ENQUÊTE : Répression, emprisonnement, sédation, violences sexuelles et suicide : l’enfer des centre fermés, les militants palestiniens en première ligne

   

En octobre 2025, Mahmoud Ezzat Farag Allah se donnait la mort dans le centre fermé de Steenokkerzeel. Son décès révèle l’ampleur des violences institutionnelles exercées contre les personnes migrantes en Belgique, dans un contexte d’acharnement politique envers les militant·es palestinien·nes. Cet article, basé sur une enquête menée par des collectifs militants et complété par nos propres recherches, documente les conditions de détention et le système de répression mis en place.

PARTIE I : Un système de répression politique

1. La mort de Mahmoud : révélateur d’un continuum de violences

Commémoration pour Mahmoud Ezzat Ferag Allah. Crédit photo : @Esther_colere

Début octobre 2025, Mahmoud Ezzat Farag Allah mettait fin à ses jours dans le centre fermé de Steenokkerzeel, en bordure de Bruxelles. Des proches, témoins et militant·es ont raconté sa mise en détention et le traitement qui lui a été réservé lors de ses derniers jours. Leur récit révèle l’enfer que sont les centres fermés pour les détenu·es.

Commémoration pour Mahmoud Ezzat Ferag Allah. Crédit photo : @Esther_colere

La détention de Mahmoud s’inscrit dans un acharnement politique, policier et judiciaire à l’égard des militant·es palestinien·nes en Belgique. Sa mort n’est pas anodine : elle est la suite logique d’un continuum de violences racistes et politiques exercées par l’État : répression des manifestations, enfermement des militant·es, obstacles administratifs, coups et blessures.

Commémoration pour Mahmoud Ezzat Ferag Allah. Crédit photo : @Esther_colere

Cette enquête s’appuie sur des témoignages de personnes détenues et de visites de centres fermés réalisées par des militant·es. Elle vise à documenter non seulement les circonstances du décès de Mahmoud, mais aussi les mécanismes systémiques violents et racistes qui sous tendent la détention en centre fermé.

2. L’ARRESTATION : FAIRE TAIRE ET INTIMIDER

Dès le début du génocide, en octobre 2023, un mouvement de solidarité pour la Palestine s’est activement développé en Belgique, et en particulier à Bruxelles. Durant près d’un an et demi, des manifestations ont eu lieu quotidiennement, organisées principalement par la communauté palestinienne , d’abord à la Gare Centrale puis Place de la Bourse. Ces manifestations ont été le lieu d’une importante répression politique, policière et administrative : gaz lacrymogène, violences, intimidations et arrestations racistes systématiques. La police, sous l’autorité de la commune de Bruxelles-Ville (PS-MR), et l’Office des Etrangers ont travaillé main dans la main pour l’enfermement de militants.

L’Office des Étrangers avec des graffitis dénonçant les politiques racistes de l’Etat, 14 octobre 2025.

Depuis début août 2025, des arrestations de réfugiés palestiniens ont lieu en série à Bruxelles. Tous les réfugiés palestiniens qui ont été arrêtés et détenus en centre fermé sont soit en procédure d’asile, soit officiellement reconnus comme réfugiés par l’Etat belge. La plupart de ces arrestations sont survenues après de simples contrôles d’identité, le plus souvent en marge des manifestations pour la Palestine. Selon les témoignages de manifestant·es qui y ont assisté, elles n’étaient justifiées au moment même par aucun motif clair, avant d’être, pour certaines, justifiées à posteriori par le motif flou de « troubles à l’ordre public ». Elles sont dénoncées par le mouvement de solidarité avec la Palestine comme des rafles et comme des arrestations arbitraires racistes et politiques.

Place de la Bourse lors d’une manifestation quotidienne pour la Palestine.


En croisant les informations avec le travail d’enquête de militant·es, nous avons dénombré au moins 10 arrestations ciblées de militants palestiniens à Bruxelles, suivies d’une détention en centre fermé. Au moins 6 personnes palestiniennes ont été mises en détention en octobre en centre fermé depuis la mort de Mahmoud Ezzat Farag Allah Farjallah. Plusieurs demandeurs d’asile palestiniens arrêtés durant cette période ont été déportés de Belgique vers la Grèce.

