
Le dimanche 14 décembre au soir 14 décembre, Adamo Conde, 34 ans, a été abattu par la police namuroise. Trois policiers ont tiré sur cet homme noir, alors qu’il semblait détresse psychologique. Aujourd’hui, un appel à rassemblement est lancé pour ce soir, à 18h devant la maison communale de Namur, à l’occasion du Conseil communal.
Les faits se sont déroulés vers 22h30 à Namur proche de la gare, après le signalement d’une bagarre. Quatre équipes de police sont intervenues. Selon la version officielle, relayée par la police et les médias, Adamo aurait été « agressif » et aurait frappé les policiers avec un téléphone portable et du gaz lacrymogène a été utilisé, puis 3 policiers ont fait usage de leurs armes. Adamo a été touché à trois reprises, notamment lorsqu’il était de dos aux policiers, et est décédé.
Dans les images qui circulent, on voit Adamo se faire tirer dessus à plusieurs reprises, tomber, se relever, et encore recevoir encore des balles de la part des policiers.
Sarah, une amie d’Adamo, dénonce :
« Sur la vidéo, je vois surtout qu’il y a une personne qui se mange deux balles, qui s’écroule, qui se relève et qui continue encore à recevoir deux balles. Je vois un officier de police qui lui tape, qui met son genou sur son visage et qui continue à le taper. Je pense que dans les lois belges, on ne peut pas tirer sur une personne de dos. Sur la vidéo, on ne voit pas qu’il est armé. »
Pour ceux qui le connaissaient, Adamo était tout sauf une menace :
« C’était une personne qu’on voyait constamment, qu’on fréquentait tous. Il n’a jamais eu de comportement agressif. Il était serviable au sein de la communauté et même en dehors de notre communauté. Il était très serviable pour porter les courses ou autre. Il était imposant physiquement, certes, mais ce n’était pas une personne agressive. » , témoigne Sarah.
Les proches réclament justice et vérité pour Adamo et la mise à pied des policiers concernés.
Adamo Conde était connu pour avoir des problèmes psychiatriques. Comment accepter qu’en 2025, la seule réponse de l’État à la détresse psychologique soit une exécution policière en pleine rue ?
Ce drame intervient quelques heures seulement après les violences policières de Liège. Il y a un élément absent de tous les récits officiels et de la plupart des couvertures médiatiques : à Namur comme à Liège, les victimes sont des hommes noirs. Cette omission consciente efface systématiquement la dimension raciale de ces violences policières et empêche de comprendre comment se construit, en amont, la perception de leur « dangerosité ».
Quand un homme noir est qualifié d’« extrêmement agressif », quand on parle d’un individu « incontrôlable » qu’il faut « maîtriser », ce vocabulaire n’est pas innocent. Il puise dans un imaginaire colonial, celui de l’homme racisé comme « menace primitive », force brute qu’il faut contenir à tout prix.
Ce qui serait perçu comme une crise psychologique ou une personne en détresse chez un homme blanc devient, pour un homme noir, une « menace » justifiant l’usage d’armes à feu. Les mêmes gestes, les mêmes situations ne sont pas lus de la même manière.
Les forces de l’ordre perçoivent et traitent systématiquement les hommes noirs comme étants plus menaçants, plus forts, moins sensibles à la douleur. Ces biais racistes influencent directement leurs décisions en situation d’intervention. Cet imaginaire colonial est profondément ancré dans l’institution policière elle-même. Les discours récurrents sur la police comme « rempart » face à l’« ensauvagement » de la société mobilisent ce vocabulaire qui renvoie directement à cette rhétorique coloniale.
En Belgique, l’écrasante majorité des personnes tuées par les forces de l’ordre sont non-blanches et issues des milieux populaires.
De George Floyd à Adil, d’Ibrahima Barrie aux victimes de Namur et Liège, le schéma se répète. Des hommes racisés tués lors d’interventions policières, dont la dangerosité est construite a posteriori pour rendre acceptable leurs mises à mort par la police, le bras armé de l’état.
Les collectifs contre les violences policières le répètent : il existe un racisme structurel au sein de la police belge. Et la justice, systématiquement, blanchit ces violences.
Un rassemblement est organisé le Mardi 16 décembre a 18h devant la commune de Namur pour réclamer justice et vérité pour Adamo.
Sources :
