Justice et Vérité pour Adamo : de nouveaux éléments dans le meurtre policier

   

Rassemblement vendredi 19 décembre à 18h devant le Palais de Justice à Namur

Un rassemblement organisé par des proches, des témoins des violences et des collectifs est annoncé ce vendredi 19 décembre à 18h devant le Palais de Justice de Namur. Cette mobilisation intervient après plusieurs rassemblements organisés en début de semaine, dont un rassemblement de plus de 200 personnes mardi devant la maison communale, et vise à dénoncer ce nouveau meurtre policier en Belgique.

Dans la nuit du dimanche 14 décembre, Adama Condé, affectueusement surnommé Adamo, 34 ans, a été tué par balles lors d’une intervention policière à proximité de la gare de Namur.

Depuis, les images de la scène, filmées par des témoins, ainsi que les témoignages de proches, remettent radicalement en cause la version officielle d’une intervention présentée comme nécessaire et proportionnée : 3 policier·ères ont fait usage de leur arme à feu.

Des images incompatibles avec le narratif de la légitime défense

Selon le parquet, les policier·ères auraient été confronté·es à une situation de « danger extrême », après l’échec de moyens de contrainte non létaux. Pourtant, les vidéos diffusées publiquement montrent un homme touché par plusieurs balles, qui s’effondre, tente de se relever, puis est à nouveau visé. Des violences physiques, dont des coups au visage, se poursuivent après les tirs, alors qu’il ne représente manifestement plus une menace.

Aucun élément visible ne permet d’affirmer qu’Adamo Condé était armé, même s’agissant du téléphone dont le Parquet parle comme d’une « arme« .

Pour ses proches et soutiens, ces images excluent l’hypothèse du dernier recours et renforcent l’accusation d’un usage volontaire et disproportionnée de la force létale, constitutif du meurtre policier raciste dont a été victime Adamo.


Adamo, déjà victime de la violence de la police en 2023

En 2023, lors d’une intervention policière dans un parc à Namur, Adamo avait été mordu par un chien de la police. Il s’agissait alors clairement d’un cas où il avait subi une violence policière grave, comme le racontent les témoins :

« Nous étions une dizaine assis sur le muret comme à notre habitude. Voyant la police arriver à une dizaine avec un chien et plusieurs policiers en civil nous encercler, nous nous sommes éloignés. 5 agents dont le chien et sa maîtresse ont encerclé Adama et les autres ont demandés à tout me monde de se mettre debout dos aux barrières du parking.

Ils ont dit à Adama lève toi et il n’a pas compris et il n’a pas réagit, deuxième fois lève toi il a dit « non » et là les premiers coups sont tombés pour essayer de le maîtriser.

Il est tombé derrière le muret et c’est à ce moment que la policière a lâché son chien et a crié attaque. On voit Adama essayer de ses libérer des crocs, il tombe sur le muret assis, on le pousse vers l’arrière. Il tombe avec le chien accroché, et un policier assis au dessus de lui qui le frappe.

Les coups pleuvent et nous avons entendu « sale nègre » qu’on entend à la caméra mais ce n’est pas assez audible malheureusement.

C’était vers 15h45 à la sortie des cours. Les arrêts de bus étaient déplacés à cet endroit à cause des travaux de la gare. Des enfants hurlaient de peur, des gens pleuraient, …

Quelques heures plus tard, il (Adamo) était à nouveau au square et lui même n’a jamais su pourquoi ils l’avaient arrêtés.« 

Pourtant, cet événement est aujourd’hui présenté par le parquet comme des « faits de violences envers la police ». Comme souvent, ce requalification inverse la réalité : la victime devient l’agresseur, tandis que la violence policière qu’Adamo a subie est effacée. Cette inversion du récit participe d’un processus de criminalisation systématique des personnes racisées et en détresse psychologique, y compris lorsqu’elles sont les premières victimes de la violence.

En l’occurrence, ici, les faits de 2023 ont été évoqués dès la première conférence de presse du Procureur du Roi comme étant des éléments à charge à l’encontre de la victime, et ont participé a construire un narratif de violences autour de la personne d’Adamo, alors même que c’est lui qui a été violenté par les forces de l’ordre dans le passé.

