
Le 6 novembre 2025, le conseil communal d’Anderlecht sera appelé à voter une nouvelle mesure : la fermeture obligatoire de tous les commerces du quartier Clemenceau dès 21h, sous peine d’une amende pouvant atteindre 500 euros. Une mesure présentée comme un « électrochoc » par le bourgmestre socialiste Fabrice Cumps, qui s’ajoute à une série d’ordonnances répressives visant exclusivement les quartiers populaires de la commune.
Dans le quartier Peterbos, un dispositif interdit depuis 18 mois l’accès aux espaces publics à toute personne non-résidente, sous menace d’une amende de 350 euros et d’évacuation policière. À Cureghem on subit déjà une fermeture obligatoire des commerces à 1h du matin. Et maintenant un nouvelle mesure vise le quartier de Clemenceau, où la fermeture des espaces publics sera avancée à 21h.

Peterbos, Cureghem, Clemenceau : tous ces lieux ont un point commun : ce sont systématiquement des quartiers populaires, habités majoritairement par des personnes racisées, issues de l’immigration. Des quartiers où la précarité économique et sociale est la plus forte et des quartiers qui subissent de plein fouet la répression, la surveillance et le harcèlement policier depuis quelques mois.

En instaurant ces couvre-feux déguisés, la commune d’Anderlecht stigmatise des quartiers entiers et, par extension, les populations qui y vivent. Dans ces quartiers où vivent majoritairement des familles issues de l’immigration, les personnes racisées se trouvent collectivement punies sous un prétexte, celui de la lutte contre la drogue. Les commerçant·es , souvent elleux-mêmes issus de ces communautés, paient le prix fort, obligé·es de fermer à 21h alors que leur activité économique sera fortement affectée par cette fermeture durant les heures tardives. Les habitant·es, voient leur quartier transformé en ghetto administratif, avec le message implicite qu’iels sont un problème à contenir plutôt que des citoyens à respecter.
Le plus révélateur dans cette affaire reste peut-être la déclaration du bourgmestre Cumps lui-même : « On ne va pas éradiquer le trafic de drogue mondial. On veut juste ramener de l’apaisement et de la tranquillité. » Un aveu d’échec à peine voilé. Ces mesures ne s’attaquent pas aux causes profondes des problèmes qu’elles prétendent résoudre. Elles les déplacent simplement ailleurs. Et le bourgmestre et les autorités communales le savent pertinemment bien.
En 2017, cette politique a déjà montré son inefficacité, lorsqu’un couvre feu avait été imposé aux alentours de la station de Métro Beekkant à Molenbeek, pour « lutter contre le trafic et les nuisances ».
Car cette politique crée un cercle vicieux : plus on réprime ces quartiers, plus on les marginalise ; plus on les marginalise, plus on justifie la répression. Les personnes en errance, chassées d’un quartier populaire, iront juste simplement dans un autre quartier populaire. Les dealers s’adapteront, comme ils l’ont toujours fait. Et les problèmes de fond (pauvreté, addiction, exclusion sociale, discriminations) resteront intacts.

Avec ce nouveau couvre-feu, se dessine aussi une tendance politique inquiétante pour une commune dont le bourgmestre est socialiste. En effet, le bourgmestre endosse avec fierté une rhétorique et des méthodes qui flirtent dangereusement avec l’autoritarisme sécuritaire caractéristique de la droite réactionnaire et de l’extreme-droite. En présentant ces quartiers populaires comme des zones hors de contrôle nécessitant desdites « mesures d’exception », en transformant des victimes de la précarité en problèmes à évacuer, le PS d’Anderlecht valide le discours de l’extrême droite sur les « zones de non-droit » et les quartiers à majorité immigrée.
Cette dérive sécuritaire n’est pas seulement inefficace sur le plan pratique. Elle est aussi moralement inacceptable et politiquement suicidaire pour un parti qui se dit de « gauche ». En abandonnant les quartiers populaires à la seule logique répressive, en ciblant systématiquement les populations racisées par des mesures d’exception, c’est aussi le terreau de l’extrême droite que l’on nourrit.

Sources :
La Libre (24/10/2025) « Anderlecht veut fermer tous les commerces du quartier Clemenceau à 21 h » https://www.lalibre.be/regions/bruxelles/2025/10/24/anderlecht-veut-fermer-tous-les-commerces-du-quartier-clemenceau-a-21-h-on-veut-juste-ramener-de-lapaisement-et-de-la-tranquillite-BRE4C6XITNBS3B3I2TBOT5ZOZ4/
Le Soir (24/10/2025) « Anderlecht : fermeture nocturne totale des commerces du quartier Clémenceau » https://www.lesoir.be/706875/article/2025-10-24/anderlecht-fermeture-nocturne-totale-des-commerces-du-quartier-clemenceau
BruxellesToday (23/09/2025) « Accès restreint au Peterbos et couvre-feu prolongé à Cureghem » https://www.bruxellestoday.be/actualite/acces-restreint-peterbos-couvre-feu-cureghem.html
Le Vif (02/03/2017) – « Molenbeek: ‘couvre-feu’ pour le quartier Beekkant » https://www.levif.be/belgique/molenbeek-couvre-feu-pour-le-quartier-beekkant/
