ANALYSE DU BUDGET FEDERAL

   

Arizona : les pauvres et les classes moyennes touchés, les riches s’enrichissent

SANTÉ – Le transfert des coûts vers les malades

  • Consultation médicale plus chère dès janvier 2026
    • Le « ticket modérateur » (part payée par le patient) augmente, cela devrait rapporter 125 millions €/an. Seuls les bénéficiaires de l’intervention majorée (les plus précaires) sont épargné·es. Problème : la classe moyenne basse et les travailleur·ses pauvres ne bénéficient pas de cette protection. Le montant exact et les types de consultations concernées (généraliste/spécialiste) sont encore flous

Médicaments moins accessibles

  • Déremboursement total de certains médicaments, comme les médicaments pour le cholestérol, même pour les malades à risque cardiovasculaire : les patient·es devront payer 100% du prix
  • Hausse du ticket modérateur sur d’autres médicaments : les patient·es devront donc payer une part plus importante
  • Réduction drastique d’examens médicaux comme remboursement des scanners de la colonne vertébrale -> Moins de remboursements = accès réduit pour qui ne peut payer de sa poche

Les malades de longue durée

100.000 personnes sur 526.000 malades en incapacité de travail doivent retourner au travail d’ici 2029. Cela représente 1,9 milliard d’euros = c’est 1/5 de tout l’effort budgétaire du gouvernement ! C’est le pilier principal du redressement budgétaire.

  • Médecine du travail interventionniste :

  • Dès le 1er jour d’arrêt, le médecin reçoit automatiquement le certificat médical. Après 1 mois, il doit contacter la personne malade, même sans demande de l’employeur. L’objectif est que le médecin puisse directement mettre en place des « adaptation de travail » pour remettre la personne malade sur le marché du travail.
  • Multiplication des contrôles médicaux, sauf que problème : on manque de médecins-conseils et de médecins du travail (déjà en pénurie)=> transfert de la pression sur les médecins traitants, qui doivent contrôler du nombre de certificats qu’ils délivrent, la durée des arrêts, .

-> Ces personnes sont-elles réellement aptes à travailler ? Les adaptations de poste seront-elles vraiment disponibles ? Que se passe-t-il si l’objectif n’est pas atteint ? Le budget s’effondre-t-il, parce que cela represente 1/5 du budget ?

INDEXATION – L’attaque contre la classe moyenne

Le mécanisme du plafonnement

-> Salaires plafonnés à 4.000€ brut/mois* (en 2026 et 2028)

Concrètement, comment ça marche :

  • Si vous gagnez moins de 4.000€ brut → indexation complète normale
  • Si vous gagnez 4.000€ ou plus → seuls les premiers 4.000€ sont indexés

Normalement, quand les prix augmentent de 2%, votre salaire augmente aussi de 2% pour compenser. C’est l’indexation automatique, un acquis social belge censé protéger le pouvoir d’achat. Mais avec la nouvelle mesure, cette indexation s’arrête à 4.000€ brut par mois.

Exemple concret avec 2% d’inflation : vous gagnez 5.000€ brut (3.031€ net)

  • Avant la mesure (indexation normale) : L’inflation est de 2%, votre salaire de 5.000€ augmente de 2%, donc de 100€. Vous passez à 5.100€ brut
  • Avec le plafonnement : Seuls les premiers 4.000€ de votre salaire sont indexés (2% de 4.000€ = 80€ d’augmentation). Vous passez à 5.080€ au lieu de 5.100€. Vous perdez 20€ brut par mois

En net, dans votre poche : Ces 20€ brut = environ 8,79€ net par mois, sur un an, avec le 13e mois et le double pécule de vacances, vous perdez 110€ net.

La subtilité qui arrange les entreprises :

  • Sur les 20€ non indexés dans l’exemple : 10€ vont à l’État (pour le budget) et 10€ restent chez l’employeur (pour la « compétitivité« )
  • Dans les années 80, l’État récupérait tout. Là, l’employeur fait directement du profit sur votre perte de pouvoir d’achat.

Résultat de ces mesures :

  • Les PME, commerces, horeca en profitent peu (salaires des travailleur.euses souvent sous la médiane) mais les gros employeurs oui ! Les grands secteurs avec hauts salaires profitent massivement de cette mesure, donc clairement en faveur des patrons et en défaveur des travailleur·ses.

