Theo Francken : Une Belgique sous le règne de la sur militarisation et des lobbys d’armes

   

Depuis son arrivée au ministère de la Défense, Theo Francken (N-VA) semble déterminé à faire basculer la Belgique dans une ère de militarisation extrême. Derrière son discours alarmiste sur une supposée menace imminente, il construit une politique qui repose sur des investissements massifs dans l’armement, une logique militariste inquiétante et une transformation radicale de la stratégie de la Défense. Son plan : Développer un complexe militaro-industriel en Belgique, financé avec l’argent des contribuables, tout en alignant le pays sur des politiques sécuritaires agressives dictées par l’OTAN et les marchands d’armes.

Militaires sur la grand place de Bruxelles.

Un budget militaire démesuré

L’élément central de cette transformation est l’augmentation sans précédent du budget militaire. La Belgique, qui n’a jamais été un pays à tradition militariste, voit son budget de la Défense exploser sous l’impulsion de Francken. Un milliard d’euros supplémentaire par an jusqu’en 2029.

Pendant que le gouvernement serre la ceinture sur les pensions et la sécurité sociale, Francken, lui, déverse des milliards dans l’industrie de l’armement, justifiant cette frénésie par un soi-disant « besoin de protection ». L’objectif affiché est d’atteindre 2 % du PIB pour l’armée, mais Francken n’exclut pas d’aller au-delà, emboîtant le pas aux États-Unis et à l’OTAN, renforçant l’idée que la Belgique doit s’aligner sur les stratégies les plus agressives des intérêts impérialistes.

Dans cette logique, il a annoncé la création d’un service militaire volontaire de 12 mois, destiné aux jeunes de 18 à 25 ans, qui seront rémunérés environ 2.000 euros nets par mois pour intégrer les rangs de l’armée. Présenté comme une opportunité pour la jeunesse, ce programme n’est qu’un moyen supplémentaire de gonfler les effectifs militaires tout en normalisant une militarisation croissante de la société. Pour s’assurer du succès de l’opération, Francken prévoit d’envoyer en novembre une lettre aux 120.000 jeunes de 18 ans, les incitant à passer des tests physiques et psychologiques avant un éventuel engagement en septembre 2026.

Pendant ce temps, les coupes budgétaires pleuvent sur les services publics et la protection sociale Au lieu d’allouer des ressources aux besoins réels – climat, éducation, hôpitaux sous-financés par exemple – le gouvernement De Wever préfère déverser l’argent des Belges dans des armes, des avions de combat et des bases militaires.

Dans un article du journal L’Echo, souvent très proche de la bourgeoise belge, un patron explique comment il analyse la future politique budgétaire du gouvernement Arizona « A part le secteur de la Défense où il y a volonté très clair d’investir, il restera très peu de marge de manoeuvre pour investir ailleurs. »* Comprenons ceci : la droite et l’extrême droite s’appliquent à décortiquer ce qu’il reste aujourd’hui de la sécurité sociale, de la santé, des services publiques, réellement nécessaire pour investir dans la Défense.


Manifestation des travailleur•ses de chez Audi contre la fermeture de l’usine.

L’usine Audi transformée en « usine de guerre »

L’un des projets les plus surréalistes et inquiétants du ministre est la conversion de l’usine Audi de Bruxelles en une usine d’armement. Selon lui, l’industrie militaire est la clé de l’avenir économique belge, et il propose donc d’utiliser des infrastructures civiles modernes pour la production de munitions, de véhicules militaires et potentiellement d’armes lourdes. Un argument qui masque à peine la volonté de renforcer l’influence des grands groupes d’armement en Belgique. Ce projet s’inscrit dans une tendance internationale où des industries civiles sont progressivement absorbées par le complexe militaro-industriel, verrouillant encore davantage les économies nationales dans une dépendance à la guerre et à la fabrication d’armes. Derrière cette initiative, Francken veut faire de la Belgique un centre névralgique de la production d’armement en Europe, attirant des entreprises comme Rheinmetall et d’autres géants du secteur.

Le fantasme absurde du « Dôme de fer »

« Dôme de fer » en Palestine occupée.

Autre lubie du ministre: la mise en place d’un système de défense antiaérienne inspiré du « Dôme de fer » israélien. Mais derrière l’argument sécuritaire se cache une aberration stratégique et financière. Ce projet est un gouffre financier qui n’a aucun sens pour un pays comme la Belgique.

En effet, installer un tel dispositif nécessiterait plusieurs milliards d’euros d’investissement, sans compter un coût opérationnel exorbitant, chaque interception pouvant atteindre 100 000 euros. Sommes-nous réellement sous la menace de frappes aériennes massives ? Francken tente de vendre une peur irrationnelle pour justifier des investissements colossaux. Ensuite, un tel système nécessiterait une coopération avec des pays voisins comme les Pays-Bas et le Luxembourg, eux-mêmes peu enthousiastes. Cette volonté d’installer un bouclier antimissile semble avant tout répondre à une obsession idéologique : celle d’ancrer encore plus la Belgique dans une logique de guerre perpétuelle, où la Défense ne se pense plus en termes de dissuasion, mais comme un impératif de domination militaire.

