Justice pour H. : les policiers qui l’ont percuté à Ixelles roulaient à près de 100 km/h et n’étaient pas en mission

   

Lundi 19 janvier à 7 heures, un homme de 33 ans d’origine algérienne a été tué par la police, après avoir été percuté par une voiture de police sur l’avenue de la Couronne à Ixelles. Plus d’une semaine après les faits, de nouveaux éléments sont apparus.

Selon Het Nieuwsblad, au moment d’entrer en collision avec H. , la voiture banalisée de la direction fédérale de la protection de la police (DAP*) roulait à au moins 90 km/h, soit trois fois la vitesse maximale autorisée sur cette route.

Au moment de la collision, H. traversait sur un passage piéton, après qu’un premier automobiliste lui ait cédé le passage. La voiture de la police fédérale a alors doublé ce véhicule à toute vitesse et a mortellement percuté H. Ces éléments concernant le fait qu’il traversait un passage pour piétons n’avaient dans un premier temps pas été dévoilés.

Le véhicule n’avait vraisemblablement pas de sirène allumée et les trois membres de la police fédérale présents n’étaient pas en mission urgente justifiant une telle vitesse. Il s’agissait simplement d’une mission de routine vers l’aéroport de Bruxelles-Zaventem pour récupérer l’ambassadeur israélien, une tâche protocolaire ne nécessitant aucune intervention d’urgence ni conduite à haute vitesse.

Les deux premiers éléments concernant la très haute vitesse du véhicule et le fait que celui-ci n’avait pas de sirène nous avaient été confirmés le jour même par un témoin.

 « H. était un homme si gentil, si généreux, l’homme de ma vie. Il est mort maintenant, et ma vie est détruite. Et pourquoi? Parce que ces agents devaient aller chercher rapidement un ambassadeur »( femme de H.)

Le policier qui était au volant au moment des faits a été accusé d’homicide involontaire aggravé par le juge d’instruction chargé de l’enquête. L’enquête est toujours en cours et, depuis, le policier n’a pas été privé de liberté.

Ce nouveau décès d’un piéton renversé par une voiture de police a suscité une vive émotion et rappelle les noms de nombreuses autres personnes décédées dans des situations étroitement similaires en Belgique au cours des dernières années. Les policiers impliqués dans ces collisions mortelles ont très largement systématiquement été blanchis par l’institution judiciaire .

Un représentant de l’association « Heroes for Zero » (association bruxelloise qui lutte pour la sécurité routière) a dénoncé ce qu’il voit comme une culture de la vitesse au sein de la police, qui justifie systématiquement des vitesses excessives en milieu urbain par de prétendues « missions d’urgence ».

En l’occurrence, la vitesse à laquelle roulait cette voiture de police, sans sirène et le matin très tôt, était à la fois illégale et dangereuse. C’est cette conduite qui a coûté la vie à H. . Et quand bien même les forces de l’ordre auraient été en « mission » nécessitant une quelconque urgence, il n’est pas possible que cela puisse coûter la vie à un être humain.

Sur ses réseaux sociaux, l’association dénonçait : « Nous refusons d’accepter ces morts comme inévitables. Nous rejetons un système où l’accès privilégié des VIP se fait au détriment de la sécurité de tous. Les morts de piétons ne peuvent jamais être acceptées comme des “dommages collatéraux” du travail policier. ».

Depuis 2017, pas moins de 8 personnes ont perdu la vie à cause de collisions impliquant des véhicules de police. Un bilan tragique auquel s’ajoute un nombre considérable de blessés, parfois graves, parmi lesquels Laetitia, percutée à Schaerbeek en juin 2025, ou encore deux fillettes fauchées à Ixelles en novembre de la même année. Ces drames pointent du doigt des dysfonctionnements structurels et une banalisation préoccupante de la vitesse au sein de la police.

Ces nouveaux éléments relatifs à un énième décès d’une personne renversée par la police belge démontrent l’ampleur de l’impunité policière lorsqu’il s’agit d’accidents de la route qui, systématiquement, auraient pu être évités par le respect des règles du Code de la route ou encore par l’usage de signes distinctifs, comme des sirènes et des gyrophares audibles et visibles à grande distance.

Au moment de la collision, H. a été projeté à une vingtaine de mètres, selon plusieurs témoins. Cette tragique collision aurait pu être évitée si les policiers avaient respecté la limite de vitesse, activé leurs sirènes ou ne s’étaient pas lancés dans un dépassement à grande vitesse près d’un passage pour piétons.

L’ensemble de ces éléments met en évidence la responsabilité policière dans cette affaire.

Nous adressons tout notre soutien aux proches et à la famille de H.

Légende :

DAP : La Direction de la protection (DAP) de la Police fédérale de Belgique a été créée en 2014 et est responsable des missions de protection spécialisées. Elle se compose de trois entités : une Direction centrale de protection des biens et des personnes, ainsi que deux détachements de sécurité. L’objectif principal de la DAP est d’améliorer la qualité des services de protection et d’optimiser les prestations afin de répondre aux attentes des partenaires et des autres parties prenantes.

Sources :

-Heroes for zero, Facebook

-Une « culture de la vitesse » ? La colère monte après un autre accident mortel impliquant une voiture de police, Bruxelles times, 28/01/2026