Le 18 mai 2025 avait lieu la Pride à Bruxelles. Cet évènement, institutionnalisé par la Ville de Bruxelles, réunit chaque année des dizaines de milliers de personnes, ce qui en fait un des évènements les plus lucratifs pour Bruxelles. Pour dénoncer la récupération politique de la Pride, qui est historiquement un moment de lutte de la communauté queer et LGBTQ+, une action a été menée contre les chars de partis de la NV-A et du MR, qui portent des politiques anti-LGTBQ et anti-féministes.
L’action a été revendiquée par un collectif Queer antifasciste. Deux personnes ont été arrêtées judiciairement à l’issue de l’action. Depuis, ces dernières dénoncent un acharnement judiciaire.
Une action ciblée contre l’institutionnalisation de la Pride et les politiques LGBTQphobes du MR et de la NV-A :

L’action qui a eu lieu vers 17h et près de la place de la Monnaie, visait à bloquer deux chars des partis du gouvernement via une contre-manifestation au sein de la parade. Des personnes ont spontanément rejoint le blocage et la contre-manifestation, générant un attroupement d’une centaine de personnes autour des chars. Plusieurs jets de peinture ont eu lieu contre le char de la NV-A. Les forces de l’ordre sont alors durement intervenues, en nassant le groupe de contre-manifestant·es.
Dans un communiqué, le collectif Queer antifasciste explique son action :
« À l’origine […], la Pride était une émeute dénonçant les violences policières. C’était en 1969. Il s’agissait d’une révolte contre un système oppresseur et violent, qui marginalisait les communautés LGBT (entre autres), rappellent les activistes. En 1990, en Belgique, le VIH faisait encore des ravages et la Pride n’avait rien de festif soulignent iels encore.«

« Si les conditions de vie des personnes LGBT ont évolué positivement depuis lors, les reculs des droits enregistrés dans plusieurs pays et la diffusion des discours LGBTphobes sur les réseaux et dans les sphères politiques inquiètent. Pour les activistes mobilisé·es ce 17 mai, cela rend ces récupérations de la Pride d’autant plus intolérables. »
« [Les militant·es] estiment que la présence de partis politiques, tels que le MR et la NV-A constitue une insulte pour les communautés et les personnes qui souffrent directement de ces discriminations et des violences qu’elles engendrent. En 2024, 136 personnes LGBT ont été discriminées ou violentées en Belgique. Officiellement, car selon une étude européenne (2), en Belgique seules 14% des victimes portent plainte. Ces partis promeuvent des discours voire des lois contre les droits des personnes trans, les travailleur·euses du sexe, sans parler des personnes migrantes ou des allocataires sociaux, dénoncent les auteur·ices des actions. »
« [Les militant·es] estiment nécessaire de rappeler qu’encore aujourd’hui la Pride est une lutte et pas une fête, contre un système toujours oppresseur. »
Nous avons pu entrer en contact avec une des personnes arrêtées lors de cette action. Cette personne, qui a été détenue judiciairement 27 heures, nous a expliqué son arrestation et sa détention. Au moment de l’action, alors que la police nassait violemment le groupe de contre-manifestant·es, elle se faisait arrêter, un responsable de forces de l’ordre est arrivé en hurlant sur ses policiers « On avait dit pas aujourd’hui ! »
Récit de son arrestation depuis son témoignage :

