Le logement social est souvent présenté comme étant déficitaire à Bruxelles. Bien que faible, celui-ci tient une importance capitale tant ce produit immobilier est un des seuls à répondre à un réel besoin. Les logements sociaux représentent un rempart fort face à la gentrification et la spéculation immobilière dans la mesure où ils sont un bien qui a par essence une vocation sociale, directement tournée vers les besoins des habitant·es.
Si, aujourd’hui, 55 000 ménages sont dans l’attente d’un logement social à Bruxelles, c’est à cause de situations comme celles des 5 blocs du Rempart des Moines où les politiques privilégient l’embourgeoisement de quartiers populaires à la construction de logements sociaux.
Le droit à un logement social et le manque de celui-ci s’explique par différents enjeux historiques et actuels. Pour saisir les enjeux de la question en profondeur, nous allons commencer par le définir, avant de le mettre dans le contexte historique du logement en Belgique.
Quartier des 5 blocks, Rempart des Moines. Crédit photo : Lydie Nesvadba →

Nous aborderons ensuite la question du logement vide et, pour finir, nous analyserons l’exemple du quartier des 5 blocs qui est un cas révélateur de la fabrique de la « mixité sociale » aux yeux des politiques de gentrification.
Comment avoir accès à un logement social aujourd’hui et quels sont ses avantages ?
Les logements sociaux sont une solution d’habitation pour les personnes qui touchent de faibles à très faibles revenus. Dans le cadre de Bruxelles, c’est la société du logement de la région Bruxelloise (SLRB) qui se charge d’examiner et de traiter toute demande de logement social. Le type de logement octroyé est déterminé en fonction de la composition des ménages et est loué à un tarif préférentiel1.
Le logement public neutre permet l’attribution d’un logement bon marché à une personne sans considération d’origine, de genre ou de situation familiale, ne laissant pas au propriétaire d’un bien immobilier le pouvoir de décision de son/sa locataire en fonction de ses intérêts économiques et de ses valeurs propres. De plus, l’usage du loyer perçu par la location d’un logement public n’est pas laissé dans les mains d’un propriétaire quelconque, celui-ci permettra en théorie d’améliorer les conditions de logement des personnes qui y habitent tout en étant un rempart face à la spéculation immobilière dans la mesure où les prix de celui-ci ne varient pas.
Pour résumer, la grande force du logement social est de proposer une solution qui permet de palier à toute forme de concurrence immobilière entre classes sociales, dans une logique capitaliste du marché où des classes sociales économiquement favorisées tireront systématiquement un avantage sur les groupes sociaux plus précaires et donc « dépassés » par les lois du marché immobilier.
Analyse historique autour du logement social en Belgique
De nombreuses sources prétendent que Bruxelles est une des pires villes d’Europe en termes d’équipement en logements sociaux. Cette affirmation est en partie vraie mais est à prendre avec des pincettes.
En effet, si aujourd’hui le logement public est insuffisant dans notre ville, c’est avant tout dû à des politiques néo-libérales qui priorisaient l’accès à la propriété privée de logements uniques depuis les années 1960 et qui ne voyaient pas une nécessité dans la construction de logements publics. De plus, il semble complexe d’estimer des ordres de comparaisons en therme d’équipement de logements sociaux entre différentes villes étant donné que la demande varie drastiquement entre celles-ci.
Prenons l’exemple de villes françaises comme Paris qui sont bien plus équipées en termes de logements sociaux que Bruxelles mais dont des modèles sont drastiquement opposés. Paris et toute une série des grandes métropoles françaises comme Lyon ou Marseille sont des villes où le modèle des grands ensembles a été produit en masse dans la période d’après-guerre. Il y avait à l’époque une nécessité de rebâtir les grandes villes après les dégâts causés par la seconde guerre mondiale et ce modèle, basé sur la construction de grands immeubles en banlieue s’est alors posé comme étant la solution la plus rapide, abordable et pouvant loger le plus de personnes dans un espace réduit.
Le modèle tourné autour des grands ensembles a donc permis de « massifier » le logement social mais au détriment de toute une série de facteurs relatifs aux moyens de vivre d’un habitat quelquonque. En effet, ceux-ci ont été amplement critiqués par la suite tant ils étaient essentiellement basés dans les périphéries de grandes villes françaises, poussant les personnes et familles qui y habitent vers une situation d’isolement social et financier vis-à-vis des centres urbains.
A l’inverse, dans la période d’après-guerre, la Belgique a quant à elle opté pour un modèle politique néo-libéral qui a permis de faciliter l’accès à la propriété privée et qui visait beaucoup moins à « massifier » le logement social. Le logement public était alors envisagé comme une solution résiduelle qui permettait aux personnes qui ne pouvaient « vraiment pas » accéder à la propriété privée malgré toutes les offres et avantages mis en place par les banques et l’Etat belge d’avoir une solution de secours. Les équipements sociaux jouaient et jouent aujourd’hui un rôle secondaire en Belgique et ces politiques néolibérales en sont la cause. Si un accès massif à la propriété privée a pu se produire durant les années 1960, c’est en partie car une frange de la population bien plus précaire a été totalement oubliée.
A Bruxelles et en Belgique la construction de logements sociaux fut toujours faite de façon sporadique et discrète mais elle a tout de même connu deux passages importants dans son histoire. La première débute dans les années 1920 au moment où de nombreuses cités jardins sont construites comme dans le quartier de la roue à Anderlecht ou au logis floréal dans la commune de Watermael-Boitsfort. La deuxième phase arrive entre les années 1960 et 1970 quand la Belgique connait un très léger essor de logements sociaux avec l’apparition du modèle des grands ensemble comme en France. Ce modèle fut très peu produit et n’était imaginé que comme une solution de secours comme dans le cadre du quartier des 5 blocs construit en 1964 afin de reloger toute une partie des personnes expropriées à la suite des travaux de la jonction « nord-midi » dans le centre de Bruxelles. Il existe d’autres quartiers de logements sociaux types grands ensembles, comme à Anderlecht dans le quartier Peterboss ou encore dans les quartiers du Nord d’Anvers.


