
À l’initiative du Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations, une marche commémorative aura lieu ce samedi 1er novembre, entre Koekelberg et Tervuren. Chaque année, le collectif ravive la mémoire d’une histoire passée sous silence : celle des femmes, hommes et enfants congolais·es arraché·es à leur terre, déporté·es et exhibé·es sur le sol belge pour servir le récit de propagande colonial.
Le Collectif Mémoire Coloniale travaille depuis plusieurs années à faire émerger ces récits enfouis, à les inscrire dans l’espace public et à rappeler que les violences coloniales ne relèvent pas du passé, mais d’un héritage encore vivant dans notre système. En retraçant les pas des 267 Congolais·es exposé·es lors de l’Exposition universelle de 1897, les participant·es de la marche rappelleront que ces crimes ne peuvent être effacés. Cette démarche s’inscrit dans un travail politique que mène le collectif : décoloniser les récits, les espaces publics et les consciences.
« Comme chaque 1er novembre, retrouvez-nous pour un hommage aux 7 ancêtres Congolais morts lors du zoo humain colonial de Tervuren en 1897.
Comme chaque 1er novembre, nous vous donnons rendez-vous pour un hommage aux 7 ancêtres congolais disparus de Tervuren.
Le 27 juin 1897, 267 Congolaises et Congolais furent déportés et emmenés à Bruxelles pour être exhibés dans ce que l’on appelait des « villages congolais ». Pendant près de six mois, ils furent contraints de jouer des scènes de « sauvages primitifs » ou d’« indigènes non civilisés » devant des millions de visiteurs. Ces mises en scène, qui relèvent de véritables zoos humains, visaient à convaincre l’opinion publique de la prétendue légitimité du projet colonial de Léopold II et à en glorifier les mérites.
Les conditions de vie dans ce campement forcé furent inhumaines. Rapidement, des épidémies de grippe et de pneumonie éclatèrent. 7 Congolais·e·s – Mama Sambo, Mama Gemba, Mama Mpemba, Papa Ekia, Papa Zwao, Papa Kitukwa et Papa Mibange – âgés de 21 à 30 ans, trouvèrent la mort. Ils étaient soldat, artisan, pêcheur, ou encore chef Bangala. Il sera d’abord refusé qu’ils soient enterrés dans le cimetière local, ils seront donc enterrés dans une fosse commune avant d’être déplacés quelques années plus tard dans la cour de l’église Saint-Jean-l’Évangéliste de Tervuren.
Cet épisode tragique n’est pas isolé. Trois ans plus tôt, en 1894, 144 Congolaises et Congolais avaient déjà été déportés au Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers dans un zoo humain similaire. Sept d’entre eux moururent également de maladie. Ces pratiques de zoos humains inhérentes aux puissances coloniales se sont poursuivies en Belgique jusque tard dans le XXe siècle : jusqu’à l’Exposition universelle de 1958 à Bruxelles, à la veille de l’indépendance du Congo.
À travers cet hommage, nous honorons la mémoire de ces femmes et hommes, victimes de la propagande coloniale et du racisme soutenant celle-ci. Nous rappelons aussi notre devoir collectif : transmettre leur histoire, résister à l’oubli et au déni des violences coloniales passées et présentes.«