« J’avais jeté de la peinture sur les chars. J’ai été spotté par des policiers et j’ai commencé à courir. 4 policiers en vélo sont arrivés et m’ont balayé. Quand j’étais au sol pour m’immobiliser ils m’ont mis un genou sur la tête. J’étais coopératif. Après m’avoir relevé et pendant qu’ils me contrôlaient sur le côté un des flics m’a dit« Tu sais ce que c’est de manifester contre des gens pas d’accord ? C’est comme la dictature en 40-45.« »
La personne arrêtée a ensuite été transférée à la garde zonale fédérale, située rue Royale avec une autre personne accusée elle d’un jet de bouteille. Selon son témoignage, le commissariat était tellement rempli de personnes arrêtées, que les deux personnes arrêtées en marge de l’action contre les chars sont restées 2 heures assises en califourchon dans un couloir, avant d’être transférées dans des cellules.
La personne témoin nous a expliqué avoir subi des intimidations de la part des forces de l’ordre, en particulier car elle ne souhaitait pas donner son identité. Des policiers la menaçaient en lui expliquant que, si elle ne donnait pas son identité, elle serait incarcérée dans un centre fermé. Au sein du commissariat, elle dénonce également un traitement différencié et raciste des personnes arrêtées par les agents de police.
A 18h06, soit près d’une heure après leur arrestation, les personnes arrêtées ont été informées que leur arrestation « passait en judiciaire« .
« Les policiers me mettaient la pression pour que je donne mon identité. Je voulais pas, je voulais attendre mon avocat. Ils me menaçaient de m’envoyer en centre fermé. »
« Quand on était dans le hall, on voyait des personnes arrêtées défilées. Un moment, 3 camarades palestiniens qui avaient été arrêtés à la Bourse sont passés. On a pu voir la différence de traitement. Les flics leur faisaient des remarques racistes. En particulier, une flic, qui arrêtait pas de répéter en les regardant « J’ai envie de les frapper« . Elle leur parlait exprès en français, alors qu’elle savait qu’ils ne comprenaient pas. Puis elle disait des trucs genre « quand c’est pour crier tout le monde déteste la police, là vous savez parler français. « Tous les flics qui passaient faisaient leur petite remarque raciste.«
De la menace à la procédure d’incarcération en centre fermé :
Tard dans la nuit au commissariat botanique, notre témoin explique avoir reçu un papier lui signalant son transfert en centre fermé :
« Vers 4h du matin, je reçois en cellule un papier qui me dit que je vais être transféré·e au centre fermé de Vottem. C’est plus une menace, je reçois un document signé qui m’explique mon transfert le lendemain. Le fait que je ne leur ai pas donné mon identité les a vraiment énervés. Ils m’humiliaient, par exemple quand je voulais aller aux toilettes, ils ne fermaient pas la porte et me fixaient. »
« Après avoir reçu le papier qui m’indiquait que j’allais être transféré·e en centre fermé, j’ai donné mon identité. Quand j’ai été interrogé·e un peu plus tard dans la nuit et en présence de mon avocat, les policiers mentaient en expliquant que j’avais détruit le char, que ça avait provoqué des milliers d’euros d’amende et que j’allais devoir payer. Durant mon interrogatoire, j’avais assumé d’avoir jeté de la peinture mais pas d’avoir endommagé le char. Les policiers n’ont pas noté mes déclarations dans le PV. C’est mon avocat qui a dû leur faire remarquer pour qu’ils les notent bien.«
« Vers 7h du matin, on nous a transféré vers les casernes d’Etterbeek. Les flics qui nous ont transféré, c’était des cow-boys. Ils sont venus taper sur les grilles pour nous réveiller en disant « Alors c’est pas la colonie de vacances ici« . On a été transféré avec d’autres personnes. Il faisait 10 degrés, on était en T-shirt, on avait froid. On a demandé pour pouvoir mettre un pull et on s’est fait insulter par des policiers. Ils ont mis une claque à un autre détenu qui n’était pas blanc. Moi j’ai rien eu car j’étais blanc·he.«
Il est à noter que, début avril, un demandeur d’asile palestinien avait été illégalement envoyé dans un centre fermé après une arrestation judiciaire lors d’un rassemblement à Bourse. Il avait été libéré 2 jours après son arrestation, suite à la mobilisation de soutiens et de son avocate. L’administration compétente avait expliqué son incarcération comme étant une « erreur », il avait été libéré après une nuit passée au centre fermé et une nuit dans une cellule de commissariat.
La personne arrếtée qui nous a témoigné son arrestation explique que le traitement raciste a continué lors des mises en cellule aux casernes de la police fédérale à Etterbeek « Quand on a été mis·es en cellule à Etterbeek, la police a mis toutes les personnes non-blanches ensembles dans une cellule dans le noir et sans chauffage. Moi j’étais avec l’autre personne qui avait été arrêtée, on est toutes les deux blanches, et on avait du chauffage et de la lumière dans notre cellule.«
« Vers 13h, ils nous ont retransféré·es vers Botanique. On a été informé·es qu’on allait passer devant le tribunal de 1ere instance. A 17h30, ça faisait 24h qu’on était détenu.es. Le procureur a demandé à ce qu’on soit transféré.es au palais de justice, où on a été mis.es en cellule. »
« Les flics nous disaient qu’on allait aller en prison. Nous on dit qu’on veut des avocats pour passer devant le procureur. 1 heure après qu’on ait exprimé notre souhait d’avoir des avocats, le « responsable » des détenus est revenu en nous hurlant dessus en nous demandant si on avait vraiment besoin d’avocat ? Il nous mettait la pression pour qu’on dise qu’on en veuille pas. Il disait, si tu changes pas d’avis, ça va mettre en rogne le procureur, c’est mauvais pour toi. On a craqué et on a dit qu’on voulait plus d’avocat.«
« Quand je suis passé·e devant la procureur le climat a changé. Elle m’explique qu’elle va pas retenir de charge contre moi, malgré la « gravité des faits », qu’elle abandonne temporairement les poursuites. Elle m’a expliqué que j’étais à deux doigts de passer devant le tribunal car on s’en était pris au char de la NV-A. Elle m’a dit « Vous avez attaqué le gouvernement, le parti du 1er ministre, si c’était un autre parti, cela aurait été moins grave. A 19h30 on est enfin sorti.es du palais de Justice.«
Les deux personnes arrêtées lors de la Pride ont été libérées après 27 heures de détention.
Pour la personne dont nous avons récolté le témoignage l’intention policière et judiciaire était de faire un exemple: « Il n’y avait aucune raison de nous garder plus de 24h.« Selon elle, une fois identifiée et après l’interrogatoire, il n’y avait plus de raison de les maintenir détenues.
L’intention était de montrer un exemple de répression, appliquée aux personnes qui s’opposent aux partis du gouvernement, à leurs politiques ainsi qu’à leurs instrumentalisations de moment de lutte.