Crédit photo : Lydie Nesvadba


Quelle situation à Bruxelles aujourd’hui ?
Les grands ensembles ont permis à énormément de familles précaires d’avoir accès à un logement abordable et explique la raison pour laquelle un pays comme la France se situerait en bien meilleure position s’il s’agissait un jour de faire un classement des pays d’Europe les mieux équipés aux moins bien équipés en logements sociaux. Mais l’ont pourrait alors tout autant comparer le modèle français à un modèle comme celui qu’on retrouve aux Pays-Bas qui comporte bien plus d’avantages en terme d’insertion des logements sociaux dans le tissu urbain (notamment par rapport à l’insertion par rapport au marché du travail mais aussi des réseaux de communications qui les lient au reste de leurs villes) tout en se rapprochant fortement des besoins belges. Ce qui compte réellement aujourd’hui ce n’est pas de comparer les pays ou les villes entre elles mais de savoir à quel point l’offre en logements sociaux répond ou non aux demandes de la part de familles et individu·es en nécessité de trouver un logement abordable.
Dans ces termes, la situation bruxelloise est extrêmement préoccupante. Le rapport fourni par la société du logement de la région Bruxelles-Capitale nous montre que, de 2004 à 2021, l’offre en logement social n’a fait que de diminuer tandis que la demande a sans cesse augmenté. L’évolution annuelle du nombre d’attribution de logements publics est passée de 3 056 attributions annuelles en 2004 à 2 164 en 2021 alors que la demande a explosé en passant de 30 219 demandes en 2004 à 51 615 en 2021. De plus, l’écart entre l’offre et la demande n’a pas arrêté de se creuser depuis deux ans maintenant. Il est aujourd’hui question de 55 000 ménages (plus ou moins 120 000 personnes) en attente d’un logement social à Bruxelles et le temps d’attente est estimé à environ dix ans. Dans le cadre de cette situation, il est nécessaire de prendre en compte le « boom » démographique qui a eu lieu en région Bruxelles capitale depuis vingt ans maintenant. En effet, la population bruxelloise a fortement augmenté au cours de ces dernières années mais l’investissement dans les structures publiques semblerait ne pas avoir suivi.
Graphique de construction par année des logements sociaux à Bruxelles. Crédit : Hugo Perilleux →

