
À l’ULB, la polémique autour de la “Promotion Rima Hassan” prend des allures de bras de fer idéologique et donne une plateforme à l’extrême droite. Depuis que les étudiants de Master 2 en Droit et Criminologie ont choisi, en juin dernier, de donner le nom de l’eurodéputée Rima Hassan à leur promotion 2025, ils subissent des pressions politiques, médiatiques et institutionnelles d’une intensité inédite.
La polémique construite de toute pièce par l’indignation de personnalités politiques et médiatiques racistes prend plus place dans l’actualité belge que la famine organisée par l’Etat colonial israélien à Gaza. Cette polémique à une allure de contre-feu médiatique : pendant qu’en Palestine, Israël continue son opération génocidaire avec la complicité de la Belgique, ici on dirige l’attention médiatique sur le nom donné à une promotion dans une université. Rima Hassan. Simplement parce qu’elle est une femme, palestinienne, arabe, parce qu’elle soutient la libération de son peuple. Il n’y a rien d’autre que le racisme et l’islamophobie derrière cette histoire.
Rima Hassan est une réfugiée palestinienne, juriste, militante des droits humains et eurodéputée (LFI), elle est engagée depuis de nombreuses années pour la défense des Palestinien.nes et leurs droits.
Pour rappel, l’ULB avait contesté la méthodologie du 1er vote démocratique des étudiant.es, poussant la faculté à organiser un nouveau vote avec un cadre plus stricte, où à nouveau le nom de Rima Hassan a été désignée. La droite et l’extrême droite s’en sont tout de suite emparées pour en faire un symbole de ce qu’elles dénoncent comme une “radicalisation” des universités. La soi-disante « radicalisation » qui est agitée en permanence par les politiques pour créer la panique, est le véritable pied de biche des politiques islamophobes.
Ainsi, des figures politiques nationales ont pris la parole pour mettre publiquement les étudiant·es sous pression. Ils et elles ont trouvé dans ce choix un prétexte pour lancer une offensive politique visant à faire taire les voix pro-palestiniennes sur les campus belges et à intimider les étudiant.es qui osent afficher leur solidarité.
Il s’agit bien de comprendre, que ce qu’il y a d’insupportable pour la droite et l’extrême droite belge, c’est bien que des étudiant.es manifestent leur soutien à la Palestine, s’opposent à la politique coloniale et génocidaire israélienne, et de surcroit choisissent comme symbole de cette lutte, une femme, juriste, palestinienne.
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a critiqué publiquement la décision, insinuant qu’elle constituait une provocation politique. Mais le franchissement le plus grave est venu d’Alain Destexhe : sur X (ex-Twitter), le politicien d’extrême droite, a publié une liste de noms d’étudiant·es à consonances “arabo-musulmanes”, supposés avoir voté pour ce choix. Une pratique qui rappelle les pires chasses aux sorcières de l’histoire : fichage, stigmatisation et désignation publique de jeunes citoyen·nes pour leurs convictions ou leurs origines réelles ou supposées.

Cette pratique évoque les listes noires du maccarthysme dans l’Amérique des années 1950, où des milliers de personnes étaient fichées et privées de carrière pour leurs convictions politiques supposées. Elle rappelle aussi, plus tragiquement encore, les fichages ethniques sous le régime de Vichy, où des citoyens étaient recensés et stigmatisés pour leurs patronymes “étrangers” ou “non conformes”. Dans les deux cas, le mécanisme est le même : réduire un individu à un nom et faire de ce nom une preuve à charge. C’est là tout le problème : ce fichage n’est pas neutre, il est inquiétant. Il s’inscrit dans un climat où les personnes perçues comme “arabes” ou “musulmanes” sont régulièrement soupçonnées de “radicalisme”. En publiant ces noms, Destexhe désigne implicitement ces étudiant·es comme suspects, comme “problématiques”, comme de potentiels ennemis de l’intérieur. C’est un procédé profondément raciste.