3. Les acteurs politiques de la répression

Les arrestations ciblaient systématiquement des demandeurs d’asile palestiniens actifs dans le mouvement pour la libération de la Palestine. Cette campagne d’arrestations a pour objectif d’intimider et de réprimer le mouvement, en particulier ses acteur·ices palestinien·nes. Elles installent un climat de peur pour les demandeurs d’asile palestiniens qui souhaitent dénoncer le génocide et la colonisation : chaque contrôle, chaque arrestation, même sans justification, peut servir de prétexte pour des détentions en centre fermé, sans intervention d’un juge ni procès.


Par ailleurs, le rapport rédigé par les militant·es met en exergue les volontés politiques de la droite, et particulièrement du MR, membre de la majorité communale à Bruxelles-Ville. Ainsi David Weytsman, chef du groupe MR à Bruxelles-Ville, dans un article de la DH du 9 septembre 2025 au sujet des rassemblements à Bourse, appelait à “être plus strict avec les illégaux” et à «  les placer en centre fermé et les renvoyer dans leur pays« , tout en évoquant une stratégie de dissuasion par harcèlement policier : “après trois arrestations, ils hésiteront à revenir. Weytsman et le MR poussent pour une plus grande collaboration entre la Ville de Bruxelles, la ministre de la justice Annelies Verlinden (CD&V) et Anneleen Van Bossuyt (Secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, NVA). Une requête à laquelle Philippe Close semble avoir pleinement accédé, bien qu’il nie cibler spécifiquement les demandeurs d’asile palestiniens.

Manifestation place de la Bourse.

Les mobilisations à la place de la Bourse ont ainsi été marquées d’un racisme exacerbé des forces de l’ordre à l’encontre de la communauté palestinienne, d’insultes et des intimidations récurrentes envers des manifestant·es.

En parallèle, un réel harcèlement s’exerce, souvent par les mêmes brigades policières, au travers de contrôles (qui ne se soldent pas toujours par des arrestations) de personnes palestiniennes parfois contrôlées plusieurs fois le même jour. Ces contrôles s’effectuent aussi en dehors des manifestations.

L’enquête des militant·es souligne que les autorités fédérales, par le biais de l’Office des Etrangers et des forces de l’ordre, organisent des rafles racistes « ethniques », en ciblant différentes communautés par nationalité à tour de rôle. Une semaine, c’est la communauté palestinienne qui est visée, l’autre celle marocaine, puis celle afghane.


PARTIE II : L’enfer des centres fermés

1. LA DETENTION, OU L’ACHARNEMENT CONTINU

L’enquête témoigne de conditions de détention difficilement imaginables, bien qu’elles soient le quotidien de milliers de personnes détenues chaque année en Belgique parce qu’elles n’ont pas les « bons papiers ». Les témoignages sont accablants : torture, passages à tabac réguliers, sédation abusive et forcée, humiliation, déni des droits fondamentaux, ou encore insalubrité.

Ces violences ne sont pas des incidents isolés ou des « dérapages » individuels : elles révèlent un système conçu pour briser les personnes enfermées, physiquement et psychologiquement.

L’enfermement administratif en centre fermé n’est pas une simple mesure d’attente avant l’expulsion – c’est un dispositif punitif à part entière, un régime de souffrance délibérée imposé à des personnes qui n’ont commis aucun crime, mais dont le seul tort est d’exister sans autorisation sur le territoire belge. La violence y est structurelle, institutionnalisée, protégée par l’opacité et l’impunité.

Elle s’exerce quotidiennement, méthodiquement, loin des regards extérieurs, dans des espaces où les règles les plus élémentaires du droit et de la dignité humaine sont suspendues.

2. Le cas de Mahmoud : sur-médication et absence de prise en charge

Des personnes détenues rapportent le terrible traitement imposé à Mahmoud Ezzat Farjallah, ayant mené à sa mort. Mahmoud avait tenté de mettre fin à ses jours 4 fois avant qu’il ne se donne la mort le 6 octobre. Ces 4 premières tentatives n’avaient suscité aucune prise en charge de la part des autorités du centre fermé où il était détenu.

Pire : Mahmoud aurait été sur-médicamenté par le personnel du centre fermé, avec de puissants antidouleurs, du Tramadol et du Lyrica. Le personnel allait jusqu’à le réveiller durant la nuit afin de lui imposer la prise de médicament.

« La veille de son décès, Mahmoud fait part à plusieurs camarades de son mal-être, leur affirmant qu’il est stressé, qu’il se sent mal. Il leur communique qu’il va aller s’allonger pour se reposer. Il sera découvert mort quelques heures plus tard. C’est le personnel du 127 bis qui le découvre. Les personnes détenues auront une altercation avec le personnel pour exiger de voir son corps. Après une heure de négociation, le personnel accepte de préparer le corps dans une autre pièce et que chaque personne détenue le voie une par une. Personne ne peut attester de manière sûre de l’état dans lequel il a été retrouvé. Sous 24h, il sera mis en terre sans enquête ni autopsie. » expliquent les militant·es.

