JUSTICE POUR FABIAN : Le mémorial spontané détruit, « Une nouvelle violence contre la famille »

   

Depuis le décès de Fabian, 11 ans, tué par une patrouille de police en juin 2025 dans le parc Élisabeth à Ganshoren, l’endroit était devenu un lieu de recueillement spontané. Jour après jour, voisin·e·s, proches, familles et collectifs y déposaient fleurs, bougies, dessins, photos et messages. Un espace d’auto-organisation collective où le deuil se partageait et où la mémoire de l’enfant restait vivante. Chaque lundi à 17h50, heure précise du meurtre policier de Fabian, des personnes se réunissaient pour se recueillir ensemble.

Quelques jours après la mort de Fabian en juin, c’est également à cet endroit dans le parc que des centaines de proches, soutiens et membres de la famille avaient organisé un rassemblement en son hommage.

Ce lundi 2 février au matin, ce lieu de recueillement en hommage à Fabian a été découvert détruit.

Sans en informer la famille ni les associations mobilisées, les autorités ont donc entièrement détruit ce mémorial. Banderoles accrochées aux arbres, dessins d’enfants, bougies, photos de Fabian souriant, affiches, messages laissés par des anonymes : tout a été enlevé. Une opération menée sans respect pour celles et ceux qui continuaient de se recueillir sur place.

L’effacement comme seconde violence

Pour les collectifs et les proches, cet enlèvement brutal constitue une nouvelle violence.

« La police a tué Fabian, l’État essaie maintenant de tuer sa mémoire » dénonce le communiqué d’OSVP publié ce lundi 2 février. Après avoir perdu leur enfant dans des circonstances tragiques, tué par la police alors qu’il circulait en trottinette, la famille se voit aujourd’hui privée du lieu où elle pouvait encore honorer sa mémoire, sans même avoir été prévenue.

Joëlle, voisine qui se recueillait quotidiennement sur place avec son chien, témoignait il y a quelques mois :

« Nous voisins, on fait tout pour qu’on ne l’oublie pas. On ne laissera pas faire. On remettra des fleurs, on remettra des plantes, on remettra des nounours. »

Pour elle comme pour beaucoup d’habitant·e·s du quartier, la mort de Fabian a été « un traumatisme collectif ».

Cette destruction intervient alors que depuis des mois, un bras de fer oppose les autorités aux associations. HeroesForZero et GC De Platoo qui réclamaient une plaque commémorative ou une structure permanente, en concertation avec la famille.

Bruxelles Environnement a systématiquement refusé mise en place d’un lieu commémoratif , invoquant la « neutralité » du parc et la nécessité de ne pas en faire « un lieu de revendication politique » contre la police.

Refuser un lieu de mémoire au nom de la « neutralité » revient à nier la réalité politique et répressive de ce parc. En effet, le parc Elisabeth est classé comme Hotspot en matière de trafics de stupéfiants par la région bruxelloise, ce qui signifie qu’il y a est sujet a plus de contrôles et de présence policière. Ce parc n’est pas neutre mais déjà marqué par des politiques de répressions qui ont des conséquences directes sur la vie des habitant·e·s.

L’organisme public a même précisé que « les gardiens de parc passent très régulièrement » pour « enlever des bougies » au nom de la sécurité.

Les associations rappellent pourtant que les places commémoratives ne sont pas nouvelles: il en existe une à Bruxelles où la journaliste Stéphanie Verbraekel a été percutée par un automobiliste en 2017.

Pourquoi ce qui était acceptable pour une adulte ne le serait-il pas pour un enfant de 11 ans tué par la police ? La différence réside-t-elle dans la nature de la mort, dans son caractère politique ?

La seule solution proposée par les autorités ? La plantation d’un « arbre du souvenir », discret. Une réponse administrative qui ignore totalement les besoins de deuil collectif du quartier, traumatisé par la mort de Fabian.

« C’est une piste privilégiée, tout simplement parce que l’espace vert est classé. Le fait de planter un arbre reste dans notre cœur de métier« , expliquait Bruxelles Environnement.

Silke Van Herrewegen, membre du collectif « Solidaire moeders van Brussel », dénonçait déjà cette approche : « Faire disparaître ce lieu qui existe actuellement sans consultation avec la famille, les riverains, les associations qui se mobilisent, serait un message très violent. » Ce message violent, les autorités viennent de l’envoyer ce matin.

« Ils proposent de planter un arbre contre toutes les initiatives d’autogestion et d’organisation des voisin·e·s, de la famille, des collectifs » poursuit le communiqué d’OSVP.

Ce qui dérange manifestement les autorités, ce n’est pas tant la mémoire de Fabian que la manière dont cette mémoire s’organise : collective, autonome, politique. Un mémorial spontané géré par les habitant·e·s échappe au contrôle, pose des questions sur les violences policières.

Le meurtre de Fabian a d’ailleurs eu des répercussions politiques : plusieurs communes bruxelloises ont adopté des politiques visant à réduire la présence policière en voiture dans les parcs et zones de jeux. Schaerbeek a ainsi limité la circulation des véhicules de police dans ses espaces verts. La mort de Fabian n’est pas qu’une tragédie individuelle, elle interroge les pratiques policières et la sécurité des enfants dans l’espace public. En effaçant physiquement le mémorial sans concertation, les autorités tentent de reprendre le contrôle du récit. Un arbre discret à la place d’un espace de résistance et de mémoire collective.

« Fabian on t’oublie pas, on pardonne pas »

Face à cette tentative d’effacement, les collectifs appellent à se mobiliser. Un rassemblement a été organisé le lundi 2 février à 13h sur place, avec l’invitation à ramener mots, bougies, affiches. « Ils veulent tuer la lutte, nous redoublerons le combat » conclut le communiqué d’OSVP.

sources :

https://www.bruxellestoday.be/actualite/commemoration-accident-mort-fabian-monument-parc-elisabeth.html