» Depuis plusieurs jours, de nombreuses menaces et intimidations (“ça va saigner”) circulent sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à appeler au fichage des étudiant.e.s ayant voté pour le nom de Rima, et à manifester contre ce choix. Certain.e.s incitant à la discrimination professionnelle, en affirmant qu’il faudrait « publier nos noms et tuer nos carrières d’emblée ». Hier, une liste a été diffusée, ciblant des étudiant.e.s dont le nom est à consonance arabe, afin de « justifier » le fait que Rima Hassan ait été choisie. Une telle pratique, constitue non seulement une violation flagrante du RGPD, mais participe également à la stigmatisation d’une partie de la communauté universitaire. C’est inacceptable, nous ne manquerons pas d’y donner les suites qui conviennent et attendons des autorités académiques qu’elles prennent les mesures nécessaires pour protéger leurs étudiant.e.s de ces attaques. » lettre ouverte de la promotion

Ces attaques n’ont pas été sans conséquences sur le quotidien des étudiant.es concerné.es. Beaucoup d’entre elles et eux disent craindre pour leur réputation. Certains redoutent des impacts futurs sur leurs stages, leurs carrières et même leur sécurité personnelle.
Un membre de la promotion 2025 témoigne sous couvert d’anonymat : “Nous avons reçu des messages de menaces. Certains se demandent s’ils doivent supprimer leurs réseaux sociaux ou retirer leur nom de certains groupes. On se sent surveillés, traqués. L’université, censée être un espace d’émancipation intellectuelle, est devenue un terrain d’intimidation.”
« Certain.e.s étudiant.e.s redoutent désormais de se présenter à la proclamation, et craignent de voir leur avenir professionnel compromis » lettre ouverte de la promotion
Malgré ce climat de peur, les étudiants restent déterminés : “Nous ne céderons pas. Ce choix est légitime, démocratique et conforme aux valeurs de l’ULB. Nous ferons respecter notre droit et notre voix”, affirme une représentante du Bureau Étudiant
La situation est d’autant plus inquiétante que cette attaque s’inscrit dans un contexte politique où les voix pro-palestiniennes sont de plus en plus criminalisées et où les discours islamophobes se banalisent. Ce n’est pas un hasard si des étudiant·es portant des noms perçus comme “arabes” ont été les premier·ères exposé·es : ils et elles incarnent, aux yeux de certains, une double transgression : défendre les droits des Palestiniens et exister, dans l’espace public, avec un nom qui rappelle une identité minoritaire.
Dans un communiqué commun, les étudiant.es appellent l’ULB à prendre position : “Nous demandons à l’université un soutien clair et sans ambiguïté. L’ULB doit rester un espace où les étudiant·es peuvent exprimer leurs convictions sans crainte de représailles, d’humiliation publique ou de fichage ethnique.”
« Choisir le nom de Rima Hassan permet non seulement de mettre en avant la lutte palestinienne, mais également toutes les autres luttes et peuples opprimés dans le monde. Ce choix a été fait pour démontrer que le droit international doit primer et ne jamais faiblir, peu importe la situation ou les attaques contre celui-ci. Les menaces dont nous faisons l’objet révèlent que le débat dépasse largement le simple choix d’un nom de promotion : elles mettent en lumière un climat de racisme et d’islamophobie banalisé. Nous demandons que l’ULB garantisse notre choix démocratique et nous soutienne.
Nous souhaitons que la polémique provoquée par le nom de Rima Hassan serve surtout à dénoncer les conditions de vie inhumaines des palestinien.ne.s. Nous invitons les personnes qui se sont exprimées à utiliser leur voix pour faire pression sur les instances qui sont en mesure d’apporter des solutions concrètes à l’intention génocidaire en Palestine, constatée par un consensus juridique international. Notre combat est et restera le respect du droit et de la démocratie ; rien ne justifie la haine que nous recevons. » lettre ouverte de la promotion
Car au-delà du nom de Rima Hassan, ce qui se joue ici est fondamental : l’indépendance des universités, la protection des étudiant·es et le refus de laisser les acteurs politiques extérieurs dicter la parole académique. Si l’ULB cède aux pressions, elle renie ses propres valeurs de libre examen et de liberté intellectuelle.
Lettre ouverte – Choix du nom de la promotion 2024-2025 des étudiant.e.s en droit
Chaque année, depuis 2018, les étudiant.e.s de l’ULB sont invité.e.s à choisir le nom d’une personnalité pour représenter leur promotion. Parmi plusieurs noms proposés, celui de Rima Hassan a, lors du premier tour, suscité des réactions et la rédaction d’une pétition signée par plus de 1000 personnes. Suite à des difficultés techniques, la faculté de droit a décidé d’organiser elle-même le vote, en le réservant aux futur.e.s diplômé.e.s et en le précédant d’un débat. À l’issue de ce nouveau tour, la majorité des étudiant.e.s a choisi d’élire le nom de Rima Hassan, résultat qui n’a pas encore été annoncé aux étudiant.e.s concerné.e.s. Mais ce résultat a surtout provoqué un déferlement de protestations aussi hostiles que haineuses, confisquant notre parole et avançant des accusations allant de l’islamisme politique au soutien du terrorisme.