Ce projet hypothétique créerait également une dépendance technologique, car la Belgique ne possède pas l’expertise pour développer un tel système seule et serait donc contrainte d’acheter un dispositif clé en main aux États-Unis ou à Israël. Et tout cela parce que Francken rêve d’un jouet militaire ruineux…..

À cette militarisation de l’industrie s’ajoute un discours ouvertement interventionniste. Francken ne se contente pas d’armer la Belgique, il veut également engager le pays dans des conflits extérieurs. Il a récemment déclaré qu’il n’excluait pas d’envoyer des soldats belges en Ukraine pour « sécuriser un cessez-le-feu » si la Russie signait un accord de paix. Une déclaration qui mettrait la Belgique en première ligne dans un conflit géopolitique majeur et risquerait d’entraîner le pays dans une escalade militaire aux conséquences imprévisibles.

Cette surenchère s’inscrit dans une tendance plus large imposée par les États-Unis à leurs alliés au sein de l’OTAN. Depuis le sommet de l’Alliance au Pays de Galles en 2014, Washington exige que chaque État membre consacre au moins 2 % de son PIB aux dépenses militaires. Sous la pression des administrations américaines successives, et plus particulièrement sous Donald Trump, cette obligation est devenue un instrument de chantage politique, avec la menace implicite d’un retrait du soutien militaire américain en cas de non-respect. Aujourd’hui, plus des deux tiers des membres de l’OTAN atteignent ce seuil, signe d’une normalisation de l’inflation des budgets militaires au détriment d’autres priorités sociales et économiques. La Belgique, sous l’impulsion de figures comme Francken, suit cette dynamique en engageant des ressources considérables dans une course aux armements dictée par des impératifs américains et impérialistes.

Théo Francken et le secrétaire de La Défense états-uniens.

Derrière ces décisions se cache une vision idéologique claire : Francken veut faire de la Belgique un État ultra-militarisé, aligné sur les stratégies agressives et impérialistes de l’OTAN et des États-Unis. Sa rhétorique anxiogène complètement fabriquée sert de prétexte pour justifier une augmentation démesurée des dépenses militaires. Son programme repose sur une logique de surenchère budgétaire et de paranoïa sécuritaire, où chaque euro dépensé dans la défense est justifié par une menace hypothétique et complètement fabriquée. Mais cela créerait forcément un déséquilibre budgétaire majeur, car la Belgique n’a pas les moyens d’investir autant dans l’armement sans sacrifier d’autres secteurs essentiels, dont dépendent directement nos vies.

Légende : *Jean-Pol Boone, dans L’Echo.

Sources :

7sur7. « Theo Francken: ‘Si on pouvait avoir un Dôme de fer comme en Israël, ce serait magnifique.’ » https://www.7sur7.be/belgique/theo-francken-si-on-pouvait-avoir-un-dome-de-fer-comme-en-israel-ce-serait-magnifique~a29610b6/.

DHnet. « Transformer le site d’Audi Forest en une usine de guerre? Le projet fou de Theo Francken: ‘Ce serait magnifique.’ » https://www.dhnet.be/actu/belgique/2025/02/13/transformer-le-site-daudi-forest-en-une-usine-de-guerre-le-projet-fou-de-theo-francken-ce-serait-magnifique-JXRLLQJTFZENFLHYKHC5KUUJVM/.

Euractiv France. « La République tchèque atteint l’objectif de l’OTAN de 2 % du PIB pour ses dépenses de défense. » , 19 févr. 2024, https://www.euractiv.fr/section/defense/news/la-republique-tcheque-atteint-lobjectif-de-lotan-de-2-du-pib-pour-ses-depenses-de-defense/.

Visegrád 24. « Theo Francken proposes sending Belgian troops to Ukraine. » X (Twitter) https://x.com/visegrad24/status/1890355146049106429.

L’Écho. « Francken veut envoyer des soldats belges en Ukraine. » https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/federal/francken-veut-envoyer-des-soldats-belges-en-ukraine/10587851.html.

Le Soir. « Une ‘victoire pour Poutine’? Theo Francken réagit au plan de paix en Ukraine. » https://www.lesoir.be/654991/article/2025-02-12/une-victoire-pour-poutine-theo-francken-reagit-au-plan-de-paix-en-ukraine.

Le Soir. « Guerre en Ukraine: Francken souhaite se rendre rapidement à Kiev avec Bart De Wever. » https://www.lesoir.be/654870/article/2025-02-12/guerre-en-ukraine-francken-souhaite-se-rendre-rapidement-kiev-avec-bart-de-wever.