-> Nouvelle inégalité : entre secteurs riches et pauvres

Pourquoi c’est trompeur de parler de « hauts salaires »

« 4.000€ brut ? C’est la classe moyenne, pas les hauts salaires » Marc Bourgeois (expert fiscal ULiège)

4.000€ brut, soit +/- entre 2 600 et 3 100 € net**, c’est environ le salaire médian en Belgique ***

Qui échappe à cette mesure :

  • Les vrais hauts revenus qui se paient en stock-options, dividendes (taxés à 30% forfaitaire), avantages, etc. Eux, ne dépendent pas du salaire indexé.

Résultat : la classe moyenne subit de plein fouet, les cadres supérieurs vont pouvoir négocier des avantages, les très riches ne sont pas concerné·es.

Si vous gagnez plus de 4.000€ brut par mois, vous perdez de l’argent au profit de votre patron et de l’État. Plus votre salaire est élevé, plus vous perdez en euros absolus. Et contrairement à avant, votre employeur empoche directement la moitié de ce qu’il ne vous donne plus. Ceci expliquerait notamment le peu d’indignation qu’a suscité cette mesure du côté du patronat.

Pensions et allocations sociales : la double peine

-> instauration d’un plafond à 2.000€ brut/mois

Qui est touché : Quasi tou·te·s les retraité·es ayant travaillé à temps plein, mais aussi certains anciens temps partiels, ou les allocataires avec personne à charge, encore une fois, la classe moyenne, voire classe moyenne inférieure.

Les pensionnés n’ont aucune possibilité de compenser (pas de négociation salariale). Ils subissent donc l’érosion du pouvoir d’achat sans recours, car 2.000€ brut de pension = déjà pas un montant élevé.

TVA ET ACCISES – La vie quotidienne plus chère, surtout pour les loisirs populaires

L’énergie : la transition écologique payée par les ménages

Le « shift fiscal » annoncé : rendre l’électricité « moins chère », le fossile plus cher

  • hausse du prix du gaz naturel : impact pour un ménage moyen se chauffant au gaz de +45€/an en 2029
  • hausse du prix du mazout de chauffage : Touche surtout les ménages ruraux, souvent moins aisés, sans accès au gaz de ville

Qui est le plus touché :

  • Ménages modestes en logement mal isolé (facture chauffage plus lourde)
  • Travailleur·ses obligé·es d’utiliser leur voiture (péri-urbain, rural)

Les loisirs : une taxation de classe

Le caddie est épargné : aucun produit alimentaire ne voit sa TVA augmenter. Mais c’est le minimum vital, difficile de taxer l’alimentation de base

En revanche, tout ce qui fait les loisirs et la qualité de vie est taxé :

  • Tourisme et hébergement: hôtels et campings : la TVA passe de 6% → 12%, Impact = vacances plus chères pour les familles modestes
  • Sport et loisirs : la TVA passe de 6% → 12% sur : abonnements sportifs (fitness, piscine…), parcs d’attractions, billets de foot, cinéma, concerts, festivals, etc.

Pourquoi c’est socialement régressif :

  • Ces loisirs sont essentiels au bien-être d’une classe sociale pauvre et moyenne. Les familles modestes devront encore plus y renoncer tandis que les riches ne changeront pas leurs habitudes.

FISCALITÉ DES PLUS AISÉS – Une contribution en trompe-l’œil

La taxe sur les comptes-titres double et passe de 0,15% à 0,3%,. Cette taxe ne concerne que les personnes qui possèdent au moins 1 million d’euros d’actions, d’obligations et autres placements financiers détenus via un compte-titres chez leur banque ou courtier.

  1. « Pas nécessairement les épaule plus larges, ni toutes celles-ci« , les nouvelles taxations ne concernent que les actifs détenus via compte-titres, les actions nominatives (souvent comment les grandes familles détiennent leurs entreprises ! ) sont exemptées. L’immobilier, œuvres d’art également non touchés.
  2. Échappatoires : le doublement du taux pourrait inciter à de nouvelles stratégies d’évitement. La Cour des comptes avait déjà critiqué les failles dans le projet d’accord du gouvernement.

