
Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont lancé des frappes aériennes sur Caracas et ont kidnappé le président Nicolás Maduro et sa compagne. Cette nouvelle intervention militaire et l’expansionnisme impérialiste des Etats-Unis, suscitent des réactions en Belgique, où des manifestations ont été organisées à Bruxelles.
Le président des Etats-Unis Donald Trump, a annoncé cette opération militaire en qualifiant Maduro, depuis des mois, de « baron de la drogue » et en justifiant l’action par la lutte contre le « narcotrafic ». Pourtant, le Venezuela est un acteur marginal de la production ainsi que du transit de la drogue en Amérique du Sud.
La rhétorique de la lutte contre le « narcotrafic » sert de prétexte pour justifier une intervention militaire qui poursuit des objectifs économiques et politiques : mettre sous tutelle le Venezuela, profiter de son pétrole et autres ressources rares et porter un coup symbolique aux pays non-alignés sur l’impérialisme états-unien. Parallèlement aux opérations militaires extérieures, cette « guerre contre la drogue » justifie à l’intérieur des frontières des Etats-Unis une répression fascisante exceptionnelle, via notamment ICE*, contre les personnes identifiées comme migrantes et associées de manière raciste au trafic de drogue.
Cette attaque s’inscrit dans un contexte impérialiste globale où les puissances occidentales multiplient les ingérences et interventions militaires pour préserver leur domination à l’échelle du monde et garantir l’accès aux ressources stratégiques ainsi qu’au marché dominé par les intérêts états-uniens. Entre l’année 2025 et le début de celle 2026, les Etats-Unis ont bombardé 7 pays : Nigéria, Yémen, Iran, Irak, Somalie, Syrie et le Venezuela.
L’attaque contre la souveraineté du Venezuela, malgré qu’elle viole tous les 1ers principes de la Charte des Nations Unies, s’est réalisée avec l’approbation tacite ou assumée des principales autorités occidentales, y compris celle de la Belgique. Cela illustre que le droit international n’est que le vestige d’un rapport de force passé, aujourd’hui invoqué uniquement pour défendre l’ordre impérialiste mondial, et piétiné lorsqu’il ne lui est pas utile.
La puissance impérialiste états-unienne montre bien qu’il s’agit de la loi du plus fort, comme le rappelait l’avocate et militante Selma Benkhelifa, lors d’un rassemblement contre l’agression du Venezuela.
Cette nouvelle intervention militaire à l’encontre d’un pays souverain met en exergue l’impunité l’impérialisme et du fascisme nord-américain. Les Etats-Unis, en tant qu’Etat capitaliste et empire fondé sur le colonialisme de peuplement, le génocide, l’esclavage et la ségrégation raciale, estiment depuis au moins la doctrine Monroe (1823), que l’entièreté des Amériques serait leur zone d’influence « naturel », où ils peuvent modeler dans leur intérêt la politique à l’échelle du continent, mener et soutenir des coups d’Etat, exproprier les matières premières, asservir des populations, et ce, toujours pour servir leurs intérêts propres.
Cette logique impérialiste ne se limite pas au continent américain (nord & sud), mais bien à l’échelle du monde. Les Etats-Unis possèdent 800 bases militaires dispersées partout sur la planète, la guerre et les conflits militaires sont un des instruments de leur domination.
Cette intervention militaire s’inscrit dans une politique d’agression et de pression continue menée par les États-Unis contre le Venezuela, depuis l’arrivée du mouvement d’Hugo Chàvez, leader socialiste du « Mouvement révolutionnaire bolivarien » et opposé à l’impérialisme états-unien, au pouvoir. Le gouvernement bolivarien avait mené des réformes sociales et nationalisé plusieurs secteurs clés de l’économie du pays, en opposition a la doctrine néolibérale, servant les intérêts de la domination économique des Etats-Unis.
L’attaque contre le Venezuela s’insère également dans la longue histoire des interventions militaires états-uniennes en Amérique du Sud.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est devenu courant que les Etats-Unis interviennent militairement dans des pays souverains et qu’ils soutiennent des coups d’Etat. Dans le contexte de la Guerre froide entre l’impérialisme occidental leadé par les Etats-Unis et le bloc soviétique leadé par l’URSS, la plupart des interventions et/ou soutiens militaires extérieurs des Etats-Unis ont été motivés par l’empêchement du développement du contre-modèle communiste dans le monde.
