
Durant la nuit de Nouvel An, un homme a été tué par balle par la police à Anderlecht.
Selon la version policière communiquée à la presse, le 1er janvier, vers 3h du matin, des agent·es ont été appelé·es pour des faits de violences intrafamiliales. Lorsque la police est arrivée sur place, l’homme abattu aurait « brandi une arme à feu en direction des agent·es« , affirme la police. Les policier·ères auraient alors tiré sur l’homme, qui a été touché mortellement. L’enquête a été confiée au Comité P (l’organe de contrôle des services de police) et nous ne disposons pas de plus d’informations pour le moment. Comme toujours dans ces affaires, seule la version policière est relayée immédiatement, sans témoignages ni autre récit des faits.
Au-delà de la violence létale et meurtrière employée, cet événement interroge sur l’absence de service disponible, qui obligent souvent l’envoi de la police en première ligne lors d’interventions pour violences intrafamiliales. Ces situations complexes, qui nécessiteraient des compétences en gestion de crise, en médiation et en accompagnement social, sont systématiquement confiées à des agent·es formé·es avant tout à la répression et au contrôle.
En l’absence de services dédiés et spécialisés, la police devient la réponse par défaut à des problématiques qui devraient relever d’une prise en charge psycho-sociale. En résulte une réponse disproportionnée et inadaptée qui peut basculer vers le pire. D’ailleurs, face aux violences sexistes et sexuelles ou aux violences conjugales, la police adopte deux postures aussi inadaptées l’une que l’autre : d’un côté, le refus ou la complication systématique du dépôt de plainte, les victimes découragées et renvoyées chez elles sans protection ; de l’autre, lorsqu’elle intervient effectivement, une escalade répressive qui peut mener jusqu’au meurtre.
Le même schéma se répète lors d’interventions auprès de personnes en crise psychologique : envoyer des policier·ères armé·es face à quelqu’un en détresse psychiatrique mène malheureusement souvent au drame et au meurtre policier.
Cette intervention mortelle s’est déroulée dans un contexte particulièrement tendu. La nuit du Nouvel An, la police était sur les dents suite à une importante pression médiatique et politique. Dans plusieurs communes bruxelloises, et notamment à Anderlecht, d’importants moyens répressifs avaient été déployés, transformant certains quartiers en zone de contrôle. Ce climat de tension exacerbée et cette militarisation exceptionnelle des forces de l’ordre créent les conditions d’une escalade de la violence. Lorsque la police est déployée en force avec un état d’esprit répressif, les interventions dégénèrent plus facilement en usage de la force létale.
À peine deux semaines plus tôt, le 14 décembre, Adama Condé, père de famille surnommé affectueusement Adamo, était également tué par balle par la police à Namur. Le parquet avait alors honteusement affirmé qu’Adama était armé… « d’un téléphone ». Trois agent·es de la police de Namur avaient tiré à plusieurs reprises sur Adamo, y compris alors qu’il était de dos et ne représentait visiblement aucune menace.
En parallèle, la semaine de Noël, la police a fait usage à deux reprises de ses armes à feu : le 23 décembre à Kraainem et le 24 décembre à Bruges. Deux hommes ont été blessés mais leurs jours ne sont pas en danger. Quatre usages d’armes à feu en moins de trois semaines, dont deux mortels, donc.
Cet usage répété et banalisé d’une violence létale par l’État n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans un système profondément ancré où les violences policières et l’impunité quasi-totale des agent·es devant les tribunaux sont vivement dénoncées par les associations, les familles de victimes et les communautés touchées. En Belgique, tuer pour la police reste très souvent sans conséquence. Le Comité P, censé contrôler les forces de l’ordre, se révèle systématiquement inefficace. Les procureurs classent, les tribunaux acquittent, les policier·ères retournent en service. Pendant ce temps, les familles pleurent leur mort et réclament en vain justice et vérité.
Nos pensées et notre soutien vont à la famille et aux proches de l’homme tué et à toutes les familles victimes des violences policières.
Sources :
« Un homme armé abattu par la police lors de la nuit du Nouvel An à Anderlecht », 7Sur7, https://www.7sur7.be/faits-divers/un-homme-arme-abattu-par-la-police-lors-de-la-nuit-du-nouvel-an-a-anderlecht~a8852891/
« Deux interventions policières avec usage d’arme à feu en 48 heures », Bruxelles Dévie,https://bruxellesdevie/2025/12/26/belgique-deux-interventions-policieres-avec-usage-darme-a-feu-en-48-heures/
« Justice et Vérité pour Adamo : de nouveaux éléments dans le meurtre policier », Bruxelles Dévie, https://bruxellesdevie.com/2025/12/19/justice-et-verite-pour-adamo-de-nouveaux-elements-dans-le-meurtre-policier/
