PALESTINE – De Gaza à Bélem les belges luttent en mer

   

Face au génocide à Gaza, des centaines de militant·es internationaux prennent la mer pour briser le blocus israélien. La plus grande flottille civile de l’histoire en soutien au peuple palestinien a vu le jour et la Belgique y est représentée à travers plusieurs personnalités, artistes et élu·es. Au-delà du soutien à Gaza, cette mobilisation a lieu dans un espace de lutte peu investis : les mers et les océans, théâtres de résistances politiques, anticoloniales et écologistes. 

La « Global Sumud Flotilla », coordonnée par la Freedom Flotilla Coalition compte des activites venu·es de 40 pays différent. En plus de la Global Summud Flotilla, une autre flotille vient de partir de Sicile ce dimanche 28 septembre : la Thousands Madleens to Gaza. Plusieurs belges sont à bord : le rappeur Youssef Swatt’s, Aude Gaspar, fondatrice de « Pourquoi Devenir Féministe », la députée Ecolo Bénédicte Linard, Mohamed Azzouz et Guillaume de Bassompierre, citoyens belges.

Leur objectif : établir un corridor humanitaire en eaux internationales, où il est libre de circuler, pour briser le blocus imposé illégalement par Israël à Gaza. En effet, le droit international humanitaire interdit explicitement l’usage de la famine comme arme de guerre ou de génocide. Or, depuis août 2025, l’ONU a officiellement décrété un état de famine à Gaza. 

Pour se protéger d’éventuelles attaques, les organisations appellent à une large médiatisation de leur traversée. La crainte d’attaques n’est pas infondée : en 2010, le navire humanitaire Mavi Marmara avait été attaqué par l’armée israélienne, causant la mort de dix militants turcs et blessant plus de cinquante activistes. La Global Sumud Flotilla actuellement en route vers Gaza a fait l’objet de plusieurs attaques de drones israéliens. 

Alors que l’Espagne et l’Italie ont dépêché des navires militaires pour protéger leurs ressortissant·es, la Belgique, à l’instar de la France, refuse de leur occtroyer quelconque protection. Dans un communiqué, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés) a jugé que « cette démarche expose ses participants à de grands risques » , selon lui « inutiles ». Ces risques « inutiles » ne sont pourtant que l’exercice du droit internationale face à l’absence d’engagement et de mesures réelles des gouvernements alors que la famine est déclaré par l’ONU. 

Le droit maritime est clair : les flottilles humanitaires peuvent circuler librement en haute mer. Israël a déjà arraisonné des navires en route vers Gaza, en violation du droit international, qui n’autorise pas ce type d’interception qu’en cas de crimes précis comme la piraterie ou la traite d’esclaves. Ces règles, issues du droit coutumier*, s’imposent pourtant à tous les États.

Cette séquence historique nous montre que la mer devient un terrain de lutte, contre le projet colonial d’Israël mais c’est aussi le cas pour d’autres combats. Ce 5 octobre 2025, six femmes activistes prendront la mer en symbole pour aller à la COP 30* à Bélem au Brésil. Elles y défendront la lutte environnementale et sociale. Elles expliquent vouloir faire de cette traversée « un acte de résistance, une déclaration politique et un espace de sororité ». Elles ont pour but de maintenir la pression sur les chefs d’état pour qu’ils diminuent effectivement leurs émissions de gaz à effets de serre lors de cette COP, où de nombreux lobbys du gaz, pétrole et charbon seront présents. Elles appellent à visibiliser leur action et à contribuer financièrement au projet. 

La lutte décoloniale contre le génocide et la lutte écologiste contre les lobbys industriels occupent ainsi un certain espace maritime. Ces combats se rejoignent. L’écologie n’a pas de sens sans justice sociale, et la décolonisation ne peut s’envisager sans la défense des territoires et des vivants. En Palestine, Israël a par exemple planté des forêts artificielles sur les ruines de villages détruits pour effacer leur mémoire, utilisant des espèces non adaptées qui, loin de protéger la terre, ont alimenté des incendies dévastateurs. Planter des arbres pour étouffer les voix palestiniennes : un camouflage vert au service du projet colonial.

En Europe, les mobilisations s’organisent aussi sur terre. Des collectifs étudiants en Allemagne, aux Pays-bas, en Belgique et en France affirment qu’ils arrêteront les cours ou bloqueront leur campus si une flottille est arrêtée par Israël.  Les activistes belges et français·es appellent à interpeller Maxime Prévot mais aussi Bart De Wever, premier ministre de la Blegique et Emmanuel Macron, président de la France, pour la protection de leur concitoyen·nes à bord. 

À Bruxelles, des rassemblements ont toujours lieu à Bourse, tous les jours à 19h, contre le génocide et en soutien au peuple palestinien. 

Légende : 

*Droit coutumier: Le droit coutumier est l’ensemble des règles juridiques qui ne sont pas écrites dans une loi, mais qui se forment à partir des usages, des pratiques répétées et reconnues comme obligatoires par une communauté.

* COP 30 : Il s’agit de la 30ème conférence des Nations Unies pour le climat. Cette année, elle a lieu à Bélem, au Brésil, du 10 novembre au 21 novembre 2025. Le but affiché de cette conférence est de discuter des enjeux autour du changement climatique et d’actions pour limiter l’augmentation générale de la température. La COP est toutefois controversée pour la présence de lobbys industriels qui essaient de limiter les mesures environnementales pour qu’elles n’affectent pas leur activité ou encore pour le greenwashing de certaines politiques. 

Sources : 

https://freedomflotilla.org/

https://blogs.mediapart.fr/haibaus/blog/010525/jerusalem-les-pins-de-l-oubli-s-embrasent-un-crime-vert-refait-surface

https://www.rtbf.be/article/les-ressortissants-belges-a-bord-de-la-flottille-pour-gaza-s-exposent-a-des-risques-inutiles-previent-le-ministre-maxime-prevot-11606790