Antifascisme : Rassemblement à Saint-Gilles contre la venue du MR, la conférence de GLB et Clarinval « menacée »

   

Rassemblement le 19 novembre à 17h30 à Pl. Bethléem (Saint-Gilles)

Le MR fait face à une contestation populaire croissante alors qu’il tente de défendre les politiques du gouvernement Arizona. Sa tournée de conférences en Belgique francophone est régulièrement perturbée par des mobilisations dénonçant les mesures antisociales et racistes portées par le parti au pouvoir.

Le 19 novembre, c’est à Saint-Gilles que le MR souhaite organiser une conférence pour « expliquer » les réformes impulsées au sein du gouvernement Arizona. Dans une commune comme Saint-Gilles, connue pour être située à gauche, pour ses groupes politiques notamment révolutionnaires et ses quartiers populaires, la contestation n’a pas tardé à se faire entendre.

Un appel à un rassemblement à 17H30 place Bethléem a rapidement été lancé par plusieurs collectifs : Le Front d’Action Révolutionnaire (FAR), Classe Contre Classe (C3), les Soulèvements de la Terre (SDT), l’Université Populaire de Bruxelles (UPB) et le Front Antifasciste Bruxellois (FAB), rejoints par la suite par la CGSP-ALR et les Métallos. La mobilisation appelle à bloquer la conférence du MR et dénonce les politiques d’extrême droite portées par le parti. Dans leur communiqué, les coupes de budget dans la sécurité sociale sont mises en parallèle avec l’investissement massif dans l’armement.

Le MR est également directement dénoncé dans la communication des collectifs, comme un acteur de la fascisation de l’État belge. Soit, le processus par lequel, les institutions de l’État tendent progressivement vers un régime d’extrême droite, souvent sous fond d’instabilité, de crise économique du système capitaliste.

La conférence du MR se tiendra dans un bâtiment de l’ASBL CEMôme. Suite à l’annonce de la mobilisation, l’ASBL s’est publiquement distanciée de l’organisation de l’événement, en expliquant que le bâtiment dépendait de la commune et non d’elle et qu’elle ne l’avait pas mise personnellement à la disposition du MR. Ce serait donc les autorités communales de Saint-Gilles, le PS et Ecolo, qui mettraient à disposition la salle au MR.

Selon la presse, la conférence du 19 novembre serait menacée d’interdiction par les autorités communales à cause de l’organisation du rassemblement. La police « craint » de sérieux « troubles à l’ordre public« . La décision de maintenir ou interdire la conférence est désormais entre les mains de la commune et de son bourgmestre, Jean Spinette (PS). Une décision qui aura des répercussions politiques selon le choix opéré.

De leur côté, les collectifs ont appelé à « mettre la pression » sur les autorités communales pour empêcher la tenue de la conférence, tout appelant à se rassembler le jour J à la place Bethléem.

Une campagne du MR pour justifier les politiques de l’Arizona et du gouvernement FWB

Cette multiplication des événements du MR s’inscrit dans une stratégie de communication visant à légitimer les mesures du gouvernement Arizona et de celui de la Fédération Wallone-Bruxelles auprès de la population. Face à la grogne sociale grandissante, le parti tente de reprendre la main sur le narratif politique en multipliant les conférences explicatives.

Le 19 novembre, le MR organise une conférence à Saint-Gilles, le 25 novembre, il sera à Nivelles, et le 26 à Liège, et d’autres évènements sont organisés. Des rassemblements sont organisés pour s’opposer aux conférences du parti en Wallonie et à Bruxelles, notamment mercredi 19 novembre à St-Gilles, ainsi qu’à Nivelles le 25 novembre.

Le choix de Saint-Gilles : une provocation ?

« C’est une provocation« , expliquent les collectifs dans leur appel au rassemblement. Ces derniers pointent du doigt que le MR organise une conférence pour « expliquer« , les mesures du gouvernement dans un quartier populaire touché par les logiques d’exclusion portées par le gouvernement fédéral.

