
Dans la nuit du 12 au 13 janvier 2026, le siège social de la multinationale Sodexo-Pluxee à Bruxelles, qui détient et gère plusieurs prisons privées au Royaume-Uni, dans lesquelles sont incarcéré·es des prisonnier·ères politiques pro-palestinien·nes, a été la cible d’une action. La boite aux lettres de l’entreprise a été endommagée, des graffiti et des affiches de solidarité ont été apposés en soutien aux prisonnier·ères et grévistes de la faim.
« Soutenez la grève de la faim – boycottez Sodexo« , peut-on lire en anglais sur les affiches.
Le 14 janvier 2026, Heba Muraisi, Kamran Ahmed et Lewie Chiaramello après respectivement, 73, 66 et 52 jours sans s’alimenter, ont annoncé leur décision de mettre fin à leur grève de la faim après qu’Elbit Systems UK s’est vu refuser un contrat gouvernemental 2 milliards d’euros, ce qui constituait une de leurs revendications clé.
Heba, Kamran et Lewie avant de mettre un terme à leur action politique, risquaient une mort imminente. Umer Khalid, lui continue encore sa grève de la faim, arrivant à sa première semaine sans s’alimenter.
Qui est Palestine Action ? Désarmer ici la machine de guerre coloniale en Palestine et continuer la lutte depuis la prison :
Le 2 novembre 1917, Arthur Balfour, secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères,promet au mouvement sioniste que le Royaume-Uni soutiendra l’établissement de son projet colonial en Palestine.
Précédemment à la déclaration Balfour, la France et le Royaume-Uni avaient secrètement signé un accord durant la 1ère guerre mondiale, l’accord Sykes-Picot, pour opérer le découpage colonial des pays situés dans la région du Levant, en Asie de l’Ouest, dont la Palestine, qui dès 1920, passe sous mandat britannique.
C’est symboliquement le 2 novembre 2025, date de la déclaration Balfour, que 8 des 33 prisonnier·ères de Palestine Action au Royaume-Uni ont entamé une grève de la faim. Ils et elles protestent contre leurs conditions de détention ; contre la continuation du soutien de l’Angleterre au génocide et à la colonisation de la Palestine, contre la classification de Palestine Action comme groupe terroriste ainsi que pour l’accès à un procès juste et équitable.
La lutte des membres de Palestine Action depuis les geôles britanniques s’inscrit dans la longue histoire de résistance des prisonnièr·es politiques, y compris dans le contexte colonial en Palestine, où les prisonnier·es constituent une avant-garde révolutionnaire. Les prisonnièr·es politiques, au Royaume-Uni comme en Palestine, sont enfermé·es dans les pires conditions dans l’objectif de les briser, mais, malgré ces conditions répressives particulièrement violentes, ils et elles ne renient pas la légitimité de leur lutte. Ils et elles incarnent alors, depuis les luttes, la détermination d’un combat politique et en deviennent leur symbole.
Palestine Action est un groupe d’action directe fondé en 2020 avec pour objectif le démantèlement des usines d’armement au Royaume-Uni qui sont impliquées dans la colonisation et le génocide en Palestine. Leurs actions ont en particulier ciblé Elbit-Systems, une entreprise d’armement israélienne, par exemple en 2024 lors d’une action contre une usine de drones à Filton. Les dommages causés dépasseraient le million d’euros. A l’issue de cette action, 24 personnes (les Filton24), ont été arrêtées sous le « terrorism-act », la législation spéciale anti-terroriste.
Durant l’été 2025, des militant.es sur des trottinettes électriques se sont introduits dans une base de la Royal Air Force (RAF), à Brize Norton.Ils et elles ont aspergé des avions de peinture rouge, engendrant près de 10 millions d’euros de dégâts. 5 militant·es seront arrêté·es et incarcéré·es.
Bien que Palestine Action s’était déjà distinguée par ses actions contre les entreprises d’armement produisant des armes pour Israël sur le sol britannique, c’est à la suite de l’action contre la base RAF que l’organisation a été classée comme « terroriste ». Elle a été interdite, et il est désormais illégal au Royaume-Uni d’être membres et/ou d’appeler au soutien de Palestine Action. Depuis cette interdiction, plus de 2.000 personnes ont été arrêtées pour avoir montré des signes de soutien à l’organisation.
Cette classification est une classification politique qui vise à disqualifier et interdire l’organisation alors que la légitimité des actions de Palestine action devient éclatante à la lumière de l’intensification de l’entreprise coloniale et génocidaire en Palestine. Les campagnes de l’organisation mettent également en lumière la dimension impérialiste de la colonisation de la Palestine, qui ne saurait se produire sans la participation des puissances du Nord, et notamment la collaboration directe du Royaume-Uni avec l’Etat colonial israélien, par le soutien économique et la vente d’armes notamment.