Ces chiffres démontrent que la ville de Bruxelles se doit de rendre massivement disponible le logement public pour pallier les erreurs politiques passées et le boom démographique présent depuis vingt ans. L’accès à un logement social est un droit pour n’importe quelle personne. Il n’est pas normal que 120 000 personnes soient aujourd’hui dans des listes d’attente interminables pour simplement avoir accès à un logement à prix raisonnable alors que les politiques de gentrification basées sur la concurrence immobilière continuent de raser les moindres logements sociaux encore présents comme il en est le cas dans le quartier populaire des 5 blocs par exemple. Si cette liste continue de se rallonger aujourd’hui c’est à cause de politiques néolibérales qui continuent de voir le logement comme une marchandise sans prendre compte des enjeux sociaux.
Bruxelles et la contradiction du « logement vide »
On décompte à ce jour entre 17 000 et 26 000 logements vides dans les rues de la capitale, totalisant environ 6,5 millions de mètres carrés non occupés. Cette fourchette est très large et ne permet pas d’avoir un avis clair et nuancé sur la question étant donné que l’étude prend toute sorte de logement « vide » en compte et qu’elle se base uniquement sur un recensement des factures énergétiques de chaque logement à Bruxelles sur une période d’un an (une maison sera considérée comme « vide » si aucune dépense énergétique n’a été faite au cours de cette période). Il est alors aujourd’hui difficile de dresser un constat et de pouvoir porter des revendications face à la problématique du logement vide à Bruxelles étant donné que ce dénombrement n’est fait que sur base de probabilités et que l’on ne connait pas l’état et l’emplacement de ces différents logements vides.

Crédit photo : Lydie Nesvadba




Cependant, une étude menée par des chercheur.es de l’Institut de Gestion de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire (ULB) est en cours et sera disponible dans le courant de l’année 2024. Celle-ci a pour vocation d’envoyer des agents de terrains dans chaque logement considéré comme « vide » à la suite du recensement énergétique pour pouvoir avoir la certitude que ceux-ci soient bien vides tout en analysant les différents types de logements ainsi que leurs potentielle utilité et localisation par rapport au marché du travail.
Au sein de ces logements vides est évidemment compris les anciens logements sociaux maintenant vides et « barricadés » par les pouvoir communaux (on décompte aujourd’hui 10% de logements publics vides).
Les logements sociaux de la cité jardin du quartier de la roue à Anderlecht en sont un parfait exemple. L’ensemble de ces maisons sont barricadées depuis des années maintenant en attente d’un nouveau projet immobilier. Les portes de ces ex cités jardins sont désormais bétonnées ou placardées de peur que ces lieux soient squattés ou abîmés tandis qu’ils restent inoccupés depuis plusieurs années maintenant tout en état dans un état tout à fait habitable.
Il est invraisemblable de constater une telle situation dans un quartier populaire comme celui-ci où de nombreuses familles et personnes en situation de nécessité sont à la recherche d’un logement le plus abordable possible. Il n’est pas entendable de voir de telles quantités de logements vides alors que ceux-ci, s’ils étaient valorisés et rénovés par les pouvoirs publics pourraient servir de logement à tout type de personne en situation de précarité.
Il sera alors nécessaire qu’importe les résultats fournit à la suite de cette étude, d’en avoir un regard critique et de pouvoir dresser un constat sur la situation de l’offre en logement social à Bruxelles. Les chiffres futurement obtenus montreront certainement une très grande quantité de logements vides et seront alors révélateurs du sous-investissement des pouvoirs publics régionaux dans le logement social. Cependant, le logement vide ne peut pas être la seule solution pour répondre à cette crise du logement. Un réel investissement dans le logement social est nécessaire pour permettre aux personnes précaires de vivre correctement.
Cet investissement pourrait passer par un réaménagement et une ouverture totale de l’ensemble des logements vides mais aussi par la construction de nouveaux logements sociaux et avant tout par une sortie totale du bien immobilier des logiques du marcher.
Finalement, le logement vide n’est qu’un reflet de la situation catastrophique autour du manque de logements sociaux. Si aujourd’hui la probabilité que 6,5 millions de mètres carrés de logements soient vides, c’est à cause de politiques qui considèrent les logements publics comme résiduels. Il ne s’agira pas d’ouvrir tous les logements inoccupés pour en finir avec le manque de logements sociaux mais d’abord d’investir massivement dans le logement social tout en sortant les biens immobiliers des logiques de marcher.
L’exemple du quartier des 5 blocs du Rempart des Moines et la notion de « centralité populaire »:
Le quartier du Rempart des Moines est constitué de 5 blocs de logements sociaux qui hébergent plus de 800 locataires en situation de précarité depuis 1964. Ce quartier se situe dans le centre de Bruxelles, non loin de la rue Dansaert dont les environs sont de plus en plus prisés par la classe moyenne supérieure et de facto par les groupes de promoteurs immobiliers. Les blocs de logements sociaux vont être intégralement rasés dans un futur proche au profit d’une reconstruction totale du quartier qui diminuera considérablement le nombre de logements sociaux alors qu’une rénovation aurait été possible si les lieux n’avaient pas été délaissés par les pouvoirs publics depuis plus de 30 ans.








