En pleine période hivernale, le retrait des financements met en péril la survie de milliers de personnes sans-abri

En ce début d’année 2026, toute une série de coupes budgétaires touchent différents secteurs sociaux. Toujours en attente d’un gouvernement bruxellois et donc d’un potentiel budget régional, les « maraudes sanitaires » voient leur pérennité mise en danger depuis le 1er janvier, faute de renouvellement du budget. Les maraudes sanitaires bruxelloises sont principalement portées par trois projets qui portent les noms de « Cover », « SubLink » et « Artha ». Ces dispositifs médicaux mobiles engagent au total 22 employé·es chacun·e, spécialisé·es dans différents domaines psycho-médico-sociaux en lien direct avec l’aide à des personnes en situation de sans-abrisme.
Les projets « Cover » et « SubLink » avaient été lancés par la Commission communautaire commune (Cocom) en 2023 afin de lutter contre les dangers sanitaires à l’égard des personnes sans-abri en Région de Bruxelles-Capitale. Le projet « Artha », porté par le Projet Lama ASBL et soutenu financièrement par Bruxelles Prévention & Sécurité, est également mis en danger. Ce projet vise à venir en aide à des usager·es de drogues spécifiquement en situation irrégulière.
Le terme « maraudes » désigne des actions de proximité réalisées en ville pour venir directement en aide à des personnes sans-abri, à la fois sur le plan matériel, moral et sanitaire. Les maraudes sont un pilier essentiel dans l’aide directe aux personnes sans-abri et, comme toute profession, celles-ci nécessitent des aides financières, à la fois pour rémunérer les personnes engagées et pour que les dispositifs mis en place soient de la meilleure qualité possible.
En mars 2025, des centaines d’acteur·ices et d’associations du secteur non marchand* bruxellois, parmi lesquels le Projet Lama, qui vient directement en aide aux personnes sans-abri, dénonçaient dans un communiqué les effets des ajustements budgétaires sur les aides sociales et sanitaires destinées aux Bruxellois·es :
« Le secteur non marchand n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. C’est un rempart essentiel contre la précarité, l’exclusion et l’isolement social, mais aussi un puissant moteur de l’économie bruxelloise. Forcées à la résilience, les associations vitales à la population ne peuvent plus se contenter de promesses creuses.
Malgré les appels répétés du secteur non marchand aux autorités, plusieurs centaines d’associations qui répondent aux besoins de la population sont abandonnées à une incertitude budgétaire insoutenable. En l’absence de gouvernement de plein exercice à Bruxelles, rien ne bouge pour le non marchand et ces associations sont contraintes de reporter des projets cruciaux adressés aux personnes en grande précarité, aux malades, aux jeunes ou encore aux familles en difficulté. »
La disparition de ces projets impactera directement la vie de milliers de personnes sans-abri, dont les aides matérielles et sanitaires apparaissent souvent comme l’unique moyen de subsistance.
Portés par des personnes formées aux enjeux complexes du sans-abrisme, ces projets de maraudes sanitaires sont d’autant plus essentiels qu’ils abordent avec sérieux les situations sanitaires spécifiques de chaque personne sans-abri. Les trois équipes de dispositifs médicaux mobiles interviennent auprès de personnes confrontées à des situations sanitaires complexes, liées à une extrême précarité, et qui cumulent souvent de nombreux enjeux de santé nécessitant une attention particulière.
Le 10 octobre 2025, une personne sans-abri qui souffrait d’une hémorragie interne après avoir été écrasée par une voiture avait été refusée par deux services d’urgence. C’est finalement grâce à l’ASBL de réduction des risques* « Dune » que cette personne a été prise en charge et sauvée.
Cette situation, comme tant d’autres, montre l’importance des équipes de personnes spécialisées dans l’aide aux personnes sans-abri qui, en plus d’être formées à ces enjeux complexes, fréquentent quotidiennement des personnes sans-abri.
De plus, la fin de ces projets de maraudes sanitaires fait suite à un désinvestissement massif dans les secteurs d’aide aux personnes sans-abri. Il y a quelques mois, le gouvernement fédéral avait notamment fait le choix de couper ses subsides alloués au plan grand froid, détériorant alors directement les risques de décès ou de complications sanitaires en lien avec le sans-abrisme lors de périodes de froid extrême.
Dans les secteurs d’aide aux personnes sans-abri, chaque réduction ou suppression d’aide matérielle, médicale ou psychologique peut potentiellement coûter des vies. Les décisions budgétaires prises par les pouvoirs publics, qui délaissent de manière récurrente les secteurs non marchands, ne constituent pas de simples économies : elles accentuent les boucles de précarité et de marginalisation mises en place dans nos sociétés à l’égard de certaines populations.
Le sans-abrisme est une réalité préoccupante : chaque jour, plus de 10 000 personnes continuent de vivre et de survivre dans les rues de Bruxelles, dans l’indifférence et le mépris institutionnel les plus totaux.
La pérennité de ces projets de maraudes médicales est une nécessité, tant leur rôle est crucial dans l’accompagnement sanitaire et la survie de personnes en situation d’extrême précarité.
Légende :
– Secteur non marchand : Le secteur non marchand regroupe les activités qui fournissent des services gratuitement ou à des prix non significatifs, souvent financés par des subventions, des dons ou des impôts.
– Réduction des risques : dispositifs d’accompagnement lors de consommation de drogues afin de limiter la dangerosité de celles-ci
Sources :
-Vers la fin des maraudes médicales à Bruxelles ? 3 équipes menacées de disparaître ce 1er janvier faute de financement : « Au monde politique de trancher », L’avenir 2025
-« Analyse : quels enjeux autour du sans-abrisme à Bruxelles ? », Bruxelle dévie 2025
-« Les incertitudes budgétaires à Bruxelles menacent fortement la continuité de centaines de services essentiels à la population », Fédérations maisons médicales 2025
