
Malgré une large opposition du monde agricole européen, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur a été approuvé ce vendredi 9 janvier 2026 par les 27 pays membres de l’Union Européenne. Une décision politique lourde de conséquences sociales, agricoles et environnementales, qui attise une colère déjà profonde dans les campagnes européennes.
Pour que l’accord UE-Mercosur soit définitivement mis en place, il faut encore que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rende au Paraguay pour signer l’accord avec les pays du Mercosur et que le Parlement européen y soit favorable.
Qu’est-ce que l’accord Mercosur?
Après plus de 25 ans de négociations, les États membres de l’Union européenne ont validé l’accord UE–Mercosur, visant à créer une vaste zone de libre-échange entre l’UE et quatre pays sud-américains : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Cette signature intervient pourtant dans un contexte de forte mobilisation. Le 18 décembre dernier, plus de 7 500 agriculteur·ices s’étaient rassemblé·es devant la Commission européenne pour dénoncer un accord jugé destructeur pour leur avenir. Depuis, les actions se sont multipliées, notamment en France et en Belgique, où des blocages agricoles ont paralysé routes et autres lieux.
Une fois mis en place, l’accord, qui couvrira une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs, permettra de faire entrer en Europe de la viande, du sucre, du riz, du miel ou encore du soja sud-américains. En contrepartie, il facilitera également l’exportation de voitures, de machines et d’alcool européens.
En mettant en place cette zone de libre-échange, l’accord UE–Mercosur détériore davantage les conditions économiques des agriculteur·ices européen·nes. La libéralisation du marché agricole intensifie la concurrence, en mettant leurs productions en compétition directe avec des produits sud-américains à moindre coût, issus de systèmes ne respectant pas les normes environnementales européennes. Il pousse en réalité à des dynamiques de concurrence non viables pour ce secteur déjà en crise, ainsi qu’une agriculture intensive et productiviste, guidée par la recherche de profit, au détriment de la juste rémunération, de l’écologie et de la sécurité alimentaire.
Les racines d’une colère agricole profonde
La colère actuelle ne surgit pas de nulle part. Les conditions de vie et de travail des agriculteur·ices sont déjà extrêmement dégradées. Le métier est pénible physiquement, exposé à de nombreux accidents du travail et maladies professionnelles. Dans certains secteurs, notamment l’élevage, les amplitudes horaires sont très lourdes et rendent presque impossible la prise de congés, en particulier pour les petites exploitations.
Le mal-être agricole est désormais largement documenté. Le taux de suicide chez les agriculteur·ices est nettement supérieur à celui du reste de la population. En Wallonie, une grande majorité des agriculteur·ices seraient en situation de détresse psychologique : anxiété, risque de burn-out, dépression, pensées suicidaires.
Sur le plan économique, la précarité est tout aussi alarmante. Près de 20 % des agriculteur·ices wallon·nes vivraient sous le seuil de pauvreté, tandis qu’à Bruxelles, leur revenu moyen serait 40 % inférieur au salaire minimum. Le monde agricole belge, comme ailleurs en Europe, est marqué par une fragilité structurelle et des revenus insuffisants.
Mercosur : un danger pour l’agriculture et l’environnement
Les principaux syndicats agricoles dénoncent une concurrence déloyale, alimentée par l’arrivée sur le marché européen de produits moins chers, issus de systèmes agricoles ne respectant pas les normes sociales, sanitaires et environnementales imposées aux agriculteur·ices européen·nes.
Le cas du Brésil est particulièrement révélateur : le pays est l’un des plus grands importateurs de pesticides produits en Europe… mais interdits sur le sol européen. Avec l’accord UE–Mercosur, ces substances pourraient indirectement revenir dans les assiettes européennes via les importations agricoles.
Les conséquences climatiques sont tout aussi préoccupantes. Selon un rapport commandé par le gouvernement français en 2020, l’augmentation des échanges de produits agricoles entre les deux blocs entraînerait une hausse annuelle de 8,7 millions de tonnes de CO₂, soit une augmentation de 34 % par rapport aux niveaux actuels. L’accord accélérerait également la déforestation en Amérique du Sud, avec une estimation de 700 000 hectares détruits chaque année.
Ces mesures prises au détriment des agriculteur·ices ne font qu’alimenter une colère déjà présente au sein du milieu agricole. Elles s’inscrivent dans la trajectoire d’une agriculture intensive productiviste, toujours plus motivée par la quête de profit capitaliste que par la juste rémunération des agriculteur·ices, la prise en compte des enjeux écologiques et la sécurité alimentaire de la population. Ces choix politiques, qui profitent avant tout à l’agro-industrie, affaiblissent la capacité de l’Union européenne à garantir sa propre souveraineté alimentaire. Ils menacent directement celles et ceux qui nourrissent la population.
Mobilisations en Belgique contre l’accord UE–Mercosur
Depuis jeudi soir, les actions se multiplient en Belgique. Des blocages ont été organisés à Froyennes, Hensies, Gand, Anvers, Courrière, Haut-Ittre et Loncin. À proximité du blocage de Courrière, une distribution populaire de pommes de terre a eu lieu sur le rond-point de Nannine. À midi, des barbecues ont été installés, tandis que l’ASBL As Bean a rejoint le mouvement pour distribuer de la soupe à une centaine de personnes.
Vendredi soir, vers 21 heures, le blocage de Loncin a rejoint celui de Courrière, dans une ambiance rythmée par les klaxons et les signes de solidarité. Samedi 10 janvier, un agriculteur a vidé le contenu de son tracteur sur la Grand-Place de Bruxelles, laissant un amas de pommes de terre au cœur de la capitale.
Alors même que de nombreux rapports alertent sur le désastre écologique annoncé et que les syndicats agricoles dénoncent depuis des années la dégradation continue des conditions de travail et de rémunération, l’Union européenne a fait le choix de passer en force. Malgré des mobilisations massives et répétées, la signature de l’accord UE–Mercosur acte une fois de plus le décalage profond entre les décisions politiques européennes et la réalité vécue sur le terrain par les agriculteur·ices. Cet accord de libre-échange apparaît ainsi comme un révélateur du mépris structurel des sociétés capitalistes occidentales envers celles et ceux qui nourrissent la population depuis des décennies.
Sources :
Le parisien : « Mercosur : une majorité de pays de l’UE approuvent l’accord de libre-échange, pas la France ». 9 janvier 2026.
