussi comment ça se fait non seulement légalement mais aussi techniquement. » Bernard Quintin
Fait étonnant, depuis octobre 2023, la page de Samidoun Brussels a, à plusieurs reprises, disparu des plateformes appartenant à l’entreprise Meta. Interrogée à ce sujet, Samidoun Brussels explique que, selon elle, ce n’est pas le gouvernement belge qui aurait demandé à Meta la suppression de leur page sur Instagram. En effet, les comptes Instagram de différents pays portant le nom de l’organisation ont été simultanément et succinctement supprimés.
Il faut en outre rappeler que le coordinateur européen de Samidoun, Mohammed Khatib est personnellement visé par une attaque de l’État belge qui a entamé une procédure visant à lui retirer sa protection de réfugié politique, pour ses positions et idéologies politiques révolutionnaires. Cette procédure pour lui retirer ses papiers constitue un dangereux précédent pour tous et toutes les réfugiées politiques en Belgique.
En Belgique, Quintin entend justifier la censure d’organisations et de pages publiant du contenu sur les réseaux-sociaux prétextant une menace « pour les intérêts démocratiques ». Précédemment, c’était la rhétorique du « radicalisme » qui était mobilisée pour justifier son avant-projet de loi. Cette dernière visait a associer, dans une démarche mobilisant un discours raciste, radicalisme religieux (donc terrorisme par biais d’association raciste) et radicalisme de gauche, pour en faire un grand ennemi, dont Samidoun représente l’alliance, à combattre par tous les moyens.
Or, il a été légitimement invoqué, tant par des professeur.es et chercheur.ses d’universités, que par des associations, le fait que Samidoun, comme d’autres organisations nommément visées par cet avant-projet de loi (Code Rouge, ou encore ce que le MR appelle « le mouvement antifa ») étaient qualifiées de « radicales », car ces dernières réclament et s’organisent pour une autre forme de société, qu’elles estiment plus juste.
Il semble en effet que c’est la perspective portée par ces groupes politiques d’une société qui ne serait pas fondée sur l’exploitation capitaliste, la domination du suprémacisme racial et la destruction de la biosphère, qui est qualifiée de « radicale » et manifestement, selon Quintin, « contraire aux intérêts démocratiques » de la Belgique. Derrière la formulation cynique de Quintin, qui entend conserver « les intérêts démocratiques » en mettant en place une loi qualifiée de liberticide, on comprend qu’il s’agit surtout des intérêts du gouvernement que ce dernier souhaite protéger.
Sources :
Le Soir, « Bernard Quintin : « Si un compte Instagram diffuse des infos contraires aux intérêts démocratiques, on pourrait le faire fermer » », https://www.lesoir.be/726088/article/2026-02-02/bernard-quintin-si-un-compte-instagram-diffuse-des-infos-contraires-aux-interets
En Bref, « La ministre des médias se trompe sur le journalisme (et c’est grave) elle souhaite « contrôler » l’information », https://www.instagram.com/p/DQr_dDpjJWJ/?img_index=8
RTBF, « La « loi Quintin » sur l’interdiction des organisations radicales : une atteinte à la séparation des pouvoirs ? », https://www.rtbf.be/article/la-loi-quintin-une-atteinte-a-la-justice-en-belgique-11616831
LDH, « Dissoudre une association sur décision du gouvernement ? Notre liberté d’association est menacée », https://www.liguedh.be/dissoudre-une-association-sur-decision-du-gouvernement-notre-liberte-dassociation-est-menacee/
Bruxelles Dévie, « CARTE BLANCHE: Révoquer un statut de réfugié pour des convictions politiques? », bruxellesdevie.com/2024/11/01/carte-blanche-revoquer-un-statut-de-refugie-pour-des-convictions-politiques/