Les Etats-Unis ont soutenu les différentes dictatures d’extrême droite ou anticommuniste en Amérique latine (Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, Brésil, Bolivie). Ce, notamment via le plan « Condor » une coopération entre différentes dictatures d’Amérique du Sud et les Etats-Unis, qui a mené à une réelle politique de terreur, en massacrant leurs oppositions politiques d’extrêmes gauches.
Les Etats-Unis ont directement et/ou on soutenu des coups d’Etat ou des guerres civiles en Amérique latine : en 1954 au Guatemala, en 1961 à Cuba, 1965 en République dominicaine, en 1973 au Chili, en 1976 en Argentine, en 1979 au Nicaragua, en 1980 au Salvador, en 1983 sur l’Ile de Grenade, en 1989 au Panama.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont fondé en 1946 « l’Ecole des Amériques« , un centre de formation militaire spécialisé dans le combat contre le communisme et la formation à la contre-insurrection révolutionnaire. Ce centre a été contrôlé jusqu’en 1984 par les Etats-Unis, plusieurs dictateurs s’y sont formés.
Le gouvernement de Chàvez au Venezuela sera la cible en 2002, d’une tentative de coup d’Etat, qui échouera après 2 jours. Le gouvernement du Venezuela avait accusé les Etats-Unis, dirigés alors par Bush, d’avoir soutenu cette tentative de coup politique. En 2006, les Etats-Unis interdisent la vente d’armes états-uniennes au Venezuela, invoquant un manque de coopération dans la lutte « contre le terrorisme ».
En 2015, l’administration d’Obama décrète que le pays constitue « une menace extraordinaire pour la sécurité nationale » des États-Unis et impose les premières sanctions. Trump poursuit et intensifie cette politique lors de son premier mandat (2017-2021). Un embargo sur le pétrole vénézuélien, sur lequel repose principalement l’économie du pays, et d’autres sanctions sont imposées par les Etats-Unis. La multiplication des sanctions économiques est un facteur important de l’étranglement de l’économie vénézuélienne, ce qui a provoqué une crise sociale majeure au sein du pays.
Joe Biden, loin de rompre avec cette ligne, l’a perpétuée : sa dernière décision politique avant l’arrivée de Trump au pouvoir a été d’offrir une récompense de 15 millions de dollars pour la capture de Nicolás Maduro. Cette continuité bipartisane démontre que l’agression contre le Venezuela ne relève pas d’une lubie trumpiste, mais d’une logique impérialiste bien ancrée dans la politique états-unienne.
Depuis la seconde partie du 20e siècle, Washington a orchestré des coups d’État, soutenu des dictatures sanglantes et mené des invasions militaires pour protéger ses intérêts économiques et écraser tout mouvement s’identifiant au socialisme et s’opposant au capitalisme dans la région. Les États-Unis ont systématiquement renversé des gouvernements, empêchés des révolutions, et appuyé des régimes autoritaires. Cette politique impérialiste a causé des dizaines de milliers de morts et des décennies de souffrance pour les peuples latino-américains.
Le contrôle militaire et économique de l’Amérique latine
Selon les estimations de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), le Venezuela dispose de 303 milliards de barils de réserves pétrolières, ce qui en fait le pays avec les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, devant l’Arabie saoudite et l’Iran. Dans un contexte de compétition acharnée avec la Chine et la Russie pour dominer les marchés – notamment pétroliers -, l’impérialisme états-unien cherche à sécuriser par la force militaire la plus grande réserve mondiale de pétrole, qui constitue un objectif stratégique majeur. Cette intervention survient alors que des entreprises chinoises et russes avaient annoncé l’initiation d’opérations d’exploitation et de commerce du pétrole vénézuélien.
Le déploiement militaire dans le sud des Caraïbes ne vise pas seulement à renverser le gouvernement de Maduro et installer un nouveau plus favorable aux intérêts états-uniens. L’objectif stratégique poursuivi est d’installer des bases militaires permanentes sur le territoire vénézuélien, une ambition que Washington envisage depuis au moins les années 1960. Cette présence militaire constituerait un dangereux précédent pour l’ensemble de la région, menaçant la souveraineté de tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes.
