
Le 2 octobre au soir, des centaines de personnes se sont rassemblées à Bruxelles pour dénoncer l’interception illégale de la flottille humanitaire par Israël et l’inaction face au génocide en cours à Gaza. Face à eux et elles, un déchaînement de violences a eu lieu de la part des forces de l’ordre.
Alors que les manifestant·es se déplaçaient entre trois lieux symboliques, le ministère des Affaires étrangères, le Parlement européen et la Bourse, un imposant dispositif anti-émeute les attendait. Vers 21h30, sans sommation claire ni justification légitime, l’ordre de dispersion a été donné par le bourgmestre d’Ixelles, d’abord au Parlement, puis dans le centre vers 22h.
Ce qui a suivi relève d’un usage disproportionné et illégitime de la force : canons à eau, gaz lacrymogènes, matraques, charges policières contre des manifestant·es désarmé·es.

» Bruxelles, 2 octobre 2025, aux environs de 21h30. Après le rassemblement quotidien à la Bourse, le cortège se dirige vers le parlement européen, où un autre rassemblement a lieu. Notre marche est pacifique et non violente. Je suis avec mon père et une amie.
Soudain, un déluge de policiers anti-émeutes et de policiers en civil nous provoquent, nous insultent, nous pourchassent, et finissent par nous encercler sur la place des Martyrs et dans les ruelles avoisinantes.

Je cours pour fuir cette violence, pendant ma course je constate l’utilisation massive de gazeuse, je vois une personne par terre sans défense entourée par trois policiers qui le rouent de coups de pieds alors qu’il crie de douleur et ne peut pas s’enfuir. Arrivée à la place Rogier, je me fais aider par une secouriste qui me conseille d’aller aux urgences. Les urgences sont saturées, il y a une dizaine de blessés, beaucoup touchés à la tête, en sang tous proviennent de cette même manifestation. Je finis avec une commotion cérébrale sur traumatisme cranien et des hématomes sur les genoux. »
« Nous avons été témoins de violences policières injustifiées envers d’autres manifestants : coups de boucliers, bousculades violentes, comportements agressifs… Ces agissements ont instauré un climat de tension, alors que la mobilisation était entièrement pacifique. Un peu plus tard, nous avons été directement victimes d’une charge soudaine et brutale de la police. Sans avertissement, les forces de l’ordre ont foncé dans la foule. Ma mère a été renversée et piétinée par des manifestants pris de panique. »
» On était dans une chasse à courre. Je me suis senti comme un gibier d’abattoir. Les flics ont frappé contre des poteaux, poussés des cris comme des prédateurs en chasse. Ils ont foncé vers nous. Les flics en civils ont jailli en hurlant, matraque à la main. »
Il a été clair lors de cette soirée, que la stratégie policière mise en place était celle du chaos. La police a délibérément chargé indistinctement les foules, en criant, en tapant dans les poubelles et en faisant peur. Les mouvements de foule ont alors divisé les cortèges en plusieurs parties, laissant certain·es manifestant·es à l’arrière. La police a donc profité de cette dispersion pour violenter les manifestant·es.
« Lorsque les flics nous ont chargé une première fois, ils nous provoquaient pour que l’on réagisse. « Viens là alors ! », » Amène toi », et d’ autres provocations pour nous faire réagir. »
« C’était la panique générale, peut importe où on fuyait, ils couraient et tapaient. »
« Jeudi 2 octobre, ma fille a été agressée par des policiers à coups de matraque dans une petite rue proche de la place des martyrs alors qu’elle quittait le rassemblement avec 3 copaines. Laissée inconsciente au sol après un coup de matraque porté par derrière qui lui a ouvert le crâne sur 5 cm, ma fille a été accompagnée par ses amies aux urgences de l’hôpital St Jean vers 21h.
Je l’ai retrouvée sur place et j’ai assisté à un vrai hôpital de guerre avec des dizaines de jeunes blessés dont beaucoup de jeunes femmes avec des plaies ouvertes au crâne. «
Il ressort de l’ensemble de ces témoignages, ainsi que de l’analyse de la répression et des violences policières survenues les 14 et 17 octobre, une volonté explicite de blesser, voire de blesser grièvement, les manifestant·es, notamment en les exposant à des gaz lacrymogènes tirés à très courte distance du visage et des yeux, et surtout en les frappant à la tête et dans la partie supérieure du corps . De nombreux blessés ont ainsi dû recevoir des points de suture au crâne.
Cette soirée s’inscrit également dans une tendance inquiétante : depuis le début du génocide à Gaza, les manifestations de solidarité avec le peuple palestinien font l’objet d’une répression systématique à Bruxelles. Restrictions géographiques arbitraires, dispersions violentes, arrestations injustifiées…
Sources :
Témoignages