En outre, les témoignages pointent du doigt l’absence de prise en charge psychologique suffisante, pour Mahmoud mais aussi, de manière générale, pour tou·tes les détenu·es. Les consultations avec la psychologue du centre sont rares « voire inexistantes ». Au 127bis, elle ne parle pas arabe et communique avec google translate avec les personnes détenues dont elle ne parle pas la langue. Cette absence de personnel arabophone dans un centre où une part importante des détenus sont arabophones traduit le mépris pour la souffrance psychologique des personnes enfermées, dont les besoins les plus élémentaires sont systématiquement niés.

3. Responsabilités institutionnelles : un crime d’État

Les conditions terribles de détention, l’absence de prise en charge psychologique, l’administration abusive de médicaments sans consultation de médécins et la non-prise en charge de Mahmoud après ses tentatives de suicide, rendent la ministre de l’Asile et la Migration et la direction du centre fermé directement responsables de la mort de Mahmoud.

« Anneleen Van Bossuyt parle de « drame humain », il est en réalité question du décès tragique d’un jeune homme en détresse n’ayant reçu aucun assistance adaptée à sa situation et à ses besoins, il s’agit de non-assistance à personne en danger, il s’agit de négligence, il s’agit de traitement inhumain et dégradant ayant conduit à une détresse psychologique extrême, il s’agit d’une sédation abusive non-médicale ayant conduit à la mort. Ceci n’est pas un drame, ce décès est le résultat de toute la chaîne de décisions dont fait partie Anneleen Van Bossuyt et ses politiques, Philippe Close et ses ordres de police, David Weytsman et ses demandes, Annelies Verlinden comme Ministre de la Justice, jusqu’au personnel du centre et à leurs gestes quotidiens de maltraitance et leur négligence. » relate l’enquête.


A la suite de la mort de Mahmoud, un mouvement de protestations et de révoltes est né au sein des centres fermés comme en dehors. Plusieurs détenus ont entamé une grève de la faim, relayée par les collectifs militants, mais niée par l’Office des Etrangers. 5 personnes détenues ont également été déplacées le lendemain de la mort de Mahmoud d’un centre fermé à l’autre, afin d’empêcher le développement d’un mouvement de résistance. Leurs témoignages rapportent des passages à tabac par les forces de l’ordre.

PARTIE III : Révoltes et répressions en centre fermé

1. Transferts punitifs

Le 14 octobre, le jour de la mobilisation nationale contre l’Arizona, une révolte a éclaté au centre 127bis contre les conditions de détention, en particulier l’insalubrité. Des cas de punaises de lits et de gale ne sont pas traités par les autorités au sein du centre, malgré de multiples requêtes adressées à la direction. Cette dernière aurait déclaré qu’elle « ne pouvait rien faire ». Le mouvement de contestation formé au sein du centre a été violemment réprimé par les forces de l’ordre.

« […] les détenus auraient « tout cassé », le mobilier, les télévisions, les lits, … À tel point que cette aile ne serait actuellement plus fonctionnelle. Durant la soirée, la police est intervenue en masse, avec plus de 20 combis. Ensuite les détenus de l’aile concernée auraient tous été transféré en bus. Il semble que certains soient au cachot, et d’autres seraient au centre fermé de Bruges.« , – Getting The Voice Out.


Les témoignages des détenus rapportent un « passage à tabac collectif et recours disproportionné à la force, du transfert d’une dizaine de détenus vers d’autres centres (notamment Bruges et Vottem), du placement en isolement de cinq à sept personnes dans un sous-sol, sans accès à Internet, et donc privés de tout contact avec leurs avocats, ou leurs familles, pendant plus d’une semaine. »

Cette stratégie d’isolement et de transfert vise à briser toute solidarité interne, à empêcher la constitution de récits collectifs, et à rendre impossible tout recours juridique ou soutien extérieur. C’est aussi une manière de faire disparaître symboliquement ces voix qui dénoncent l’inacceptable.