Depuis août 2025, la présence militaire états-unienne s’est considérablement renforcée dans le sud des Caraïbes. L’administration Trump a déployé plus de 15 000 soldats présents dans la zone. Washington justifie cette présence par l’opération « Southern Spear », lancée en septembre, présentée comme une initiative de lutte contre le trafic de drogue. Les autorités états-uniennes accusent le gouvernement vénézuélien d’abriter ce qu’elles nomment le « cartel des Soleils », impliquant – selon elles – des membres de la haute hiérarchie militaire et politique, dont le président Nicolás Maduro. Les opérations militaires menées depuis septembre ont déjà causé la mort de plus de 100 personnes lors d’attaques contre 23 embarcations en haute mer.
Depuis son retour au pouvoir, Trump a multiplié les accords militaires dans la région : protocole avec le Panama pour la « réutilisation rotationnelle » d’anciennes bases, « réouverture » de la base de Roosevelt Roads à Porto Rico, autorisation d’utilisation de bases en République dominicaine. Le Venezuela représente le maillon manquant de cette stratégie de remilitarisation du continent.
Cette agression contre le Venezuela s’inscrit dans une logique impérialiste globale. Pendant que Washington lance des frappes sur Caracas, il continue de soutenir activement le génocide en cours à Gaza, fournissant armes, financement, renseignement et « solutions politiques » (en référence au « plan de Trump pour Gaza ») à Israël. La guerre et l’agression ne sont pas des anomalies, mais font partie de la politique états-unienne pour maintenir la domination occidentale sur les ressources stratégiques et écraser toute velléité d’indépendance et finalement conserver une économie mondiale à leur avantage.
Que ce soit au Moyen-Orient ou en Amérique latine, les États-Unis et leurs alliés européens défendent les mêmes intérêts : le contrôle des hydrocarbures et des minerais, le maintien de leur hégémonie économique et militaire, et l’écrasement de tout projet politique qui échapperait à leur emprise. L’industrie de l’armement et les multinationales pétrolières profitent directement de ces conflits, tandis que les peuples en paient le prix le plus élevé.
Réactions politiques en Belgique
« Je ne pense pas qu’une personne sensée, à moins d’être vraiment d’extrême gauche, puisse déplorer le départ de Maduro, car c’est un dictateur, un criminel et un assassin, dont la place est en prison. Quant à la manière dont tout cela s’est déroulé, oui, on peut s’interroger », voici la déclaration de Bart De Wever (N-VA), le 1er ministre belge. Georges-Louis Bouchez (MR), a adopté une ligne particulièrement belliqueuse, s’allignant sur fascisme et l’impérialisme états-unien.
« Maduro est un dictateur, un criminel et un voyou de droit commun. Il faut être irresponsable pour le pleurer ou le regretter », a déclaré Georges-Louis Bouchez sur X.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Engagés), a réagi via le réseau social X. Il a déclaré que « les Vénézuéliens méritent un régime démocratique et légitime, ce qui leur fait défaut avec Maduro« , donc a justifié l’intervention, et que ce dernier « doit être tenu responsable de ses actes« . Il a toutefois rappelé, mollement et sans conviction, l’importance du respect du droit international. Mercredi 7 janvier 2026, Maxime Prévot rencontrait son homologue états-uniens Marco Rubio, il a communiqué sur leur rencontre « [Qu’] il existe des divergences, mais aussi de fortes convergences et des responsabilités communes. En tant qu’alliés, nous restons déterminés à faire progresser nos priorités communes […]. »
Mobilisations en Belgique
Plusieurs organisations ont appelé à des rassemblements, le 1er week-end de janvier, à Bruxelles pour exprimer leur opposition à l’agression militaire en cours et leur solidarité avec la population vénézuélienne.
L’attaque contre le Venezuela et l’histoire des interventions états-uniennes impérialistes, du Vietnam, à l’Irak, la Libye en passant par l’Afghanistan, rappelle que ces guerres ont été régulièrement justifiées par des motifs politiques, comme la « défense de la démocratie », ou le « respect de droits de l’homme ». Ou bien encore, via des motifs sécuritaires, comme la « guerre au terrorisme » et la « guerre contre la drogue« . Loin de libérer quiconque, ces motifs servent de prétexte à des guerres qui ont systématiquement servi la domination politique et économique de l’impérialisme occidental. Ce, toujours au détriment des peuples indigènes, de centaines de milliers de morts et de déstabilisation politique générant de longues crises sociales.