En effet, le choix de Saint-Gilles peut ne pas être anodin. Commune historiquement marquée par les luttes sociales et l’immigration, elle concentre une partie des quartiers populaires de Bruxelles, dont les habitant.es plus précaires que dans d’autres zones géographiques sont particulièrement touché.es par les mesures du gouvernement fédéral. Organiser une conférence pour défendre les politiques d’Arizona dans ce contexte, sachant qu’elle va générer des oppositions, peut constituer une provocation politique. Surtout, si elle suit un éventuel objectif communicationnel.Quand le MR se sert de l’opposition sociale pour criminaliser la gauche

On se rappelle du rassemblement à Liège en septembre contre une conférence du MR à l’Université de la ville. Plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies contre la venue du président Georges-Louis Bouchez, qui avait été forcé d’entrer par une petite porte, cachée, et sous escorte policière. De légers affrontements avaient eu lieu entre forces de l’ordre et manifestant.es.

Le MR s’était directement saisi de l’opportunité pour instrumentaliser ces incidents : des bousculades, quelques pommes pourries jetées sur la police et les militant.es du MR, ont servi de prétexte pour s’attaquer à la gauche et appeler à dissoudre les mouvements antifascistes. Dans une vidéo avec une mise en scène travaillée, le président du parti avait tenu un discours proche de l’extrême droite et nationaliste, en souhaitant, sur base de ces événements, ajouter des drapeaux belges dans l’espace public.

Son objectif était double : s’attaquer à la gauche de manière générale pour tenter de la discréditer, et faire avancer le projet de loi « dissolution », qui permettrait de dissoudre, entre autres, des organisations de gauche et antifascistes.

Georges-Louis Bouchez avait axé sa communication sur la « violence d’extrême gauche« .

Une manière de détourner l’attention de ce pourquoi sa venue avait réellement mené à une contestation, y compris physique. Pourtant, c’est la colère provoquée par les violentes réformes antisociales portées par le gouvernement fédéral (exclusion du chômage, des centaines d’euros en moins pour les pensions, travail de nuit, limitation des allocations …) et les politiques racistes (notamment d’asile, mais aussi celles islamophobes), qui avait mené à cette contestation politique à Liège.

« Ils [le MR] passent leur vie à détruire les nôtres« , c’est le message qu’on peut lire sur les affiches à St-Gilles contre la venue du MR, en référence à la casse-sociale du gouvernement Arizona.

En effet, les mesures du gouvernement Arizona touchent particulièrement les classes populaires, les femmes et les personnes racisées. Les réformes du chômage et des pensions vont précariser des centaines de milliers de personnes, tandis que le durcissement de la politique d’asile et les discours nationalistes s’inscrivent dans une logique de fermeture des frontières et de racisme d’État.

Vers un « cordon sanitaire populaire » contre le MR ?

À quelques jours d’une nouvelle séquence du mouvement social contre l’Arizona, avec les grèves du 24-25-26 novembre, l’étau semble se resserrer autour du MR, un parti qui cristallise de plus en plus en Belgique francophone les oppositions aux politiques de droite et d’extrême droite portées par le gouvernement. La multiplication de ses accointances avec l’extrême droite semble également laisser dessiner un « cordon sanitaire populaire » imposé au MR par les collectifs de gauche, qui entendent ne plus le laisser promouvoir son idéologie sans opposition.

Cette séquence de grèves nationales des 24, 25 et 26 novembre pourrait marquer un tournant dans la mobilisation contre le gouvernement Arizona. Plusieurs secteurs sont appelés à se mobiliser massivement, créant une connexion des luttes entre elles, ce qui semble inquiéter le pouvoir. Les manifestations contre les conférences du MR s’inscrivent dans cette dynamique plus large de résistance sociale. Un rassemblement est également organisé contre une conférence du MR le 25 novembre à Nivelles.

Sources :

Communiqués du Front d’Action Révolutionnaire (FAR), Classe Contre Classe (C3), Soulèvements De La Terre (SDT, Front Antifasciste de Bruxelles (FAB), Université Populaire de Bruxelles (UPB)

Communiqué CGSP-ALR, Metallos

« La soirée MR avec Bouchez à Saint-Gilles menacée d’interdiction pour “risques de débordements” », Bruxelles Today, 10/11/2025, disponible en ligne : https://www.bruxellestoday.be/actualite/soiree-bouchez-saint-gilles-interdiction.html

« Des antifascistes veulent empêcher une conférence du MR à Saint-Gilles », Le Soir, 14/11/2025, disponible en ligne : https://www.lesoir.be/710979/article/2025-11-14/des-antifascistes-veulent-empecher-une-conference-du-mr-saint-gilles