Le plan de rénovation du quartier des 5 blocs orchestré par la société du logement bruxellois vise à déconstruire l’intégralité des 314 logements sociaux qui composent les 5 blocs pour y reconstruire des équipements neufs. On y comptera plus que 210 logements sociaux, de nouveaux logements moyens et un parking souterrain. Dans cette optique, il semble plus évident de comprendre les réels enjeux qui se cachent derrière ce réaménagement.
Le projet affiché par le logement bruxellois a pour vocation d’apporter de la « mixité social » au sein du quartier en le reconstruisant dans son intégralité. En diminuant le nombre de logements sociaux, en aménageant des places de parking et en construisant de nouveaux logements moyens, le logement bruxellois ne fait qu’étendre des politiques globales de gentrification des quartiers populaires comme dans le cadre du Plan canal débuté en 2014. De plus, il parait absurde de vouloir apporter de la « mixité sociale » en diminuant le nombres de logements sociaux tout en augmentant le nombre logement moyens d’un des quartiers les plus gentrifié de Bruxelles. Il serait alors plutôt question de supprimer les derniers équipements populaires qu’il reste dans le centre-ville.
A l’heure actuelle deux des cinq blocs ont été totalement vidés de leurs locataires et les trois suivants devraient suivre très prochainement. Le logement bruxellois laisserait entendre que l’ensemble des ancien·nes locataires seraient relogé·es dans de très bonnes conditions mais la réelle question réside dans le fait de savoir si le quartier des 5 blocs qui représente une réelle centralité populaire persistera ou non après ce réaménagement ?
Si le logement Bruxellois promet que tous les ancien.nes locataires des logements sociaux seraient relogés dans de bonnes conditions, ces logements seraient situés à Neder-Over-Hembeek, en périphérie Nord de l’agglomération Bruxelloise. Cette solution apportée par le logement Bruxellois semble réjouir une partie des habitants relogés car cela signifierait quitter un logement insalubre et mal isolé. Sur d’autres plans cependant, l’avantage de cette délocalisation semble bien moins évident.
Premièrement, quitter ce quartier populaire du centre de Bruxelles signifie s’éloigner spatialement des activités économiques et du marché du travail particulièrement dense au centre-ville. En d’autres termes, habiter au Rempart des Moines permet d’accéder plus facilement à des emplois qu’en périphérie.
Quitter le quartier des cinq blocs, dont certaines familles y habitent depuis plus de 50 ans, c’est laisser derrière elles des sociabilités fortes entre les habitant·es mais aussi des activités sociales et culturelles et de nombreux services qui répondent aux besoins de la vie quotidienne. Ce quartier est du point des habitant·es elleux-mêmes un « carrefour de vie et de création urbaine ».
Le quartier des 5 blocs est donc bien plus qu’un espace dédié au logement social, c’est un quartier d’usage. Les habitant·es s’y logent, mais iels y vivent également et y travaillent (ou à proximité). C’est donc un espace qu’on peut qualifier de « centralité populaire »2.
Des exemples de centralité populaire sont sans doute plus frappants dans des espaces (un peu) moins gentrifiés comme le quartier des Marolles ou le quartier de Cureghem. En effet, on peut y retrouver là une quantité importante de fonctions orientées pour le besoin des habitant·es (logement sociaux accessible, travail, sociabilités quotidienne,…) qui permettent aux habitant·es de subvenir à leurs besoins. Dans le quartier des Marolles par exemple, il existe de nombreux établissements de santé comme les maisons médicales et l’hôpital Saint-Pierre qui est un établissement public mais aussi une maison de quartier et un marcher quotidien qui concentre l’activité économique du quartier.