Ces propos, tant par leur violence que par leur tromperie, sont injustifiables. Prétendre aujourd’hui que notre choix trahirait les principes de notre université ainsi que ceux du droit, au-delà du mensonge, s’oppose à son identité même : notre Alma Mater est riche d’une tradition militante et d’une pratique juridique qui s’est distinguée lors de tournants historiques. Le libre examen n’est pas neutre, c’est un idéal d’action et d’engagement contre les oppressions et les dominations. Lorsque par exemple, la révolution algérienne éclate et brise le colonialisme français ; ce sont de jeunes juristes formé.e.s à l’ULB comme Roger Lallemand qui prennent la toge et font leurs armes en défendant des indépendantistes algérien.ne.s. Alors même qu’une certaine opinion réduisait leur cause à du terrorisme.
Pour les raisons évoquées, nous rejetons fermement les pressions exercées sur les étudiant.e.s depuis l’annonce du choix de Rima Hassan comme nom de promotion. Depuis plusieurs jours, de nombreuses menaces et intimidations (“ça va saigner”) circulent sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à appeler au fichage des étudiant.e.s ayant voté pour le nom de Rima, et à manifester contre ce choix. Certain.e.s incitant à la discrimination professionnelle, en affirmant qu’il faudrait « publier nos noms et tuer nos carrières d’emblée ». Hier, une liste a été diffusée, ciblant des étudiant.e.s dont le nom est à consonance arabe, afin de « justifier » le fait que Rima Hassan ait été choisie. Une telle pratique, constitue non seulement une violation flagrante du RGPD, mais participe également à la stigmatisation d’une partie de la communauté universitaire. C’est inacceptable, nous ne manquerons pas d’y donner les suites qui conviennent et attendons des autorités académiques qu’elles prennent les mesures nécessaires pour protéger leurs étudiant.e.s de ces attaques.
Ces menaces et ces intimidations nourrissent un climat de peur et de sidération partagé par l’ensemble des étudiant.e.s. Certain.e.s étudiant.e.s redoutent désormais de se présenter à la proclamation, et craignent de voir leur avenir professionnel compromis. Cette violence et cette haine ne devraient pas avoir leur place dans une société démocratique et garante de la liberté d’expression.
Notre volonté était, et demeure, de porter la voix du peuple palestinien, de réaffirmer leur droit à l’autodétermination et de dénoncer l’intention génocidaire en cours. Ce combat ne porte aucune couleur partisane : c’est un engagement humain fondé sur des valeurs universelles de justice et de liberté qui découlent des enseignements de nos cinq années d’études. Nous rejetons tout propos nous attribuant de l’ignorance, de la naïveté, de l’islamisme et de l’antisémitisme politique. Nous condamnons catégoriquement ces attaques diffamatoires et méprisantes.
Choisir le nom de Rima Hassan permet non seulement de mettre en avant la lutte palestinienne, mais également toutes les autres luttes et peuples opprimés dans le monde. Ce choix a été fait pour démontrer que le droit international doit primer et ne jamais faiblir, peu importe la situation ou les attaques contre celui-ci.Nous rejetons fermement les pressions, menaces et propos racistes relayés sur les réseaux sociaux à l’égard d’étudiant.e.s. Nous sommes sidéré.e.s par la violence des propos et amalgames véhiculés par des personnalités publiques et membres de la communauté académique à l’égard d’étudiant.e.s fraîchement diplômé.e.s. Les menaces dont nous faisons l’objet révèlent que le débat dépasse largement le simple choix d’un nom de promotion : elles mettent en lumière un climat de racisme et d’islamophobie banalisé. Nous demandons que l’ULB garantisse notre choix démocratique et nous soutienne.
Nous souhaitons que la polémique provoquée par le nom de Rima Hassan serve surtout à dénoncer les conditions de vie inhumaines des palestinien.ne.s. Nous invitons les personnes qui se sont exprimées à utiliser leur voix pour faire pression sur les instances qui sont en mesure d’apporter des solutions concrètes à l’intention génocidaire en Palestine, constatée par un consensus juridique international. Notre combat est et restera le respect du droit et de la démocratie ; rien ne justifie la haine que nous recevons.
La promotion 2024-2025 de la faculté de droit et de criminologie de l’ULB.
