ELLES S’APPELAIENT

   

Marina, Élisa, Jeanne d’Arc U., Zahra, Thessa, Gaetana, Maria Mia “K”, Wendy, Lilia et Anna, Naskah H., Diana L., Olivia B., Regina, Anja L., Daphnée C., Ellen V., Alison D., Gilberte A.

Elle s’appelait Marina

49 ans. Ce mercredi 12 novembre, Marina, a été aspergée de distillat de pétrole avant d’être poignardée à plusieurs reprises par son ex de 64 ans, à Nivelles.

Elle s’appelait Élisa

Policière âgée de 30 ans, maman d’un petit garçon. Le 20 octobre 2025, elle s’est suicidée en uniforme avec son arme de service.

Élisa avait déposé plainte pour des faits de harcèlement sexuel et de viol à l’encontre d’un officier de la zone de Charleroi. Pourtant, elle n’a pas été prise au sérieux et il n’y a pas eu de poursuites pénales « pour motif de charges insuffisantes ». D’autres policières de la zone avaient par ailleurs porté plainte pour harcèlement à l’encontre de l’un de leurs supérieurs.

Selon l’analyse du parquet : « un motif personnel et d’ordre privé est à l’origine du geste fatal ». Cependant, le message d’adieu qu’elle a laissé à sa mère désignait clairement ces violences comme la cause de son geste.

Les victimes de féminicides sont rarement reconnues comme telles. L’opinion publique et la plupart des médias évitent encore le terme de féminicide. Pourtant, chaque année, des femmes et minorités de genre sont violentée et tuées précisément à cause de leur assignation de genre. Parler de féminicides permet à la fois de nommer une réalité qui reste invisibilisée et de politiser ces meurtres dans le cadre plus large du système patriarcal dont ils sont le produit.

Elles s’appelaient Lilia et Anna

Lilia, 46 ans, était le maman de Anna, 6 ans. Le 6 juin 2025 elles ont été poignardées par leur fils et frère de 16 ans. Après les avoir tuées, il a mis le feu à la maison. L’enquête a révélé que son acte était prémédité.

Lilia et Anna étaient des réfugiées ukrainiennes qui ont fui la guerre dans leur pays. Elles étaient installées en Belgique depuis environ trois ans. Le père, militaire, se trouvait sur le front ukrainien au moment des faits. La soeur aînée de la famille a demandé à ce que sa mère et sa cadette soient rapatriées en Ukraine pour les enterrer. 

Les féminicides sont régulièrement accompagnés d’infanticides. Lorsqu’un homme tue sa compagne ou ex-compagne, les enfants deviennent souvent les victimes suivantes, soit directement assassinés comme Anna, soit témoins traumatisés du meurtre de leur mère, soit orphelins brutalement privés de leur parent protecteur. Ces infanticides s’inscrivent dans la même logique de possession patriarcale : l’homme considère les enfants comme sa propriété, une extension de lui-même plutôt que comme des êtres humains autonomes. Ces enfants sont rarement accompagnés correctement par les institutions.

Elle s’appelait Daphnée

Jeune femme de 19 ans, maman d’un petit garçon. Le 29/03, 2025, elle a été retrouvée morte calcinée dans son lit.

Son ex-compagnon, 22 ans, est accusé d’assassinat. Il conteste l’accusation.

Elle s’appelait Mia

Le 24 juin 2025, Maria « Mia », agée de 82 ans, a été tuée par son mari de 81 ans, dans leur maison à Ypres.

C’est l’infirmier à domicile qui a découvert le corps. En arrivant chez le couple, le suspect lui a déclaré : « J’ai tué ma femme. » Mia souffrait de problèmes de mobilité croissants. Le couple était suivi depuis plusieurs années par une équipe de soins à domicile. Selon la presse, son mari avait des « difficultés à accepter » la dégradation de l’état de santé de sa compagne. Les voisin·es décrivent l’homme comme un personnage dominant, verbalement agressif, que l’on surnommait « le bourgmestre du quartier ». Le personnel soignant parle d’un homme autoritaire, qui « tenait sa femme de près ».

Les violences faites aux femmes âgées ou malades continuent d’être invisibilisées. L’idée que la fin de vie d’une femme puisse être écourtée parce qu’elle ne correspond plus aux attentes des hommes de son entourage révèle une conception profondément patriarcale de la dignité humaine.

En 2025, au moins 23 femmes ont été victimes de féminicides en Belgique. Il es toutefois difficile de disposer d’un recensement complet des féminicides. À défaut de données administratives, ce sont des collectifs comme Stop Féminicide qui recensent les féminicides connus, même si parfois ils ne sont pas nommés comme tels.

Derrière chaque féminicide se cache la même logique patriarcale. Ces meurtres ne sont pas des « drames passionnels » imprévisibles ou des « coups de folie » isolés. Ce sont les manifestations les plus extrêmes d’un continuum de violences. C’est le système structuré par des logiques patriarcales qui produit ces violences.

Le féminicide n’est pas un crime “passionnel”, le féminicide est un crime de possession. On ne tue jamais par amour.

Toutes les femmes citées dans l’article ont été tuées en Belgique en 2025.

Sources:

@stopfeminicidebelgium le blog internet : https://stopfeminicide.blogspot.com/