Le narratif policier et judiciaire se met en place, une machine bien huilée

Depuis la mort d’Adamo Condé, un même narratif est systématiquement mobilisé pour légitimer sa mise a mort et l’usage des armes à son encontre : celui d’un homme prétendument violent, dangereux, porteur d’un « passif » avec la police. Ce discours repose sur une accumulation de faits requalifiés, sortis de leur contexte ou inversés, pour construire a posteriori la figure d’un individu dont la mort deviendrait compréhensible, sinon acceptable.

Parmi les personnes qui ont connu Adamo Condé, plusieurs décrivent un homme non violent, intégré dans son quartier et régulièrement présent dans la vie locale. « Il n’a jamais été agressif », témoigne une amie, qui évoque une personne serviable.

La construction d’un narratif médiatique et judiciaire est un procédé est bien connu dans les affaires de meurtres policiers : on exhume des « éléments de parcours », on insiste sur des antécédents présentés comme des preuves de dangerosité, qu’importe qu’ils soient faux, on rappelle des internements ou des interventions passées, pour neutraliser toute empathie et disqualifier la victime.

Le meurtre est ainsi déplacé du présent vers le passé supposé de la personne tuée, comme si sa trajectoire personnelle pouvait justifier sa mise à mort par les forces de l’ordres.

La mort d’Adamo met en lumière une psychophobie institutionnelle, c’est-à-dire une incapacité structurelle de l’État – et d’une partie de la population – à considérer les personnes souffrant de troubles psychologiques autrement que comme des menaces à neutraliser. Dans ce cadre, la police devient l’outil principal de gestion de la souffrance psychique, avec des conséquences parfois mortelles.

Adamo Condé était suivi pour des troubles psychiatriques, un élément confirmé par son entourage comme par son avocat. Il souffrait de troubles psychiatriques connus des autorités et avait déjà été interné par le passé. Pour ses proches, cette donnée est centrale : ils et elles estiment que l’intervention policière n’a pas tenu compte de sa fragilité psychologique. La psychophobie ici ne s’exerce pas seule. Elle se combine ( ou se lie) au racisme structurel : la détresse d’un homme noir psychiatrisé est plus facilement perçue comme violente, incontrôlable, nécessitant une réponse sécuritaire excessive et meurtrière dans le cas d’Adamo.

Les personnes psychiatrisées ont d’ailleurs bien plus de chances d’être victime plutôt qu’auteurice de violence. La mort d’Adamo, rappelle celle en 2023 de Michel, un homme noir de 49 ans a été tué par la police par balle au sein même d’une institution psychiatrique à Bruxelles.

Ce parcours illustre une logique bien connue : lorsqu’une personne est identifiée comme « problématique », en raison de troubles psychique, de précarité ou de marginalisation sociale ou raciale, elle est enfermée dans un cycle d’interventions coercitives par l’Etat. La violence policière devient alors cumulative, menant parfois jusqu’au meurtre, comme ce fut le cas dans de nombreuses affaires de violences policières. Les personnes psychiatrisées ont d’ailleurs bien plus de chances d’être victime plutôt qu’auteurice de violence.

La mort d’Adamo Condé s’inscrit dans une réalité plus large : celle des violences d’État, exercées par ses forces armées contre les populations les plus vulnérables. Lorsque la police tue, elle est l’expression du système mortifère dont elle est le premier agent.

L’ouverture d’une enquête judiciaire et la saisine du Comité P n’apaisent donc clairement pas la colère et la défiance de la famille. En Belgique, les morts causées par la police donnent rarement lieu à des condamnations. Les collectifs luttant contre les violences d’Etat dénoncent une justice qui blanchit systématiquement l’action de la police.

Un collectif « Justice et Vérité pour Adama », rassemblant des proches et des témoins, s’est créé pour soutenir la famille et ne pas laisser cette énième affaire tomber dans l’oubli. Après plusieurs actions cette semaine, ils et elles appellent à un rassemblement ce vendredi 20 décembre à 18h, devant le Palais de Justice de Namur.

Sources :

https://www.7sur7.be/faits-divers/trois-cents-manifestants-reclament-justice-pour-adama-abattu-par-la-police-a-namur~a4efc7f2/?referrer=https%3A%2F%2Fwww.google.com%2F