2. Tortures, sédation forcée et violences sexuelles au centre fermé de Bruges :

L’enquête rapporte également des faits de tortures, de sédation forcée* et de violence sexuelle dans le centre fermé de Bruges :

« Le 18 octobre 2025, au centre fermé de Bruges, un détenu palestinien, Hamouda, 18 ans, est convoqué par le personnel sous prétexte d’un rendez-vous médical attendu depuis plusieurs semaines. Hamouda, souffrant de graves problèmes de santé et non-pris en charge par le centre pour prétexte financier (« étant donné qu’il va bientôt être déporté, nous n’allons pas dépenser de l’argent pour lui » disent-ils à ses accompagnantes), et ayant sollicité à plusieurs reprises une consultation, accepte et suit les agents.[…]

Une fois isolé, dix membres du personnel de sécurité le saisissent et le passent à tabac dans une autre aile du centre, hors de tout regard extérieur. Les coups, portés à plusieurs contre un seul homme, provoquent des ecchymoses importantes et des traumatismes visibles encore présents plus de deux semaines plus tard. Après cette agression, Hamouda est placé en isolement, déshabillé, les mains et les pieds attachés, sans nourriture, eau, ni accès aux toilettes pendant 24 heures.« 

« Un autre détenu, Z., camarade de Hamouda et témoin indirect, subira le même sort quelques heures plus tard. Inquiet de ne plus voir revenir Hamouda, Z. alerte des contacts extérieurs pour signaler sa disparition. La sécurité du centre l’interpelle alors, l’isole à son tour, et lui inflige les mêmes violences : passage à tabac collectif à dix contre un, mise à nu, menottage des mains et des pieds, placement à l’isolement pendant 24 heures.« 

« Z. témoignera : « Une fois que j’étais nu, ils m’ont fait des choses.[…] Même pour aller à la douche, on doit y aller à plusieurs, pour se protéger ensemble. On a tellement peur » Z. sera déporté au Maroc quelques jours plus tard, dans ce qui apparaît comme une procédure accélérée destinée à éloigner un témoin gênant des violences sexuelles internes.« 

Ces violences sexuelles s’inscrivent dans un continuum de déshumanisation raciste et genrée qui frappe particulièrement les hommes arabes et musulmans. Dans l’imaginaire colonial et raciste occidental, ces hommes sont systématiquement construits comme une menace : hypervirilisés, hypersexualisés, potentiellement dangereux. Cette construction raciste sert à légitimer leur enfermement, leur brutalisation, et le déni de leur humanité.

Paradoxalement, cette même représentation raciste produit un tabou profond autour des violences sexuelles qu’ils subissent : leur statut de victime de violences sexuelles devient littéralement impensable et indicible. Les violences sexuelles commises dans les centres fermés sont donc l’expression la plus brutale d’un système qui entend briser, humilier et détruire symboliquement et physiquement ceux qu’il désigne comme indésirables.

En parallèle, selon nos sources, des personnes détenues en centre fermé subiraient des administrations non-consenties de médicaments, dissimulés parfois dans des boissons chaudes, comme du thé. D’autres médicaments sont administrés par la force physique.

« Les deux ont subi également un traitement de sédation forcée. Le personnel du centre a en effet fait usage d’un spray sur leurs visages pour les endormir après les avoir battus et violentés. D’après plusieurs témoignages de personnes détenues, cette pratique est courante, notamment dans les cas de transfert d’un centre à l’autre. Hamouda ne sera vu par un médecin qu’une semaine plus tard, et uniquement grâce à l’intervention d’un médecin de Médecins Sans Frontières (MSF), sollicité par des accompagnantes extérieurs.« 

« Lors de cette consultation, le médecin principal et une consœur constatent de nombreuses marques de coups sur le corps de Hamouda, visibles malgré le délai de prise en charge. L’examen a lieu dans une pièce avec une porte vitrée donnant sur un couloir, à travers laquelle le personnel de sécurité filme la scène, violant le secret médical, le droit à la vie privée et les règles déontologiques. La médecin accompagnante quittera la salle en larmes face à la gravité des lésions observées.« 

La sédation forcée, pratiquée régulièrement selon les témoignages, permet non seulement de soumettre les corps par la force chimique, mais aussi d’effacer les traces de résistance et de rendre les détenus incapables de témoigner ou de se défendre et qui laisse le temps aux ecchymoses de s’estomper, aux preuves de disparaître. Que seule l’intervention extérieure de MSF ait permis cet examen en dit long sur l’absence totale de contrôle interne et de protection des personnes enfermées. cela démontre qu’aucun espace, même celui du soin, n’échappe à la surveillance et au contrôle répressif.