Au travers de la classification « terroriste », Royaume-Uni désigne l’organisation Palestine Action comme un ennemi d’Etat, contre qui les législations spéciales anti-terroristes qui permet de contourner les limites du droit commun, peuvent être utilisées : moyens de surveillances et répressifs disproportionnés, enfermement de longue durée sans procès, conditions de détention inhumaines, etc …
Après la classification, 4 militant·es non-affilié·es à Palestine Action, ont à nouveau été arrêté·es fin août 2025, après une action visant une fabrique qui produit des parties des avions F-35, utilisés dans le bombardement de Gaza. L’arrestation de ces 4 militant·es amène à 33 le nombre de prisonnièr·es politiques pour la Palestine au Royaume-Uni.
À Bruxelles, plusieurs manifestations et actions ont eu lieu en soutien aux prisonnier·ères politiques pour la Palestine au Royaume-Uni. Le 23 décembre 2025, une manifestation pour la libération des Filton24 a eu lieu face à l’ambassade du Royaume-Uni. Le 27 décembre 2025, l’ambassade du Royaume-Uni a été aspergée de peinture. Le 12 janvier 2026, une nouvelle manifestation était organisée en face de l’ambassade pour réclamer la libération immédiate des prisonnier·ères et en soutien à leur grève de la faim.
Sodexo, nourrir et enfermer :
Durant la nuit du 12 au 13 janvier 2026 à Bruxelles, une action a été menée contre le siège social de Sodexo-Pluxee, qui gère plusieurs prisons privées au Royaume-Uni dans lesquelles des prisonnièr·es politiques sont incarcéré·es. Pour rappel, ces dernièr·es ont entamé une grève de la faim contre leurs conditions de détention. L’action de début janvier dénonce l’entreprise Sodexo-Pluxee et l’État britannique comme responsables directs de l’éventuelle mort des grévistes de la faim. La boite aux lettres du siège social de l’entreprise, située rue Ravenstein, a été endommagée.
L’entreprise française Sodexo est le plus grand distributeur de services de nourriture et de gestion d’accommodation dans le monde. Elle est active dans de nombreux secteurs, des écoles et universités, secteur des soins, jusqu’aux sites militaires ainsi qu’aux services et à la gestion de prisons privées. Au total, c’est près de 90 prisons dans le monde, dont en Belgique, où Sodexo est active.
Au Royaume-Uni, Sodexo gère directement l’entièreté de 6 prisons. Dans ces prisons, plusieurs cas de traitement inhumains, d’humiliations et de conditions de détention invivables ont été rapportées depuis 2010.
En France Sodexo est active dans 36 prisons, ce qui lui a rapporté, sur 8 ans, près d’un milliard d’euros. En Belgique? Sodexo est notamment impliquée dans la maintenance de la méga prison d’Haren, dans des écoles et universités, par exemple à l’ULB, où la politique de sous-traitance de l’université est dénoncée par des travailleur·ses, étudiant·es et professeur·es. Au Royaume-Uni, des manifestations contre l’implication de Sodexo ont été organisées par des organisations de solidarité avec les prisonnièr·es politiques, autour du slogan « Prison for profit kill!« , « Les prisons pour le profit tuent!« .
Royaume-Uni : politique de la mort face aux grévistes de la faim et intensification de la lutte
Les grèves de la faim au Royaume-Uni sont également historiquement liées à la résistance de l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA) contre la colonisation de l’Irlande. L’IRA a été créée pour répondre au colonialisme de peuplement britannique, sous lequel les irlandais·es ont été victimes de dépossession, de massacres de masse, de famine, de persécutions et de ségrégation sociale.
Durant la Guerre d’Indépendance Irlandaise entre l’IRA et les forces armées britanniques (1919-1921), 65 personnes, suspectées d’être des militant·es révolutionnaires irlandaises ont été incarcéré·es sans procès équitable. Ces dernièr·es ont alors entamé une grève de la faim, demandant leur libération et un traitement digne. Face à la continuation de leur combat politique en prison, le gouvernement britannique a mené une politique de main de fer pour briser leur grève de la faim et mettre un terme à leur combat. Mais l’Etat britannique n’a pas su briser leur détermination et 3 grévistes sont décédés après 74 jours de jeune.
La Guerre d’Indépendance Irlandaise a abouti la libération partielle de l’Irlande, laissant derrière elle une partition Sud – Nord. Le Nord, majoritairement protestant des suites du colonialisme de peuplement anglais, est resté sous le giron britannique.
