
Dans la nuit du dimanche 14 décembre, Adama Condé, surnommé Adamo, 34 ans, a été tué par balles lors d’une intervention policière à proximité de la gare de Namur. Malgré la gravité des faits, les trois policier·ères impliqué·es n’ont pas été suspendu·es et restent officiellement en service.
Les images de la scène, filmées par des témoins, ainsi que les témoignages de proches, remettent en cause la version officielle d’une intervention présentée comme nécessaire et proportionnée : trois policier·ères ont fait usage de leur arme à feu et ont tué Adamo, alors vraisemblablement en crise psychologique. Une fois au sol, blessé par balles, il a reçu des coups au visage de la part des policier·ères.
Alors que les obsèques d’Adamo avaient lieu le 9 janvier en Guinée, accompagné de ses proches et en présence des autorités gouvernementales du pays, nous apprenions le même jour dans la presse que les trois policier·ères impliqué·es dans son meurtre ne seront pas suspendu·es. Leurs armes de service ont cependant été saisies pour l’enquête et ils et elles ont été affecté·es dans un service « de seconde ligne », selon la presse.
L’instruction, toujours en cours, vise à rassembler les preuves et à déterminer si l’usage de l’arme à feu par les policier·ères était conforme à la loi. Tant que cette enquête judiciaire n’est pas terminée, aucune décision définitive n’est prise sur leur culpabilité aux yeux de l’institution judiciaire. Cependant, pour les avocat·es du frère d’Adamo, il ne fait pas de doute que ces trois policier·ères doivent se retrouver devant la Cour d’assises (la juridiction qui juge les crimes les plus graves et où un procès public avec un jury citoyen peut être organisé) et que la mort d’Adamo aurait pu être évitée.
» Il y avait une entrée de balle dans sa poitrine, j’ai aussi vu une plaie de l’autre côté… Nous voulons que les personnes qui l’ont tué soient condamnées. On ne peut pas tuer un être humain comme ça. Il faut que justice soit faite » Abou, frère d’Adamo.
Le frère d’Adamo s’est constitué partie civile via ses avocat·es et une plainte pour meurtre a été déposée. Plusieurs interrogations sont soulevées par les avocat·es, Me Sedad et Heymans :
« L’usage de l’arme était-il légitime, proportionné et adéquat à la situation ? Certains policiers l’ont-ils reconnu le soir des faits ? Si ce n’est pas le cas, n’aurait-il pas mieux valu le laisser partir pour l’arrêter ultérieurement ? »
En effet, en 2023, lors d’une intervention policière dans un parc à Namur, Adamo avait déjà été mordu par un chien de la police.
« Dans plusieurs dossiers, des policiers tirent de plus en plus facilement et la sanction n’est pas toujours adéquate. Il serait temps de prendre en considération la valeur humaine », concluent les avocat·es du frère d’Adamo.
L’impunité au cœur de l’institution policière
Le fait que les policier·ères impliqué·es dans la mort d’Adamo n’aient pas été suspendu·es n’est pas un cas isolé dans le cadre des violences d’État. À titre d’exemple, le 31 mai 2020, au commissariat Démosthène à Bruxelles, un jeune homme racisé a été violemment passé à tabac par un inspecteur dans une cellule pourtant équipée d’une caméra. Ce dernier a ensuite été affecté à un service chargé d’auditionner victimes et suspects.
Dans la majorité des cas, l’institution policière et judiciaire font bloc, parallèlement aux prises de position du monde politique qui défendent corps et âme la police. Ces positions protègent les agent·es impliqué·es et surtout empêchent toute remise en question du fonctionnement et du rôle de l’institution policière.
C’est précisément ce qui était rappelé quelques jours après le meurtre d’Adamo, lors d’un rassemblement en hommage :
« Il y a longtemps que nous ne croyons plus à ce discours selon lequel le corps policier protège le peuple. Nous savons qu’il protège la propriété privée, la classe dominante, mais surtout qu’il se protège lui-même. […] La justice, la vraie, sera populaire, ou ne sera jamais », discours lors d’une manifestation à Namur, le 19 décembre.
La police et les procureurs déploient, lorsque l’État tue, systématiquement un recit criminalisant envers les personnes tuées. L’objectif est de détourner l’attention et la responsabilité vers la victime, et justifier la mort et l’action des agent·es de l’État.
Au travers d’éléments, qu’importe qu’ils soient vrais ou faux, le récit médiatique ne va jamais interroger l’action policière, mais se concentrer sur la représentation de la personne tuée en une « menace ». Cette logique s’intensifie et s’appuie sur la négrophobie, qui produit les imaginaires coloniaux et racistes des hommes racialisés comme noirs, en les présentant comme une figure menaçante et incontrôlable.
L’affaire Adamo révèle une logique systémique où policiers et policières sont protégé·es tant par leur propre hiérarchie, que par l’institution judiciaire, ainsi que par le déploiement d’un récit médiatique et politique, au détriment des victimes et de la vérité.