LUTTES SOCIALES : LES PROFS EN GRÈVE CONTRE LES RÉFORMES DU GOUVERNEMENT MR-ENGAGES

   

Les professeur·es de l’enseignement en fédération Wallonie-Bruxelles seront en grève ce lundi 10 novembre. Les cours seront suspendus et des actions auront lieu dans différentes villes en Wallonie et à Bruxelles. Ce mouvement ouvre la séquence de lutte sociale de novembre avec plusieurs jours de grèves contre le gouvernement fédéral du 24 au 26 novembre !

Pas d’action centralisée prévue ce lundi, mais une série d’initiatives locales : piquets de grève, éventuels blocages, occupation de place, flashmobs devraient se multiplier à Bruxelles et dans plusieurs villes wallonnes. Une délégation d’enseignant·es en front commun déposera une gerbe de fleurs au pied de la Brabançonne, place Surlet de Chokier à Bruxelles, en hommage à leurs collègues « disparu·es« .



Depuis sa mise en place, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles multiplie les mesures d’austérité à l’encontre de l’enseignement. Ces coupes budgétaires vont augmenter la charge de travail des enseignant·es qui va conduire à une diminuation de la qualité de l’enseignement, ainsi que creuser les inégalités sociales entre les élèves.

Parmi les décisions annoncées: Deux heures en plus de travail de l’enseignement normal supérieur sans rémunération, adaptation des fins de carrière des enseignant·es (DPPR)* à la législation fédérale, réduction du nombre de professeur·es non-présent·es en classe, réduction du salaire du régime maladie, fin des nominations**, modification du tronc commun, diminuation du budget pour la gratuité scolaire par deux …

Un professeur, Jérémy Bléret, explique : « C’est clairement considérer que les enseignants du degré supérieur ne travaillent pas assez. Donc, on nous met deux heures de plus face à une classe sans être payé plus. Des études ont déjà montré qu’un enseignant en moyenne travaille aux alentours de 40 heures lorsqu’on compte tout ce qu’il y a derrière : les corrections, les réunions, les conseils de classe, les explications aux élèves sur le temps de midi etc.« 

« Une quinzaine d’enseignants risquent de ne plus avoir de place dans notre école. » conclut, Jérémy Bléret, professeur de mathématique, au Collège Saint-Augustin à Enghien [1].

Cette mesure renforce également la précarité du métier d’enseignant, alors que les écoles font face à une pénurie de professeur·es. En retirant des heures à certains professeurs, en particulier les plus jeunes, on va les pousser à jongler entre différentes écoles pour prester des heures qu’ils et elles auront perdues dans leur école initiale.

Morgane, professeure de géographie explique : « Par effet domino, je vais perdre des heures de cours dans l’école où je suis actuellement et donc, je vais devoir trouver des heures à gauche et à droite pour compléter mon horaire. Et il en ressort que je vais devoir faire six écoles. » [2]

La volonté de mettre fin aux nominations des professeur·es passe aussi particulièrement mal. En bref, le système de nomination des professeurs a été mis en place après la Seconde Guerre mondiale, il sert à assurer une stabilité dans l’enseignement. Elle offre aux professeur.es une plus grande stabilité d’emploi (a priori sauf faute grave, on ne peut pas perdre son travail), un salaire et une pension améliorés, ainsi que pour garantir leur liberté d’opinion. Cette mesure risque va augmenter la précarité du métier de professeur, tout en rendant le métier moins attractif, alors qu’il est en pénurie.

Selon l’enquête PISA de 2022, 86% des directions d’établissements scolaires de la FWB estiment que le « manque de personnel enseignant » entrave leur capacité à fournir un enseignement de qualité. En 2015, elles étaient 56% à l’affirmer. [3]

Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement, explique pourquoi elle est opposée à la fin de la nomination : « si [la nomination] a été instaurée, c’est quelque part pour protéger les enseignants et les mettent à l’abri de tout ce qui pouvait être des règles arbitraires, non seulement au niveau de l’engagement, mais aussi tout au long de la carrière. […] Le statut a aussi permis plus de liberté au niveau de la vie privée. Je pense à certains pouvoirs organisateurs qui fermaient leurs portes, par exemple aux couples divorcés ou aux dames qui étaient mamans sans être mariées. Donc tout ça, ça appartient au passé« . [4]



Face à ce cocktail de mesure contre les conditions de leur métier et de l’enseignement, les professeur·es seront en grève lundi 10 novembre ! Leur action s’inscrit aussi dans le cadre de la constitution d’un mouvement social, tant contre le gouvernement de droite en FWB qu’au fédéral, contre l’Arizona. Fin novembre, plusieurs jours de grèves sont organisés contre l’Arizona, du 24 au 26 novembre.

Légende :

*DDPR : DPPR signifie Disponibilité Précédant la Pension de Retraite. C’est une mesure permettant au personnel de l’enseignement nommé à titre définitif (ou assimilé), de bénéficier d’un aménagement de leur fin de carrière avant la mise à la retraite. Source : CSC

**Nomination : le système de nomination des professeurs a été mis en place après la Seconde Guerre mondiale, il sert à assurer une stabilité dans l’enseignement. Elle offre aux professeur.es une plus grande stabilité d’emploi (a priori sauf faute grave, on ne peut pas perdre son travail), un salaire et une pension améliorés, ainsi que pour garantir leur liberté d’opinion. Source : RTBF

Sources :

[1], [2] « 2 heures de plus, limitation des DPPR, tronc commun et nominations : les raisons de la colère des enseignants ce lundi 10 novembre », RTBF, 09/11/2025, disponible en ligne : https://www.rtbf.be/article/2-heures-de-plus-limitation-des-dppr-tronc-commun-et-nominations-les-raisons-de-la-colere-des-enseignants-ce-lundi-10-novembre-11626291

« Enseignement, culture, enfance, sports, recherche : voici les principales mesures d’économie de la Fédération Wallonie-Bruxelles », RTBF, 10/10/2025, disponible en ligne : https://www.rtbf.be/article/budget-de-la-federation-wallonie-bruxelles-ou-les-economies-seront-elles-faites-11614016

« Enseignement : ce qu’il faut attendre de la grève générale de ce lundi », Le Soir, 9/11/2025, disponible en ligne : https://www.lesoir.be/709904/article/2025-11-09/enseignement-ce-quil-faut-attendre-de-la-greve-generale-de-ce-lundi

« Nouveau revirement concernant la gratuité scolaire : la mesure étendue, mais… avec trois fois moins de budget par élève », RTL, 03/11/2025, disponible en ligne : https://www.rtl.be/actu/belgique/politique/nouveau-revirement-concernant-la-gratuite-scolaire-la-mesure-etendue-mais-avec/2025-11-03/article/769185

[3] « La pénurie d’enseignants : mise en perspective », Enquête PISA, Lafontaine, Dominique; Dupont, Virginie; Quittre, Valérie, 2024, ULB, disponible en ligne : https://orbi.uliege.be/handle/2268/317890

[4] « #L’Enquête : les enseignants nommés sont-ils indétrônables ? », RTBF, 04/04/2025, disponible en ligne : https://www.rtbf.be/article/l-enquete-les-enseignants-nommes-sont-ils-indetronables-11527654

« Tout ce qu’il faut savoir sur la grève des enseignants du 10 novembre », Bruxelles Today, 09/10/2025, disponible en ligne : https://www.bruxellestoday.be/actualite/savoir-greve-enseignants-10-novembre.html