Crédit photo : Lydie Nesvadba

Crédit photo : Lydie Nesvadba


De ce point de vue, les Marolles acquièrent dès lors une certaine centralité aux yeux des classes populaires (que l’on peut qualifier de « centralité populaire ») qui peuvent bénéficier de la concentration de ces services ainsi que les infrastructures publiques et les usages qu’en ont quotidiennement leurs riverain·es s’encrent dans le tissu urbain tout en étant un barrage fort face à la gentrification. C’est bien la dimension spatiale des ressources sociales qui permet aux classes populaires de résister à toute forme de domination urbaine.
Les logements sociaux aujourd’hui et l’usage politique de la « mixité sociale » :
Les constructions récentes de logements sociaux se font désormais avec énormément de difficulté tant les espaces libres à Bruxelles sont de plus en plus rares et que la priorité est souvent accordée à la construction de biens de production, de logements lucratifs ou autres. Les rares initiatives se font alors en deuxième couronne bruxelloise dans les quartiers historiquement plus aisés. Cette localisation spécifique est due au fait que les quartiers de deuxième couronne sont aujourd’hui les seuls à disposer d’encore quelques parcelles de terrains non utilisées. C’est par exemple le cas à Uccle, à Woluwe ou à Watermael-Boitsfort mais ce n’est pas pour autant que ces projets ne font pas face à de féroces oppositions de la part des riverain·es de ces quartiers ainsi que des pouvoirs communaux. Dans la quasi-totalité de ces quartiers, les riverain·es suivis des pouvoirs communaux s’opposent aux projets régionaux de construction de logements sociaux souvent sous le billet de la protection des espaces verts ou plus simplement de peur que ces aménagements changent drastiquement le tissu social de ces quartiers.
Le cas du Champ des Cailles est un exemple significatif. Ce champ situé dans la commune de Watermael-Boitsfort mesure 3 hectares et a été cédé par la Ville de Bruxelles en 1964 pour y construire des logements sociaux. Depuis, un projet de construction de 70 logements sociaux a d’abord été reporté pour des raisons financières dans les années 1980 et par la suite à cause d’une ferme opposition de la part des pouvoirs communaux et des collectifs de riverain·es qui préfèrent y voir un projet d’agriculture urbaine depuis les années 2010.
Ce qui pose soucis dans cette posture ce n’est pas tant la position politique défendue par ce projet d’écologie communautaire par les riverain·es mais bien de savoir à l’origine pour qui ce terrain avait été réservé et que son usage (comme dans l’ensemble des quartiers de secondes couronnes qui s’opposent à la construction de logements sociaux) ne bénéficie qu’à une certaine catégorie de la population souvent bien plus aisée que le public qui se trouve dans la nécessité d’avoir accès à un logement abordable.
D’un autre côté, la construction de logements sociaux se fait de moins en moins régulière au sein des quartier populaires de première couronne alors que la nécessité y est d’autant plus importante. L’élément de la protection de la « mixité sociale » est très fréquemment cité par les pouvoirs publics pour justifier la suppression de logements sociaux pour appuyer des politiques de gentrification.
Les pouvoirs publics ventent les bienfaits de la « mixité sociale » en émettant l’idée que les quartiers populaires du croissant pauvre devraient être plus « mixtes », et qu’il faudrait pour cela y amener des groupes sociaux plus favorisés. Ce postulat émet directement l’idée que la concentration géographique de difficultés sociales renforce ces difficultés à un niveau individuel.
Pourtant, cette peur de la concentration géographique d’un même groupe social ne se fait absolument pas ressentir de la même manière dans les quartiers privilégiés de deuxième couronne. En effet, l’homogénéité des classes sociales des quartiers bourgeois du sud-est de Bruxelles est bien plus importante que celle des quartiers du croissant pauvre par exemple. Il est en fait simplement question de normaliser l’implantation de groupes sociaux favorisés au sein de quartiers populaires par ces politiques de « mixité sociale » alors que la question inverse soulève bien plus d’opposition.

