
Le soir du Nouvel An, Marwane rentre chez lui après un diner chez un ami dans le quartier de la Cage aux Ours à Schaerbeek. A quelques centaines de mètres de son domicile, il est tabassé par plusieurs agents de police sans raison : coup de matraque au visage, balayette, acharnement au sol … Marwane a le nez cassé et la pommette gauche fracturés, il est gravement blessé à l’oeil gauche et, aujourd’hui il « ne sait pas si il[son oeil] est encore fonctionnel« .
Loin d’être un fait divers, ou une « bavure », la violence d’Etat qu’a subit Marwane témoigne d’une gestion politique racialisée et policière des quartiers populaires à Bruxelles, où les habitant·es sont considéré·es et présenté·es médiatiquement comme une menace intérieure à l’ordre social. Dans ce contexte l’Etat déploie des moyens répressifs de contrôle et de surveillance particulièrement importants ainsi qu’une surprésence policière, notamment le soir du 31 décembre, ce qui expose régulièrement les habitant·es des quartiers populaires, souvent ceux au nord et à l’ouest de Bruxelles, à des violences.
Un dispositif policier exceptionnel avait été mis en place à l’occasion du passage à l’an : commandement unifié des 6 zones de police de la capitale*, policiers anti-émeutes déployés préventivement, hélicoptères ainsi que le recourt aux Brigades Anti-Banditisme (BAB), particulièrement violentes. Ce déploiement policier s’inscrit dans un contexte médiatique, ponctué d’appels politiques décomplexés à « maîtriser la racaille » et à « restaurer l’ordre« .
Des responsables politiques ont multiplié les déclarations martiales dans les jours précédant le Nouvel An, réclamant une fermeté maximale et préparant les esprits à une répression particulièrement violente, ce qui a créé les conditions d’un déchainement policier indistinctif dans certains quartiers dans la rue la nuit de l’An.
C’est vers 1h30 du matin que Marwane, qui avait été opéré quelques jours plutôt au genou, rentre chez-lui « paisiblement » selon ses mots. Arrivé dans le quartier de la Cage aux Ours à Schaerbeek, il s’arrête « pour regarder les feux d’artifice. C’était sur le chemin du retour et il y avait des gamins qui lançaient des pétards, chose que je n’ai pour ma part plus faite depuis que j’ai 14 ou 15 ans.«
Il poursuit : « Alors que je marchais dos à la place, j’ai vu une camionnette s’arrêter. Cinq ou six policiers en sont sortis, très excités. Ils portaient des capuches et des cache-cous, certains seulement des brassards de police.Des jeunes aux alentours se sont mis à courir. Par réflexe, je me suis mis à courir aussi, avant de m’arrêter, en me disant que c’était absurde car je n’avais rien à me reprocher. D’autant que j’avais mal à la jambe.«
Alors qu’il s’arrête il explique avoir directement reçu un coup de matraque à la tête, le coup le fait tomber au sol. Ces lunettes tombent, son sang coule sur son visage. Il essaye de se relever « grâce à l’adrénaline » et un policier le balaye directement au sol, et continue à lui infliger des coups de matraque. Marwane explique que c’est parce qu’il n’a pas arrêté de crier qu’il avait subi une opération quelques jours plutôt que le policer arrête de le violenter. Une ambulance est appelée pour que lui et d’autres personnes blessées par la police soient transférées à l’hôpital.
« Dans l’intervalle, j’ai été insulté avec d’autres personnes en attente de soins. »
Après s’être rendu chez un spécialiste, Marwane n’est pas sur que son oeil gauche voit encore.
« Je ne suis même pas traumatisé, je suis juste dégoûté. Car je n’ai vraiment rien fait. Et j’ai envie que les gens qui étaient dans cette camionnette aient à répondre de leurs actes.« , déclare Marwane.
Les parents de Marwane partagent leur colère face aux évènements : « Même s’il s’était agi de l’un de ces mineurs avec des feux d’artifice, je ne comprends pas que l’on puisse faire cela. On est dans quel pays ? « . Une plainte a été déposée.
Les violences policières subies par Marwane révèlent le fonctionnement d’un système politique et policier fondé sur une gestion sécuritaire et racialisée de l’espace, notamment des quartiers populaires, et surtout lors d’évènements cristalisant la tension comme le nouvel an.Lorsque certains territoires sont traités comme des espaces à contrôler et leurs habitant.es comme des « corps » à discipliner, la violence devient alors une pratique ordinaire, normalisée du maintien de l’ordre, portée et rendue possible et acceptable par des discours politiques et médiatiques qui légitiment la répression et l’exception.
Légende : *Le commandement unifié place les différentes zones de police en région bruxelloise sous l’autorité d’un seul commandement hiérarchique, avec la présence de nombreux cadres des forces de l’ordre, mais aussi d’un.e magistrat.e dans le cadre de la gestion du Nouvel An cette année.
Sources :
Le Soir, « Coup de matraque au Nouvel An : « Je ne sais pas si mon œil est toujours fonctionnel » « , 3 janvier 2026, https://www.lesoir.be/art/d-20260102-HFL6C4
La Libre, « Bruxelles sous haute surveillance pour le Nouvel An », 26 décembre 2025, https://www.lalibre.be/regions/2025/12/26/bruxelles-sous-haute-surveillance-pour-le-nouvel-an-3EEDTJTQBBEPTPIS42LDGRNAFY/