La taxe bancaire +150 millions €/an : qui paie vraiment ?

Théoriquement : les actionnaires des banques, mais en pratique : « les banques pourraient répercuter, partiellement ou totalement, sur leur clientèle » pour préserver bénéfices et dividendes.

-> Résultat : le client lambda paie, l’actionnaire riche protège ses dividendes

Ce qui N’est PAS fait

Réforme fiscale reportée

  • Augmentation de la quotité exemptée d’impôts : reportée à 2030, alors que c’était dans l’accord de gouvernement pour 2029. Bénéficie à tous les contribuables, pas ciblée sur bas revenus
  • Report = maintien de la pression fiscale actuelle

Pas de taxation des hauts revenus

  • Pas de tranche d’imposition supplémentaire
  • Pas de taxe sur les grandes fortunes
  • Pas de limitation des niches fiscales des plus riches

L’effort des « épaules les plus larges » est proportionnellement bien moindre que celui demandé aux classes moyennes et populaires.

SYNTHÈSE : Une logique d’appauvrissement par le bas

Les mécanismes d’appauvrissement

  1. Érosion du pouvoir d’achat (indexation)
  2. Hausse des coûts de santé = frappe quand on est précaires
  3. Taxation des loisirs = appauvrissement de la qualité de vie des classes moyennes
  4. Énergie plus chère = les classes moyennes et les environnements ruraux vont morfler
  5. Pression sur les malades = précarisation + stigmatisation

Les mécanismes de protection des riches

  1. Niches fiscales préservées (actions nominatives, avantages extralégaux…)
  2. Possibilités de contournement (comptes-titres)
  3. Répercussion des taxes (bancaire → clients)

La rhétorique vs la réalité

Le discours : « Les épaules les plus larges contribuent » mais en réalité : économie de 912 millions € des « riches » en 2029 VS 883 millions € rien que sur l’indexation (classe moyenne) VS 1.900 millions € sur les malades VS des centaines de millions sur la vie quotidienne (énergie, loisirs…)

C’est un transfert massif de richesse des classes populaires et moyennes vers les profits des entreprises et la préservation des grandes fortunes, habillé en « responsabilité budgétaire ».

Sources

Le Soir. (2025, 24 novembre). Budget fédéral : les « épaules les plus larges » mises à contribution… modérément.

Le Soir. (2025, 24 novembre). Qui sera affecté par le plafonnement de l’indexation des salaires ?

Le Soir. (2025, 24 novembre). L’Arizona a son budget : les cinq mesures qui toucheront le portefeuille.

Le Soir. (2025, 24 novembre). Budget fédéral : le prix de la consultation chez le médecin va augmenter.

RTBF Budget fédéral : la Chambre accorde sa confiance au gouvernement. https://www.rtbf.be/article/budget-federal-la-chambre-accorde-sa-confiance-au-gouvernement-11639182

RTL, Budget fédéral : les « plus fortunés » vont-ils vraiment contribuer à l’effort , https://www.rtl.be/actu/belgique/politique/budget-federal-les-plus-fortunes-vont-ils-vraiment-contribuer-leffort/2025-11-25/article/771620

Légende :

*Salaire brut : C’est le montant total convenu entre l’employeur et l’employé avant toute déduction. Il inclut le salaire de base, les primes, les avantages en nature et autres compléments. C’est ce montant qui figure dans le contrat de travail.

**Salaire net : C’est la somme réellement versée sur le compte bancaire du travailleur après déduction des cotisations sociales (sécurité sociale, assurance chômage, pension) et du précompte professionnel (impôt à la source). En Belgique, le salaire net représente généralement environ 65% du salaire brut, selon la situation personnelle du travailleur.

***Salaire médian : Médian = la moitié des travailleurs à temps plein gagnent moins, la moitié plus. C’est le salaire qui divise la population des travailleurs en deux groupes égaux : 50% des travailleurs gagnent moins que ce montant, et 50% gagnent plus. Contrairement au salaire moyen, le salaire médian n’est pas influencé par les salaires extrêmement élevés ou bas, ce qui en fait un meilleur indicateur du salaire « typique » dans une population.