Conclusion : les centres fermés tuent

Les centres fermés constituent une zone d’ombre de la violence d’État en Belgique. Chaque année, des milliers de personnes y sont enfermées administrativement, sans aucune forme de procès ou d’intervention de la justice.

Les informations qui ressortent des centres fermés sont rares, et il est difficile d’y accéder. Ce sont des lieux où les droits et la dignité la plus fondamentale des personnes détenues sont niés. Les centres fermés constituent des lieux de la plus haute expression de la politique raciste belge : les corps littéralement considérés comme « étrangers » à l’organisation sociale belge, donc « illégaux », y sont enfermés dans l’objectif d’être expulsés du territoire.

Chaque année, plusieurs personnes meurent en centre fermé. L’État belge est responsable de ces morts, dont celle de Mahmoud Ezzat Farajallah. Cette responsabilité découle d’un système qui déshumanise, isole, prive de recours juridiques effectifs, et maintient délibérément l’opacité sur ce qui se passe au sein des murs. La mort de Mahmoud n’est pas un « dysfonctionnement » – elle est le produit d’une politique migratoire raciste.

La violence de ces centres s’inscrit dans un contexte politique qui n’est pas nouveau. L’ancienne secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Nicole de Moor, avait demandé, illégalement, en 2023 qu’on retire la nationalité belge aux enfants belgo-palestiniens. Elle avait, en outre, multiplié les déclarations et mesures visant à durcir davantage la politique d’enfermement et d’expulsion, politique aujourd’hui poursuivie par Anneleen Van Bossuyt. Ce discours tenu à la tête de l’État belge légitime et banalise la violence institutionnelle exercée dans les centres fermés. Il déshumanise les morts dues à ces centres, aux arrestations arbitraires et les conditions de détention inhumaines qui s’en suivent.

Face à cette violence d’État, le travail de documentation, de témoignage et de résistance mené par des détenu·es, des collectifs militants et des organisations de défense des droits est essentiel. Des projets comme Getting the Voice Out (qui recueille et diffuse les témoignages de personnes enfermées) ou les rapports réguliers d’organisations telles que Ciré permettent de briser le silence et de rendre visible l’invisible. Ces initiatives constituent des outils précieux pour comprendre, documenter et contester ce système d’enfermement.

La mort de Mahmoud, comme celles qui ont précédé, rappelle une vérité dont on ne peut désormais se détourner : les centres fermés tuent. Et tant qu’ils existeront, l’État belge continuera de porter le poids et la responsabilité de cette violence raciste.

Légende :

Sédation : La sédation forcée désigne l’administration non-consentie de substances psychotropes ou sédatives à des personnes détenues, sans justification médicale légitime. Cette pratique, qui relève de la torture selon les conventions internationales, vise à neutraliser physiquement et psychologiquement les personnes, les rendant incapables de résister ou de témoigner. Dans les centres fermés, elle est utilisée comme outil de contrôle et de répression : pour faciliter les transferts, briser les mouvements de protestation, ou punir les personnes jugées « difficiles ». L’usage de sprays sédatifs, de médicaments injectés ou dissimulés dans la nourriture constitue une violation grave de l’intégrité physique et mentale, d’autant plus que ces substances peuvent avoir des effets secondaires dangereux, voire mortels, notamment en cas de surdosage ou d’interaction avec d’autres médicaments. Cette pratique transforme le corps des personnes détenues en objet manipulable, niant totalement leur autonomie et leur dignité.

Sources :

Témoignage de militant.es
« Les centres fermés et les expulsions en Belgique », Ciré https://www.cire.be/wp-content/uploads/2011/10/centres-fermes-etrangers-expulsions-belgique.pdf

« Centre fermé : L’État belge responsable de la mort de Mahmoud », Bruxelles Dévie, https://bruxellesdevie.com/2025/10/08/centre-ferme-letat-belge-responsable-de-la-mort-de-mahmoud/

« Manifestations propalestiniennes à la Bourse, le MR veut serrer la vis », DH, https://www.dhnet.be/regions/bruxelles/2025/09/08/manifestations-propalestiniennes-a-la-bourse-de-bruxelles-le-mr-veut-serrer-la-vis-la-situation-nest-plus-geree-les-riverains-sont-a-bout-N3WLFIEXMVECFMUUFSLXDRIOVE/

« Mouvement de révolte au 127 bis dans la soirée du 14 octobre », Getting the voice Out, https://www.gettingthevoiceout.org/gros-mouvement-de-revolte-au-127bis-dans-la-soiree-du-14-octobre-2025/