En Irlande du Nord, durant la séquence surnommée « The Troubles« (1960 – 1998/2005), les républicain·es catholiques ont lutté pour leur libération, contre la ségrégation et les discriminations sociales structurelles issues de la colonisation, qu’ils et elles subissent en Irlande du Nord. Ils et elles luttaient également pour la réunification de l’Irlande en une république indépendante. L’IRA Provisoire* , qui aspire à une Irlande unifiée, a mené des soulèvements armés et posé des bombes visant des institutions britanniques.
Durant les décennies « The Troubles« , de 1972 à 2003,19 000 personnes ont été inculpées pour « terrorisme », la grande majorité d’entre elles faisant partie ou étant accusées de faire partie de l’IRA.
Au début des années 1980, les républicain·es irlandais·es emprisonné·es ont protesté contre leur incarcération et le retrait de leur statut de prisonni·ères politiques. Le retrait de ce statut en 1976 les privait de certains droits : celui de porter des vêtements civils ou de ne pas être contraints au travail forcé. Leur protestation a initié la « dirty protest » : les prisonnièr·es révolutionnaires irlandais·es refusaient de se laver et couvraient les murs de leur cellule avec leurs excréments.
En 1981, plusieurs dizaines de prisonnièr·es républicain·es ont entamé une grève de la faim, dont le leader révolutionnaire républicain et membre de l’IRA Bobby Sands. A nouveau, le gouvernement britannique a appliqué une politique d’assassinat politique, en refusant de céder aux demandes de grévistes, ce qui a mené à la mort de 10 prisonnièr·es politiques, dont Bobby Sands.
« Our Revenge Will Be the Laughter of Our Children« , « Notre vengeance sera le sourire de nos enfants« , est une phrase de Bobby Sands, prononcée durant sa grève de la faim en 1981, avant d’être tué par l’Etat anglais.
Cette phrase résonne tout particulièrement aujourd’hui, à la lumière de la lutte pour la libération de la Palestine du colonialisme. Elle rappelle la recherche de la dignité derrière le combat d’un peuple pour sa libération du colonialisme, des génocides et de la domination impériale. Pourtant, le mouvement de libération irlandais, comme celui du peuple palestinien, et ceux du reste du globe, sont sans-cesse disqualifiés et traités de « terroristes » par les gouvernements qui organisent et/ou soutiennent des politiques de terreur, au travers de la dépossession ; de la dévalorisation de la vie, des massacres, de la famine, la destruction de masse et la mise à mort de centaines de milliers de personnes.
Les prisonnièr·es de Palestine Action, sont de celles et ceux qui se tiennent aux côtés des peuples qui luttent pour leur dignité, pour que leurs enfants puissent sourir libéré·es des bombes et de l’asservissement. L’Etat britannique en refusant d’adhérer plus vite à certaines revendications des grévistes a amené aux frontières de la mort plusieurs personnes. Ces dernières risquent aujourd’hui d’importantes séquelles liées à leur grève de la faim. La pression exercée par les prisonnièr·es politiques et le mouvement de solidarité a poussé le gouvernement britannique a refusé un contrat d’armement crucial avec Elbit Systems, ce qui constitue en soi une victoire pour le mouvement pro-palestinien au Royaume-Uni.
« Nous n’avons jamais confié notre vie au gouvernement, et nous n’allons pas commencer maintenant. C’est nous qui déciderons comment nous consacrerons notre vie à la justice et à la libération.« , a déclaré Amu Gib, un des ex-grévistes de la faim et toujours prisonnier politique.
La plateforme anglaise, Prisoners For Palestine et des organisations militantes bruxelloises appellent à intensifier la lutte pour exiger la libération des 33 prisonnièr·es politiques, contre le gouvernement anglais et les différents acteurs de leur enferment et pour combattre la collaboration des Etats impérialiste du Nord avec la colonisation de la Palestine.
Sources :
Communiqué de l’action
CNN, https://edition.cnn.com/2025/06/20/uk/palestine-action-protest-uk-airbase-security-breach-intl
IEB, https://www.ieb.be/Masterplan-pour-mega-prison#nh2-3
CNN, https://edition.cnn.com/2025/07/02/uk/uk-palestine-action-house-of-commons-latam-intl
Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Sodexo_Justice_Services
Aljazeera, https://www.aljazeera.com/news/2025/12/25/palestine-action-prison-hunger-strikes-that-shaped-history
Bobby Sands Trust, https://www.bobbysandstrust.com/
BBC, https://www.bbc.com/news/articles/cvgrq9d8n3zo
AP News, https://apnews.com/article/raf-brize-norton-palestine-action-planes-8467a20bcd088e24c3fe061852b33ba2
Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Palestine_Action#Interdiction
