international : L’état belge et l’Europe négocient des accords avec le régime taliban pour expulser des migrant·es en Afghanistan

   

Freddy Roosemont, patron de l’Office des étrangers en Belgique, s’est rendu à Kaboul la semaine dernière, pour négocier avec le régime afghan. À sa tête : Haibatullah Akhundzada, chef suprême des Talibans. L’objet de la négociation ? Faciliter l’expulsion d’Afghan·es, depuis une bonne partie de l’Europe vers l’Afghanistan. En effet, Freddy Roosemont était missionné par 20 états membre de l’Union Européenne pour « négocier ». Le régime afghan s’est dit disposé à aider ces 20 pays à identifier les Afghan·es sans titre de séjour en Europe.

Roosemont s’est donc entretenu avec des fonctionnaires des ministères afghans de l’Intérieur, des Affaires étrangères et des services de renseignements. La mission était organisée par le Conseil de l’Europe, en partie sous l’impulsion de la ministre belge de l’Asile et la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), qui explique « La mission vise principalement à relancer la coopération technique avec les autorités afghanes sur le plan administratif, notamment en matière d’identification« , avant d’ajouter « il existe dans le contexte international plusieurs régimes avec des visions totalement différentes de l’humanité et du monde, avec lesquels nous devons coopérer sur le plan administratif pour opérer des retours« .

Dans leur communiqué de presse, le Collectif des Réfugié·es Afghan·es, la communauté Afghane de Belgique et la Voix des Sans-papiers dénoncent « la position du secrétaire d’État belge à l’Asile et à la Migration, soutenue sans réserve par l’ensemble des partis de la coalition dite « Arizona », visant à organiser ou à légitimer l’expulsion de ressortissants afghans vers leur pays d’origine, mais aussi à normaliser les relations diplomatiques avec le régime au pouvoir. Cette orientation politique constitue une faute morale grave, un reniement des engagements internationaux de la Belgique et une attaque frontale contre les principes les plus élémentaires de protection des droits humains.« 

Les collectifs poursuivent : « Nous exigeons l’arrêt immédiat de toute expulsion vers l’Afghanistan, la reconnaissance pleine et entière de la situation de danger dans laquelle se trouvent les ressortissants Afghan.es , ainsi qu’une politique d’asile fondée sur la protection, la dignité et la solidarité. Nous appelons la société civile, les associations, les syndicats et l’ensemble des forces progressistes à se mobiliser contre ces décisions injustes et inhumaines« .

Pendant 20 ans, de 2001 à 2021, la Belgique et ses alliés ont participé activement à la guerre en Afghanistan aux côtés de l’OTAN. Des milliers de soldats belges y ont été déployés, des milliards d’euros dépensés dans une occupation militaire qui a dévasté le pays. En août 2021, lorsque les forces occidentales se sont retirées dans le chaos et que les Talibans ont repris le pouvoir, les gouvernements européens ont multiplié les promesses d’accueil pour les Afghan·es en danger, interprètes, collaborateur·ices, défenseur·euses des droits humains, femmes et minorités menacées.

3 ans plus tard, ces mêmes gouvernements négocient avec le régime qu’ils prétendaient combattre pour renvoyer les personnes qu’ils avaient promis de protéger. La Belgique et l’Europe assument pleinement leur responsabilité dans le chaos afghan : elles l’ont créé, puis elles abandonnent celles et ceux qui en sont les premières victimes.

Pour Sibylle Gioe, présidente de la Ligue des droits humains, “collaborer avec l’un des pires régimes de tortionnaires au monde est un scandale qui devrait profondément nous inquiéter”. En effet, ce régime interdit aux femmes la liberté de circuler, de s’exprimer et de poursuivre leurs études au-delà du primaire. Les personnes considérées comme opposant·es politiques sont régulièrement arrêtées et soumises à la torture et à de mauvais traitements. En 2024, le ministère afghan a annoncé 13 000 arrestations officielles en un an. Reporters sans frontières (RSF) a, par ailleurs, classé l’Afghanistan parmi les trois pays les plus dangereux pour la liberté de la presse.

Cette démarche s’inscrit dans l’histoire coloniale et néocoloniale de l’Europe qui continue de décider qui peut circuler, qui mérite protection, et avec quels régimes négocier selon ses propres intérêts. Les mêmes pays qui ont participé à déstabiliser l’Afghanistan pendant des décennies, qui ont instrumentalisé ce territoire dans leurs guerres impérialistes, refusent aujourd’hui d’assumer leurs responsabilités envers les personnes qu’ils ont contribué à mettre en danger.

Si la Belgique renvoie des Afghan·es aux Talibans, elle les expose à un risque extrême pour leur vie et leur intégrité physique, et se rend complice de violations graves des droits humains, voire de meurtre. Le gouvernement belge démontre une nouvelle fois ses priorités : faire tourner la machine à expulsion, quitte à négocier avec des régimes auxquels il dit s’opposer fermement. Pour faire marcher l’agenda raciste et réactionnaire de l’Arizona, tous les compromis semblent possibles.

Sources :

La Belgique négocie avec les talibans pour renvoyer des afghans dans leur pays, [RTBF], 24 janvier 2026, disponible en ligne : [https://www.rtbf.be/article/la-belgique-negocie-avec-les-talibans-pour-renvoyer-des-afghans-dans-leur-pays-11667282]

Communiqué de presse de la Voix des Sans-Papier, le collectif des Réfugié·es Afghan·es et la communauté Afghane de Belgique