
Quels enjeux politiques autour de la création du budget fédéral ?
Le gouvernement Arizona avait jusqu’au 7 novembre pour trouver un accord sur le budget fédéral, ce qu’il n’a pas réussi à faire. Suite à cela, le roi a accepté la demande de dérogation du Premier ministre Bart De Wever (N-VA), laissant au gouvernement 50 jours supplémentaires pour que les différents partis politiques de la coalition (MR, NV-A, Vooruit, Engagés et CD&V) se mettent d’accord sur un budget. Si un accord commun n’est pas trouvé au bout de cette durée, le Premier ministre belge démissionnera et le gouvernement Arizona pourrait chuter.
Depuis leur entrée en fonction, les membres du gouvernement ne se sont toujours pas prononcés par rapport à un budget commun, alors que celui-ci a notamment le défi de compenser le déficit national de 10 milliards d’euros.
Ce nouvel échec budgétaire arrive après que le gouvernement Arizona n’a pas réussi à se mettre d’accord à trois reprises depuis février passé. Ces désaccords politiques internes en matière de budget sont le résultat de désaccords plus profonds entre les différents partis membres du gouvernement.
Les négociations ont principalement lieu entre le MR et la N-VA, mais aussi avec le parti socialiste flamand Vooruit, qui s’opposent chacun aux mesures à prendre pour faire des économies budgétaires. Ces négociations portent notamment sur une hausse potentielle de la TVA, la taxation des épargnes-pensions, etc.
Il y a donc bien un blocage presque complet entre les membres du gouvernement sur la question budgétaire.
Ce report de la mise en place d’un budget fédéral provoque inévitablement une hausse de la dette nationale. Les mesures économiques mises en place par le gouvernement Arizona concernant, par exemple, le travail de nuit, les heures supplémentaires, les cotisations de sécurité sociale, la quotité exemptée d’impôt, la fiscalité des plus-values ou l’âge de départ à la pension, n’entreront pas en vigueur avant au minimum le mois d’avril 2026.
Ce report entraînera une hausse de la dette de 1,3 milliard d’euros uniquement sur l’année 2026.
Face à cela le gouvernement, alors qu’il n’a même pas de budget fixé, se demande déjà comment ajouter des coupes budgétaires supplémentaires pour remédier à cette hausse du déficit.
Les pauvres encore et toujours dans le viseur des coupes budgétaires
Cette situation de « dette » montre en partie l’absurdité qui se cache derrière de tels budgets fédéraux : en cherchant à tout prix à faire des économies budgétaires, notre gouvernement continue à la fois d’endetter l’État belge tout en multipliant les coupes dans les secteurs sociaux.
Cela apparaît alors comme un cercle vicieux pour une partie grandissante de la population, qui est à la fois concernée directement par ces coupes budgétaires occasionnées par la dette et d’autant plus touchée à mesure que le gouvernement continue de s’endetter.
Pourtant, il semble que les coupes budgétaires dans les secteurs sociaux ne soient pas la clé en termes d’économie quand on constate la hausse significative du budget national alloué à la défense, par exemple.
Rien que sur cette année, le gouvernement fédéral a trouvé un accord pour dépenser 3,9 milliards d’euros dans la défense.
La course à l’armement serait ainsi un choix qui serait jugé comme « objectif », quitte à hausser la dette publique et à multiplier les coupes budgétaires qui détériorent toujours plus la qualité de vie de la population belge.
La liste d’autres alternatives potentielles n’est pas exhaustive, mais parmi celles-ci, on pourrait compter une taxation des voitures de société – qui a représenté cette année 4,7 milliards d’euros d’exonération fiscale – ou encore la taxation des plus-values boursières, qui rapporterait plus de 500 millions d’euros par an aux caisses de l’État.
Vers la fin de l’Arizona ?
Cette situation autour de la formation du budget fédéral et de la démission potentielle du Premier ministre belge montre au grand jour les contradictions internes d’un gouvernement aussi réactionnaire que celui de l’Arizona. En plus de faire peser ses coupes budgétaires inéluctablement sur les personnes les plus précaires, l’Arizona aggrave l’ampleur de la dette nationale et la fait peser encore un peu plus sur la population.
Après les manifestations historiques du 13 février et du 14 octobre 2025, qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes pour bloquer le pays, le mouvement de contestation contre le gouvernement Arizona continue de prendre de l’ampleur. Trois journées de grève sont annoncées les 24, 25 et 26 novembre pour protester contre les réformes antisociales menées par ce gouvernement.
Sources :
-« La case Palais, une menace qui a fait pschitt… », Christine Scharff, l’Echo, 7/11/2025
-« Un accord sur le budget d’ici Noël ? M. Prévot (Engagés) et G-L Bouchez (MR) veulent y croire, l’opposition PS critique », Jean-Francois-Noulet, RTBF, 6/11/2025
– «Personne ne peut être plus déçu que moi» : la journée ratée de
Bart De Wever, un Premier qui s’adonne à la tétralogie du bof », Nicolas de Decker, VIF, 6/11/2025
-« Ça sent le sapin pour l’Arizona : 50jours pour survivre », Alexis Carantonis, DH- les sports +, 7/11/2025
