
Le 4 mars 2024, plus de 70 personnes bloquaient les locaux d’OIP, une entreprise belge située à Oudenaarde spécialisée dans les technologies électro‑optiques, pour dénoncer les liens de cette filiale d’Elbit avec le génocide en cours à Gaza. Elbit Systems Ltd. est une grande entreprise israélienne, l’un des principaux fabricants d’équipements militaires. Deux ans plus tard, alors que le bilan humain ne cesse de s’alourdir en Palestine, ce ne sont pas les fabricants d’armes qui sont inquiétés, mais sept militant·es poursuivi·es au civil pour 65 162,20 euros de dommages et intérêts.
Ce procès soulève des questions fondamentales : une multinationale peut-elle utiliser la justice pour intimider ceux et celles qui dénoncent ses activités ? Manifester contre les marchands d’armes deviendra-t-il illégal en Belgique ?
Dans cette carte blanche, les sept militant·es poursuivi·es expliquent pourquoi ils et elles refusent de se taire et pourquoi ce procès représente une menace pour la liberté d’expression et le droit de manifester.
Déclaration des 7 militant·es poursuivi·es en justice par OIP (filiale d’Elbit)
Alors que nous assistons impuissants depuis deux ans à un génocide en Palestine, sur nos écrans de téléphone, nous, les sept personnes poursuivies au civil par la société belge OIP, écrivons ce texte pour vous faire part de notre position.
Le 4 mars 2024, 149 jours après le début du génocide à Gaza, plus de 70 personnes ont décidé de participer à un blocage d’OIP, une filiale d’Elbit, située à Audenarde, en Belgique, afin de dénoncer sa complicité dans le génocide du peuple palestinien. OIP est active dans la production, entre autres, d’instruments optiques et d’armes. OIP rejette tout lien avec l’armée israélienne et/ou le génocide palestinien. Cependant, la société est entièrement détenue par ELBIT et ses bénéfices sont directement transférés à cette dernière. Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de prouver les liens entre la société meurtrière Elbit et le génocide palestinien. Cependant, OIP se défend en affirmant qu’elle ne vend qu’aux pays « acceptés par l’État belge » et qu’elle n’est pas responsable de l’exportation de ses produits. En d’autres termes, OIP ne nous fournit aucune preuve de sa non-complicité, elle se contente de renvoyer la balle à l’État belge.
Alors que Gaza subit l’un des sièges les plus cruels de notre histoire – une politique raciste d’éradication totale d’une population, des assassinats ciblés avérés de journalistes, la destruction des systèmes d’aide et de soins de santé internes et externes, une politique de colonies de peuplement, un système d’apartheid, des enlèvements, une famine préméditée, des tortures –, l’OIP décide cyniquement de réclamer 65 162,20 € de dommages et intérêts pour moins de six heures de blocage.
Seuls sept d’entre nous ont reçu une mise en demeure à la suite de l’action du 4 mars 2024.
Dans une première mise en demeure, l’OIP exigeait entre 10 000 et 100 000 euros pour « dommages matériels et moraux ». Aujourd’hui, cette mise en demeure s’est transformée en procès civil, dans lequel cette entreprise meurtrière nous réclame 65 162,20 euros pour perte de production, perte de revenus et salaires de ses employés.
OIP-Elbit, une multinationale de l’armement, ne fait rien d’autre que d’utiliser la justice pour nous intimider. En affirmant que « notre blocage est déraisonnable », elle vise à discréditer la validité de notre action et à attaquer notre droit à la liberté d’expression et notre droit à l’organisation.
Il est également important d’ajouter que cette affaire sera jugée par un tribunal civil, ce qui est plutôt inhabituel. L’affaire a été rejetée par le tribunal pénal. En d’autres termes, le système judiciaire belge ne considère pas que nous avons violé le droit à la liberté d’expression. Cependant, OIP rouvre le dossier dans le but, selon nous, de créer un précédent juridique. Ainsi, si nous perdons, dénoncer, bloquer ou manifester contre cette filiale d’Elbit sera puni par la loi. Nous sommes une fois de plus confrontés à un exemple d’une grande multinationale privée d’armement qui exploite les droits fondamentaux – en l’occurrence, les droits belges – pour servir ses propres intérêts. Cependant, l’OIP n’est pas au-dessus des lois.
À qui profitera ce précédent ? Si demain OIP peut poursuivre ses activités sur le territoire belge sans entrave, quelle autre multinationale pourra voir ses affaires prospérer grâce à un soutien juridique, alors que ses profits sont réalisés sur des millions de cadavres ?
Aurons-nous encore le droit de bloquer des entreprises ? Aurons-nous encore le droit de dénoncer les actions néfastes des multinationales ? Nous, harcelés par OIP/Elbit, avons décidé d’exercer notre liberté d’expression dans le respect de l’État de droit : bloquer et ralentir leur production afin de dénoncer leur complicité avec les marchands de mort, responsables du colonialisme et du génocide.
Nous, les 7 contre Elbit, prenons fermement position contre cette répression, cette intimidation et cette instrumentalisation de la justice et nous affirmons haut et fort :
Nous ne paierons pas pour le génocide ! Nous ne serons pas complices d’une entreprise liée de quelque manière que ce soit au génocide palestinien. Nous avons le droit de dénoncer la complicité, même si elle est approuvée par l’État belge, entre les marchands de mort et les situations coloniales de génocide.
Sources :
https://stopelbit.be/html/news-2026-01-11-7-activists-statement.html
