Racisme : Refus de serrer la main à une avocate car elle porte le hijab au Barreau de Bruxelles

   

En ce début d’année judiciaire, la prestation de serment des stagiaires du ressort de la Cour d’appel de Bruxelles a marqué un moment solennel pour les futur·es avocat·es. Pour une d’entre elles et eux, ce moment a été terni par le racisme en raison de son voile.

Avant leur stage pratique, les futur·es avocat·es prêtent serment devant une autorité judiciaire, jurant d’exercer leur profession avec honnêteté et de respecter les règles déontologiques. Un acte symbolique marquant l’engagement de ces jeunes professionnel·les, mais teinté d’islamophobie pour d’autres.

Lors de cette cérémonie, la bâtonnière de l’Ordre français des avocats du barreau de Bruxelles, Marie Dupont, a refusé de serrer la main et d’apparaître sur une photo avec une stagiaire car celle-ci portait le hijab. Pourtant, cette stagiaire relevait de l’OVB (Orde van Vlaamse Balies) dont la réglementation ne mentionne aucune interdiction concernant les signes religieux lors de la prestation de serment.

La solution mise en place par la bâtonnière a été d’organiser la prestation de serment à huis clos, avec uniquement la famille comme public, pour permettre à la stagiaire de s’acquitter de son engagement professionnel sans qu’elle n’ait à apparaitre sur la photo avec elle. Cette proposition révèle la logique à l’œuvre : rendre invisible ce qui dérange l’ordre racial établi. Le geste de refuser une poignée de main ou une photo est une humiliation de plus, dans un contexte d’islamophobie déjà très présente dans les institutions belges. Il s’agit d’un acte de déshumanisation, un de plus, qui nie la dignité, de surcroît dans un cadre professionnel, d’une personne uniquement sur base de son apparence racialisée.

Cette situation souligne une contradiction fréquente : dès qu’il est question du hijab, on invoque systématiquement la neutralité, en omettant que tous les participant·es portent en réalité des références culturelles et religieuses dans leur manière de se présenter. La neutralité devient ainsi un privilège blanc, une norme qui doit s’appliquer uniquement aux corps et pratiques des personnes racisées. La question devrait être celle du respect de la diversité, et non de l’imposition de normes.

Les magistrat·es et la neutralité religieuse : un autre exemple

En Belgique, les magistrat·es, c’est-à-dire les juges et membres du parquet, assistent chaque année au Te Deum, une messe catholique à caractère solennel et patriotique. Ces cérémonies ont lieu le 15 novembre (Fête du Roi), le 21 juillet (Fête nationale) ou lors de commémorations comme l’Armistice du 11 novembre. Elles célèbrent le souverain et les valeurs de l’État de droit, en présence de représentant·es des pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire et militaire.

Ces événements montrent que la présence des magistrat·es dans des contextes religieux est encadrée par la tradition et la fonction officielle, et non par un choix personnel obligatoire. 

Une messe catholique ne semble pas poser problème alors qu’un port de voile musulman devient un motif d’exclusion. Lorsqu’on observe que c’est la « neutralité convictionnelle », qui est souvent invoquée pour justifier les politiques et discriminations islamophobes. Cette différence de traitement révèle la racialisation de l’islam dans nos sociétés européennes. Car le problème en l’essence, c’est pas celui de la religion, mais bien celui du racisme.

L’islam n’est pas perçu uniquement comme une religion parmi d’autres, mais comme un marqueur racial et culturel associé à des populations minorisées, souvent issues de l’immigration postcoloniale. Le voile, en particulier, devient un signifiant racialisé: il ne renvoie pas à une pratique religieuse, mais à une altérité construite comme incompatible avec les « valeurs occidentales ». Cette racialisation transforme les musulman·es en un groupe homogène, supposément étranger à la nation, tandis que le catholicisme reste inscrit dans une « neutralité » des.

En outre, la racialisation* de la communauté musulmane permet également la constitution d’un ennemi « intérieur », qui devient alors le bouc-émissaire des problèmes et dont la simple existence justifie les mesures plus répressives. Ainsi, interdire le voile tout en maintenant la participation à des cérémonies catholiques ne relève pas d’une défense cohérente de la laïcité, mais d’un processus d’exclusion ciblé et raciste. La cérémonie de prestation de serment à Bruxelles est donc un exemple de plus de la l’invocation de la neutralité pour masquer des comportements discriminatoires racistes et exclure une partie de la société.

Légende ;

racialisation : processus par lequel on attribue une « race » à des personnes en se basant sur leur apparence physique ou leur origine culturelle, ou religieuse. C’est une construction sociale qui crée des catégories et des différences là où il n’en existe pas biologiquement.


Sources :
Témoignages