Conclusion
Pour conclure, il est important de rappeler le lien étroit entre politiques urbaines et politiques du logement qui ne sont plus uniquement conçues pour répondre à un besoin essentiel lié au fait d’avoir un endroit où se loger dument mais plutôt au fait de marchandiser l’espace urbain. Quand de nouvelles politiques de rénovation urbaines sont mises en place par les pouvoir publics afin d’apporter de la « mixité sociale » en démolissant des logements sociaux pour y construire des « quartiers mixtes » il s’agit uniquement d’invisibiliser l’importance du logement social à vocation populaire en le masquant par de nouveaux usagers venant de classes supérieures qui auront un impact important sur le tissu social du quartier. L’argument de la « mixité » permet aujourd’hui de légitimer la diminution absolue du nombre de logements sociaux alors qu’une demande forte et croissante de ceux-ci est présente au sein des classes populaires. En diminuant le nombre de logements sociaux, on diminue avant tout un obstacle aux logiques de sur enrichissement des promoteurs immobiliers.
Se loger est un droit et ne devrait pas être une chance. Pourtant, chaque jour, des groupes sociaux précaires sont dans l’obligation de déménager à cause de loyers trop couteux. Le logement social et la réquisition solidaire sont les seules solutions de lutte face aux politiques d’embourgeoisement urbain qui nient l’ensemble des classes populaires.
Ce ne sont pas les nouvelles brasseries « branchées » du bord du canal qui permettront aux habitant·es de quartiers populaires de trouver un nouvel emploi ou d’y voir un intérêt récréatif. Il faut absolument créer des logements sociaux mais aussi des infrastructures pour et par les habitant·es de ceux-ci. Ces politiques de gentrifications ne seront jamais favorables aux classes populaires tant elles profitent à un public socialement, économiquement et dont l’origine géographique au sein de Bruxelles sont drastiquement opposés.
Crédit photos : Lydie Nesvadba
sources:
-Accueil (logementbruxellois.be)
-Logements sociaux | Ville de Bruxelles
-Crise du logement: Bruxelles change de méthode – Le Soir
-« Plan Canal » : un projet de destruction organisée des quartiers populaires (bruxellesdevie.com)
– Contre la gentrification » ou lorsque Bruxelles se transforme au détriment des quartiers populaires rtbf.be
-« Résister en habitant » : les luttes dans des quartiers populaires à l’épreuve du renouvellement urbain – CONTRETEMPS
-185) Le quartier des “cinq blocs” sera démoli puis reconstruit – YouTube
-Rempart des Moines (logementbruxellois.be)
-Dossier urbain : La gentrification : comment y résister ? (unioncommunistelibertaire.org)
-La mixité, c’est surtout pour les (quartiers) pauvres (inegalites.be)
-Défendre son pré-carré. Le conflit sur l’usage du terrain du champ des cailles à Watermael-Boitsfort (inegalites.be)
-slrb-ra2021-fr_8-6.pdf (slrb-bghm.brussels)
livres :
a) « Contre la gentrification » de Mathieu Van Criekingen
b) « La ville néo libérale » de Gilles Pinson
c) « le capitalisme comme droit à la ville » de David Harvey