La population vénézuélienne, déjà durement éprouvée par une plus décennie de crise économique, de blocus et de pressions politiques, risque payer le prix le plus lourd de cette escalade militaire.
Légende : *ICE, Immigration and Customs Enforcement, agence de service de contrôles des douanes et immigration aux Etats Unis.
Sources :
RTL Info, « Conflit entre le Venezuela et les États-Unis : 230 Belges sont sur place, « leur sécurité est la priorité », affirme Maxime Prévot« , RTL Info, 4 janvier 2026. https://www.rtl.be/actu/monde/international/conflit-entre-le-venezuela-et-les-etats-unis-230-belges-sont-sur-place-leur/2026-01-03/article/775414
Belga, « Georges-Louis Bouchez condamne Maduro, le ‘voyou’, et fustige la position du PTB« , 3 janvier 2026. https://www.7sur7.be/monde/georges-louis-bouchez-condamne-maduro-le-voyou-et-fustige-la-position-du-ptb~ad1835b5/
BONILLA-MOLINA, L. « Venezuela : la nécessité d’un anti-impérialisme prolétarien », Inprecor n°740, 3 janvier 2026. https://inprecor.fr/halte-lagression-imperialiste-contre-le-venezuela
Presse-toi à gauche ! « Venezuela : la menace impérialiste et les issues possibles du conflit« , 2 décembre 2025. Repris de Vientos Sur. https://www.pressegauche.org/Venezuela-la-menace-imperialiste-et-les-issues-possibles-du-conflit
20 Minutes, « Washington contre Caracas: des sanctions à la capture de Maduro« , 3 janvier 2026, https://www.20min.ch/fr/story/historique-des-tensions-washington-contre-caracas-des-sanctions-a-la-capture-de-maduro-103479782
Le Monde « Etats-Unis – Venezuela : les principales interventions de Washington en Amérique latine depuis la guerre froide« , 3 janvier 2026, https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/03/etats-unis-venezuela-les-principales-interventions-de-washington-en-amerique-latine-depuis-la-guerre-froide_6660437_3210.html
Le Monde, « Le plan « Condor » a été « la rupture la plus grave et la plus nette avec l’Etat de droit »« , 5 janvier 2005, https://www.lemonde.fr/archives/article/2005/01/05/le-plan-condor-a-ete-la-rupture-la-plus-grave-et-la-plus-nette-avec-l-etat-de-droit_393001_1819218.html
Wikipedia, « Liste des bases militaires des États-Unis dans le monde« , https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_bases_militaires_des_%C3%89tats-Unis_dans_le_monde
Contre Attaque, « Les USA ont bombardé sept pays cette année, et restent la principale menace pour la paix mondiale« , 30 décembre 2025, https://contre-attaque.net/2025/12/30/les-usa-ont-bombarde-sept-pays-cette-annee-et-restent-la-principale-menace-pour-la-paix-mondiale/
Le Monde, « Etats-Unis – Venezuela : les principales interventions de Washington en Amérique latine depuis la guerre froide« , 3 janvier 2025, https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/03/etats-unis-venezuela-les-principales-interventions-de-washington-en-amerique-latine-depuis-la-guerre-froide_6660437_3210.html
Le Soir, « Bart De Wever sort du silence après la capture de Nicolás Maduro : « Sa place est en prison »« , 7 janvier 2026, https://www.lesoir.be/720805/article/2026-01-07/bart-de-wever-sort-du-silence-apres-la-capture-de-nicolas-maduro-sa-place-est-en
Contre Temps, « L’attaque contre le Venezuela révèle un empire affaibli et dangereux« , 7 janvier 2026, https://www.contretemps.eu/attaque-contre-venezuela-empire-affaibli-dangereux/
Contre Temps, « Les États-Unis prennent d’assaut le territoire et le gouvernement du Venezuela« , 6 janvier 2026, https://www.contretemps.eu/etats-unis-assaut-territoire-gouvernement-venezuela/
VRT, « Belgian Foreign Minister and US Secretary of State meet to discuss Venezuela and Gaza », 7 janvier 2026, https://www.vrt.be/vrtnws/en/2026/01/07/belgian-foreign-minister-and-us-secretary-of-state-meet-to-discu/
